Dubouloz (auteur de l'ascension de la face nord des Grades Jorasses) : « J'ai beaucoup souffert »

Charles Dubouloz, en solo, dans la face nord des Grandes Jorasses. (Sébastien Montaz Studio)

Grimper en solo la face nord des Grandes Jorasses (Alpes) par la voie Rolling Stones, une première historique réalisée par Charles Dubouloz il y a onze mois. Une performance mise en images par le réalisateur Sébastien Montaz-Rosset dans le film « De l'ombre à la lumière ». Retour sur cette folle ascension.

Onze mois après avoir été le premier a grimpé, en solo, la face nord des Grandes Jorasses (Alpes) par la voie Rolling Stones, Charles Dubouloz est encore sous le choc. « Lorsque je suis arrivé au sommet, c'était incroyable, nous raconte le jeune alpiniste de 32 ans. En y repensant, j'ai les larmes qui me montent ». Dans le film « De l'ombre à la lumière », réalisé par Sébastien Montaz-Rosset et projeté lundi soir au Grand Rex à Paris pour la première date du festival « Montagne en Scène », le Haut-Savoyard est passé par toutes les émotions pour ouvrir une nouvelle page d'histoire de l'alpinisme.

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Une rencontre inattendue

Né d'un coup de foudre entre un alpiniste et un réalisateur, ce film documentaire d'une durée de 70 minutes embarque le spectateur dans une ascension vertigineuse à 4 208 m d'altitude. « Habituellement, je me filme avec ma caméra quand je grimpe des solos majeurs dans les Alpes pour avoir des images personnelles, confie Dubouloz. Quand Seb (le réalisateur) a vu ça, il a halluciné. » Engagé dans un autre projet quelques jours avant, Sébastien Montaz-Rosset annule tout et prend la direction des Grandes Jorasses pour suivre le périple de Charles Dubouloz qui a duré six jours à l'aide d'un drone. Malgré le peu d'informations sur Rolling Stones, les deux hommes ont décidé de se lancer dans l'inconnu avec une pointe d'humour.

L'aventure d'une vieAlpiniste polyvalent, Dubouloz a l'habitude de pratiquer en solo, ce qu'il considère comme une « facette délaissée par sa génération de grimpeur. » Toujours en quête de sensations fortes et de défis, il a fait le choix de s'élancer sur l'une des voies les plus dures du massif du Mont-Blanc, sur une distance de 1 200 mètres avec des pentes à la verticale. « J'ai dû affronter des températures atteignant les - 35 degrés, précise-t-il. Il y a eu la bise du Nord, un vent très rustique qui ne me permettait pas de plier les doigts pendant mon ascension. J'ai beaucoup souffert. » Dubouloz a fait preuve d'une force mentale et physique importante pour arriver au sommet.

Un caractère bien trempéConscient des dangers de la pratique de cette discipline, le Talloirien se laisse encore quelques années pour ces projets « engagés ». « La finalité pour moi, c'est que je tombe et que je meurs, reconnaît-il. Je vais continuer de grimper mais cela sera tout à fait différent. Pour cet hiver, je n'ai pas encore d'objectifs précis en particulier. » Au printemps 2023, Dubouloz devrait s'envoler pour le Pakistan avec son ami Hélias Millerioux. Une façon pour lui de repousser toujours un peu plus ses limites en pratiquant sa passion.