Egan Bernal : « Je suis né pour être coureur »

Egan Bernal lors du Tour d'Allemagne, août 2022. (H. Schmidt/DPA/Presse Sports)

Victime d'une grave chute qui aurait pu lui coûter la vie le 24 janvier 2022, le Colombien Egan Bernal (Ineos Grenadiers) vient de débuter une nouvelle saison au Tour de San Juan en Argentine. Avec l'envie d'être à nouveau le coureur qu'il était avant et espère être au départ du Tour de France.

« Après avoir frôlé la mort il y a un an, comment vous sentez-vous physiquement et moralement au moment de débuter la saison 2023 ?
Je pense que j'ai très bien récupéré et que mes sensations sont plutôt bonnes. J'ai enfin réussi à m'entraîner normalement au cours de ces derniers mois, c'est important moralement. Mes récentes sorties d'entraînement ont été très satisfaisantes, mais il faut voir maintenant comment ça va se passer en compétition. Ce qui est important aussi, c'est que j'arrive désormais à appréhender mes peurs sur le vélo. Ça a été des longs mois de souffrance où il a fallu que je fasse preuve de patience. Ce Tour de San Juan va me permettre de savoir où j'en suis vraiment physiquement (28e de la 1re étape dans le même temps que le vainqueur Sam Bennett).

Qu'est ce qui a été le plus difficile pendant votre processus de récupération ?
Peut-être les longues heures à penser tout en travaillant en silence dans l'espoir de revenir au moins un jour à une vie normale. J'ai été partagé entre l'envie de tout faire pour revenir lorsque les choses évoluaient bien et envahi par les doutes lorsque je déclinais. Plusieurs fois je me suis demandé si ça valait vraiment la peine de faire tant d'efforts. C'était dur de tout recommencer à zéro, de réapprendre à marcher et même à manger. Mais pendant ces moments, j'ai aussi appris que la famille était l'une des choses les plus importantes.

Vous n'avez jamais pensé à vraiment tout arrêter ?
À un moment, j'ai dit à mes proches que je pensais tout abandonner. Durant des semaines, j'ai analysé la situation avec ma famille pour savoir si ça valait encore le coup de vouloir refaire du vélo avec le risque de chuter à tout moment. Franchement, je ne savais même pas si j'allais pouvoir juste remonter sur un vélo et encore moins si je pourrais être capable de revenir à un bon niveau. J'ai pensé à tout ça, mais je suis né pour être coureur et je ne conçois pas ma vie sans le vélo.

lire aussi : En Argentine, Remco Evenepoel lance sa saison de champion du monde au Tour de San Juan

Comment avez-vous trouvé la force de reprendre le fil de votre carrière ?
L'avis des médecins a été très important et le soutien de ma famille a été primordial. C'est elle qui ma donné la force de me rétablir sans doute plus vite que je ne l'imaginais. Lorsque j'ai repris la compétition en fin de saison dernière au Danemark, en Allemagne puis en Italie, j'ai réalisé à quel point le peloton roulait vite et prenait des risques.

J'ai alors volontairement levé le pied parce que je sentais qu'il pouvait y avoir du danger et j'ai eu peur qu'il m'arrive encore quelque chose (abandon au Tour du Danemark, au Tour d'Allemagne et au Tour de Toscane). Je me disais que j'avais eu des tas de fractures, que j'avais gagné le Tour et le Giro, alors pourquoi risquer encore ? Pour moi, le cyclisme c'est aussi beaucoup avec la tête.

Quel serait votre grand souhait sportif pour cette saison 2023 ?
Le Tour de France a toujours été une course très importante pour moi et j'ai bien sûr envie d'y retourner. J'aime cette course et je n'ai que des bons souvenirs (vainqueur en 2019). Mais c'est encore loin et il faut voir comment les choses vont se passer d'ici-là, en restant calme et sans s'emballer. Il faut juste que je prouve que je suis prêt pour revenir sur le Tour. »

lire aussi : Toute l'actualité du cyclisme