Edito - Un après-midi de Sphinx

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La rediffusion de la finale de la Coupe de France 1982, sur la chaîne L'Équipe, nous a permis de retrouver Robert Herbin tel que nos souvenirs d'enfant vert l'avaient laissé : mains dans les poches, l'air renfrogné, la large cravate en tricot noire qui pend sur une chemise bleu pâle au col entrouvert, le blazer gris impeccablement ajusté. On dirait le frangin rouquin d'Al Pacino dans Un après-midi de chien. Robert Herbin, l'envol du Sphinx À la mi-temps de la prolongation de cet abracadabrantesque PSG - Saint-Étienne (2-2 avant les tirs au but), Georges Dominique, le « Paga » de l'époque, ose glisser son micro de TF1 sous le nez du Sphinx. « Les gars, restez lucides, bon sang ! Essayez de jouer simplement et alertez Michel ! », demande Herbin à ses Verts. Dans sa voix, d'habitude si assurée, celle d'un jeune sage d'alors 43 ans, perce une inquiétude, presque un début de panique. Comme si « Robby » pressentait que la sainte trinité, lucidité, simplicité et Platini, n'empêcherait pas son Saint-Étienne (à l'époque, personne ne disait Sainté) de s'incliner aux penalties. Robert Herbin : « Cette équipe de Saint-Étienne a ouvert une voie » Après cette finale perdue, Robert Herbin dirigera encore les Verts à 148 reprises, mais plus rien ne sera jamais comme avant. L'équipe, la dynastie qu'il avait patiemment bâtie depuis dix ans, renforcée par Michel Platini et Johnny Rep, va se désintégrer dès le retour en TGV. Il y aura le scandale de la caisse noire, la brouille à mort avec le président Roger Rocher, quelques hauts et beaucoup de bas. Les Verts devront attendre trente-huit ans, c'est-à-dire ce printemps, pour atteindre à nouveau la finale d'une Coupe de France qui aurait dû avoir lieu samedi dernier. Une fois encore contre le PSG. Plus vraiment celui de Jean-Marc Pilorget, Luis Fernandez ou Francis Borelli, qui embrassait la pelouse du Parc sans lâcher sa sacoche, mais celui de Nasser al-Khelaïfi et de ses stars, Neymar, Mbappé, Cavani. Herbin, le joueur avant le mister Cette qualification, le Sphinx des crassiers (les terrils stéphanois) l'avait saluée dans son ultime chronique, « L'oeil de Robert Herbin », publiée dans le quotidien le Progrès, le 5 mars : « Ce sera l'occasion pour les Verts de montrer à toute la France qu'ils sont capables de réaliser l'impossible. » Robby ne verra pas cette finale « impossible », qui se déroulera peut-être dans le désert glauque d'un huis clos, si elle a lieu. L'homme de peu de mots qui est mort lundi soir appartenait à une autre époque : celle des larges cravates en tricot noires, des équipes bâties comme des dynasties et de la lucidité érigée en consigne tactique et morale de vie.

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