Dovizioso : Partir pour mieux revenir, un choix "risqué" mais assumé

Léna Buffa
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n'est pas homme à faire des compromis. Face à une situation qui ne lui plaisait plus chez Ducati, c'est en ne disposant d'aucune autre option tangible qu'il a décidé, au mois d'août, de mettre un terme à une relation qui au bout de huit ans arrivait à bout de souffle. Et pourtant, le vice-Champion du monde l'assurait : il ressentait encore bel et bien l'envie de courir et la motivation suffisante pour mener un championnat au plus haut niveau. Mais le timing était mauvais. "Je n'ai pas eu la possibilité de décrocher une place pour continuer à courir, c'est clair. Pratiquement tous les constructeurs avaient signé leurs pilotes avant que la saison démarre", rappelle-t-il.

Ce choix était donc risqué, et pourtant il l'assume pleinement, encore aujourd'hui alors que les trois mois qui se sont écoulés ont fini par le mener à une décision radicale : celle de prendre une année sabbatique en MotoGP. Mais il le fait avec la même volonté de ne pas voir l'histoire s'arrêter là, déjà orienté vers 2022 pour tenter de faire son retour. "Mon objectif est d'être là en 2022 si j'ai une opportunité avec un top team et sur une bonne moto, et une chance de me battre pour le championnat. Je sais que c'est difficile quand on ne court pas pendant un an, mais voilà la situation que je vis", assume-t-il.

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"L'année prochaine sera une année différente, je vais prendre du plaisir à courir avec des amis en motocross. J'ai un sponsor important qui va me suivre, on essaye de créer quelque chose pour l'avenir. Je suis très content de cela et on va travailler sur 2022", explique Dovizioso, pilote notamment soutenu par Red Bull. "Je ne veux pas dire exactement ce qu'on va faire, mais ce qui est important pour moi − et c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de ne signer avec personne − c'est d'avoir le soutien de ce sponsor. Ce que je peux faire avec eux est sympa pour moi et vraiment important, et ça me donne la possibilité de faire une année comme ça en 2021 et de travailler sur l'avenir. Ça veut dire que rien n'est sur la table. En ce moment, il est difficile d'organiser quoi que ce soit et de préparer l'avenir, mais il était très important d'avoir cette relation et de travailler là-dessus."

Ce choix de mettre sa carrière MotoGP entre parenthèses en 2021 s'est fait après qu'il a noué des contacts avec, dit-il, tous les constructeurs engagés en Grand Prix et pouvant lui proposer une place de pilote d'essais. S'il se dit touché par ce soutien et l'intérêt reçu de toutes parts, conscient que c'était "un privilège, une chance" d'avoir cette opportunité, c'est en assumant à nouveau de repousser des options qui ne le satisfaisaient pas pleinement que Dovizioso a choisi de dire non à tout.

On sait que c'est risqué pour 2022, mais sceller un accord pour n'être que pilote d'essais, afin de développer une moto pour d'autres pilotes et sans avoir d'ouverture pour l'avenir, en ce moment ça n'était pas ma priorité.

Andrea Dovizioso

"Je n'ai pas la volonté de dire que je veux débrancher. S'il y avait eu la bonne situation, dans la bonne équipe et avec la bonne moto, je l'aurais sûrement prise. Mais vu ce que j'avais à disposition, on s'est dit qu'il valait mieux faire une année comme ça pour 2021. On sait que c'est risqué pour 2022, mais sceller un accord pour n'être que pilote d'essais, afin de développer une moto pour d'autres pilotes et sans avoir d'ouverture pour l'avenir, en ce moment ça n'était pas ma priorité."

L'ouverture pour l'avenir, Dovizioso la voit dans la dizaine de guidons qui ne semblent pas à ce jour attribués pour 2022, et c'est là qu'il veut tenter de construire son retour, tout en assurant n'avoir pour le moment aucune certitude. "Je veux voir ce qui se passe pour 2022, parce qu'il y a encore beaucoup de places qui ne sont pas claires. On verra donc s'il y aura une opportunité et si ce sera intéressant pour moi", souligne-t-il. "Ce n'est pas vrai que tous les contrats sont faits. Certaines dynamiques dans les équipes et certaines situations changeront, et il faut voir comment. De là à savoir si ça pourra ouvrir des portes ou non, personne ne le sait. Quand je dis que j'ai la mentalité et encore l'envie de jouer le titre, c'est la réalité. Par conséquent, on va travailler dans cette optique et s'il y en a la possibilité, de la bonne façon, on saisira cette opportunité. S'il n'y en a pas, eh bien soit."

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"Cette année n'a clairement pas aidé. Courir en MotoGP et se battre pour ces places-là, ça n'est pas amusant, ça n'est pas ce que je veux faire", admet-il en évoquant les difficultés d'une saison qui ne répond aucunement à ses attentes.

Et c'est donc une parenthèse salutaire que compte s'offrir Dovizioso, qui en attendant de voir si un retour en MotoGP sera possible, va se plonger dans un quotidien de pilote de motocross, en s'engageant dans des compétitions de niveau régional. Le parfait équilibre, à ses yeux, entre le plaisir qui lui manque peut-être cette année, et le sérieux qu'il devra conserver pour se préparer et se maintenir en forme. "Tout ce que je fais, je le fais d'une manière professionnelle, mais ce sera pour passer du temps avec mes amis et m'amuser, pas pour gagner un titre", prévient-il. "La mentalité avec laquelle je le ferai sera complètement différente. Je vais m'entraîner de façon professionnelle parce que j'aime ça, pas parce que je le dois. Et la course, ce sera juste pour le plaisir."

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"Je sais que ça fait bizarre, et même mes amis qui me connaissent me regardent un peu bizarrement ! Mais il n'y a pas que des championnats qui jouissent d'une grande visibilité, et qu'un pilote ait couru en Championnat du monde dans une discipline ne veut pas dire qu'il ne peut pas s'amuser dans une autre discipline à un niveau beaucoup plus bas. C'est ce qui est beau dans la passion. Franchement, tous ceux qui en sont surpris me déçoivent un peu."

"Quand quelqu'un est passionné de quelque chose, peu importe quel est son niveau et quel retour il en obtient. Même si pour une course régionale on ne parle pas de préparation digne du Championnat du monde, si on aime faire ça et si on aime l'environnement qu'il y a avant la course, le fait de dormir dans le camping-car, ou l'entrainement... Je me sens très chanceux. Alors beaucoup de personnes sont très surprises, mais à mon avis c'est parce qu'elles n'ont pas tellement de passions. Ils me voient comme quelqu'un de bizarre, mais pour moi c'est plutôt les gens qui en sont surpris qui sont bizarres."