Elena Krawzow : « Malgré un handicap, on peut se sentir belle, sexy, érotique »

Elena Krawzow. (Christian Spreitz/Bild)

Elena Krawzow, 28 ans, championne paralympique allemande sur 100m brasse à Tokyo, explique dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du Magazine L'Équipe comment, devenue aveugle, elle a dû se réconcilier avec son corps après une tumeur au cerveau.

« Devenir championne paralympique reste l'un des meilleurs moments de ma vie. à Tokyo, je disputais mes troisièmes Jeux (2e en 2012 et 5e en 2016 sur 100 m brasse), les gagner était la dernière chose qui me manquait. évidemment, je n'ai pas vu le tableau, c'est un volontaire qui a confirmé ma victoire. J'ai pleuré. D'un coup, j'ai senti la pression qui pesait sur mes épaules s'évaporer. Je me suis sentie libre. Quand on m'a diagnostiqué une tumeur au cerveau dans la foulée, ça m'a effrayée. Ce n'était pas une simple maladie. Mais après l'opération, ma première question a été de demander quand je pourrais reprendre l'entraînement.

Deux semaines après, même si ce n'était pas dans le bassin en raison de mes cicatrices, j'ai donc repris le cours de ma vie. Je serais devenue folle si j'avais dû rester seule à la maison. Pas une fois je me suis réellement demandé si je devais arrêter. J'ai toujours voulu nager aux Jeux de Paris en 2024. Parce que j'aime ma vie telle qu'elle est, avec les voyages, les entraînements durs, la discipline...

Bien sûr, la relation que j'entretiens avec mon corps ne cesse d'évoluer. Ces derniers mois, j'ai dû me réconcilier avec lui. à cause du cancer, il n'y avait plus d'harmonie, mon esprit dominait mon corps. Et ça reste difficile de trouver un équilibre entre ce que je peux faire et le temps de récupération, notamment à cause de la chimiothérapie. Cela reste une lutte contre mon corps parce que je ne suis plus aussi forte qu'avant.

Pourtant, commencer la natation quand je suis arrivée en Allemagne à l'âge de 11 ans, alors que je n'avais jamais fait de sport auparavant, a été très important pour moi, pour accepter mon handicap. J'étais tellement timide... Mais l'expérience de la réussite, à l'entraînement ou en compétition, m'a donné cette confiance en moi que je n'avais pas.

J'avoue pourtant que l'adolescence a été horrible. à l'école, je me sentais comme un alien. J'ai essayé de me cacher, ce qui était stupide. à l'époque, j'ai détesté mes yeux, comme s'ils m'avaient trahie. Ce n'est plus le cas. Je les aime même beaucoup. Ce ne sont pas les meilleurs, j'ai encore parfois des accidents, je prends un mur ou une porte, mais j'ai appris à vivre avec.

Pendant mes études de kinésithérapie, j'ai même réalisé que je pouvais les transférer dans mes doigts. Les autres se concentrent sur les muscles qu'ils voient ; moi, je me focalise sur mes doigts et ce qu'ils sentent.

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Un an avant les derniers Jeux, j'ai eu l'opportunité de poser pour Playboy. Plusieurs raisons m'ont poussée à accepter. Pour la première fois, une athlète paralympique figurait en couverture du magazine. Mais le message que j'ai voulu porter, c'est que l'important n'est pas votre apparence mais que vous vous sentiez bien dans votre corps. Je ne suis pas parfaite, loin de là. Mais on peut être heureux si on se sent bien à l'intérieur. Et malgré un handicap, on peut se sentir belle, sexy, érotique. »

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