Emmanuel Grégoire : « L'avenir du PSG est au Parc des Princes »

Emmanuel Grégoire : « L'avenir du PSG est au Parc des Princes »

Emmanuel Grégoire, le premier adjoint à la mairie de Paris, a tenu à réaffirmer l'envie de la ville de voir le PSG rester dans son enceinte. Et s'il a tenu à apaiser une situation tendue entre les deux parties, cette solution est, pour lui, la seule profitable au club parisien.

Samedi, en affirmant au Parisien que « le Parc des Princes n'était pas à vendre », Anne Hidalgo, la maire PS de Paris, s'est dressée contre la direction du PSG. A la suite de cet entretien, et pour faire face aux nombreuses demandes d'interviews, la mairie de Paris a organisé un brief à l'Hôtel de Ville pour revenir sur ce sujet. Pendant une heure, et face à une vingtaine de journalistes, Emmanuel Grégoire, Premier adjoint, a tenu à clarifier les propos de l'édile. Accompagné de Pierre Rabadan, adjoint aux Sports, Grégoire s'est d'abord exprimé pour jouer la carte de l'apaisement et « donner la vision de la mairie ».

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« La position de la ville est extrêmement claire, a-t-il indiqué. 1. Il n'est pas envisageable que le PSG parte ailleurs et joue ailleurs qu'au Parc des Princes. Nous ne l'envisageons même pas. 2. Nous sommes très favorables à l'idée de soutenir le programme d'agrandissement et d'investissement qui y est lié. Depuis l'origine, le Qatar nous a fait part de son souhait d'acheter le Parc des Princes comme option prioritaire. Mais notre option prioritaire n'est pas la vente. » Emmanuel Grégoire a ensuite accepté de répondre aux questions des médias.

« N'y a-t-il plus de contact avec le PSG ?
Il y a des contacts avec les équipes du PSG mais on comprend bien que c'est le président qui compte en la matière. Et pour l'instant il n'y a pas eu de contact avec le président lui-même et nous le souhaitons. Lui ou celui qu'il mandatera pour cela. Quand vous voulez acheter un truc, plusieurs questions se posent : la question de la valeur et sur le principe même de l'évaluation, avant même de parler de l'opportunité de le faire ou pas, il y avait un désaccord de valeur majeur. D'un côté, vous avez un acheteur qui dit, sans moi, votre truc ne vaut rien.

Et de l'autre, une estimation faite par nos services, qui dit que ça vaut beaucoup plus. On a demandé à 15 experts combien vaut le Parc des Princes, les 15 donnent un prix différent car ça dépend de l'angle sur lequel vous l'attaquez. En termes de foncier, c'est l'un des endroits les plus chers de Paris. On a une évaluation technique de 350 millions. Si vous estimez que c'est un stade de foot, forcément ça n'a pas la même valeur.

La deuxième chose sur laquelle dès l'origine le PSG avait été sensibilisé : ce n'est pas une négociation entre le président de PSG et la maire de Paris. Actuellement, nous sommes liés par une CODP, une convention d'occupation du domaine public. Si le principe de la vente avait été acté, de toute façon, il y avait au moins deux acteurs essentiels qui rentraient dans la course. : les domaines, c'est-à-dire la tutelle exercée par Bercy dans l'évaluation des biens publics, qui est une contrainte juridique formelle de toute transaction sur bien public. Et c'est le conseil de Paris qui valide ou non toute cession.

Notre sentiment, c'est que quand on juxtapose les contraintes, assez vite, l'hypothèse de la vente n'aurait pas semblé, à tout le monde, la meilleure des options. Aujourd'hui, le PSG loue le Parc des Princes un million d'euros par an en fixe, et la part variable atteint un ou deux millions supplémentaires. Sa redevance est en gros de 2 millions par an. Celle de l'OM est à 6,5 millions d'euros.

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Que voulez-vous faire avec le PSG ?
On veut signer un contrat d'agrandissement sur une durée longue avec un montant de redevance adéquate pour qu'ils puissent récupérer leur mise. Voilà. Et pas autre chose. Le fait d'être titulaire d'une convention d'occupation du domaine public de durée très longue donne des droits de quasi-propriétaire, il faut le souligner. Aujourd'hui, le PSG est déjà en situation de quasi-propriétaire, de fait. Et hormis la redevance qu'il paie, pas un euro ne vient dans les caisses de la ville de Paris.

On est en capacité de faire rapidement une proposition très intéressante rapidement au PSG, qui leur permettra de crédibiliser la mise en oeuvre du projet d'agrandissement entre 2024 et 2027, afin qu'on inaugure avant la fin de la décennie le nouveau Parc des Princes. Toute autre hypothèse est infiniment plus onéreuse et hasardeuse sur le plan technique, juridique et politique.

Mais si le PSG vient demain avec un chèque de 350 millions d'euros, que ferez-vous ?
Deux avis comptent : celui de la maire et celui d'une majorité de 163 conseillers de Paris. Et la maire a fermé la porte à la vente.

Quand la maire de Paris dit que c'est un non définitif, le président Nasser Al-Khelaïfi répond que c'est un non de provocation. Est-ce un vrai non définitif ?
Quand la maire de Paris dit que c'est un non définitif, c'est un non définitif. C'est nous le propriétaire. Nous, ce sont les Parisiens. C'est le patrimoine parisien. Non seulement on n'était pas chaud pour vendre, et on était très loin du ballon en matière de négociation de prix. Sur RMC, il a dit cette phrase assez vexante : "Le Parc des Princes, sans le PSG, ça ne vaut rien." Ça ne vaut peut-être pas grand-chose à ses yeux. Est-ce que si chacun reste sur sa posture on avance ? Non.

Quelles sont donc les solutions ?
Il y a d'autres chemins pour y parvenir, notamment la discussion sur la forme du contrat qui les lie jusqu'en 2043. (Pour résumer) Il y a trois options : 1. rester au Parc avec achat ou CODP renégociée ; 2. Le stade de France, mais j'ai compris que ce n'était pas une option sérieuse ; 3. Installer le PSG dans un stade à créer. En réalité, je pense qu'il n'y a pas photo : la plus intéressante, en termes de calendrier, financière, de solidité économique liée à la localisation du lieu, c'est l'option Parc des Princes augmentée qui est de très loin la plus favorable.

Pour construire un stade, il faut au minimum 15 ans. Notre intérêt est commun et évident. Quand quelqu'un du PSG dit : "C'est un suicide financier", soit il bluffe, mais n'est pas très bon, soit il n'a pas lu la convention d'occupation du domaine public qui nous lie. Rien de ce qu'on propose n'est à la défaveur financière du PSG, ça ne peut que l'avantager. Le seul point sur lequel je mets un bémol, c'est sur la capitalisation, sur le débat d'intégrer ou pas la valeur du Parc dans les actifs du club. Mais ils voulaient un peu le beurre et l'argent du beurre, ils voulaient acheter mais pas cher, 38 millions d'euros. Cela ne serait jamais passé dans l'évaluation des domaines, quand bien même il nous serait venu l'idée saugrenue de l'accepter !

Si le PSG ferme la porte et souhaite sortir, quel est votre plan B pour l'occupation du Parc des Princes ?
Il n'y en a pas, car le PSG ne peut pas quitter le Parc des Princes ! La convention qui lie la ville de Paris au PSG au Parc des Princes est non révocable unilatéralement de leur côté, et ils doivent honorer les termes contractuels jusqu'en 2043. Ils pourraient jouer ailleurs tout en continuant à honorer les termes de leur contrat. Mais je ne crois pas à cette hypothèse. Mais vous partez où ? Je suis sûr à 100 % que nous y allons y arriver. La question, c'est combien de temps ça va prendre ?

Il faut qu'on revienne à la table des discussions et on va y arriver dans un intérêt commun. Il y a eu quelques mots un peu durs échangés, ce n'est pas nouveau, ce n'est pas la première ni la dernière fois. Il faut qu'ils puissent jouer dans le nouveau Parc des Princes dans 5-6 ans. Et la seule option crédible pour ça, c'est le Parc des Princes. L'avenir du PSG est au Parc des Princes, il faut qu'on trouve le moyen juridico-technique de sécuriser les intérêts de tout le monde et le faire le plus vite possible pour ne pas prendre plus de retard dans le projet d'agrandissement. Tout a été calé pour que les travaux démarrent dès la fin des Jeux Olympiques 2024.

Est-il possible de détruire ce Parc des Princes et d'en construire un nouveau ?
C'est totalement impossible pour deux raisons : ce serait injustifiable sur le plan environnemental, le Parc est une coque de béton. Ce serait un chantier qui durerait des années. Et c'est impossible à envisager sur le réglementaire et technique, on est au-dessus du périphérique. Le PSG le sait, ils ont évidemment tout regardé, le délai de déconstruction - reconstruction n'est pas compatible.

Quel était selon vous l'objectif des déclarations de Nasser Al-Khelaïfi ?
J'ai plein d'hypothèses. On pense que c'est un peu sous l'effet de la colère du contexte lié à la Coupe du monde. Je pense que les discussions sur le Parc des Princes sont un peu la victime collatérale des polémiques autour de la Coupe du monde. On n'a pas exprimé de boycott, la maire a été très claire là-dessus.

Quand a eu lieu la dernière réunion entre la ville et Nasser Al-Khelaïfi ?
Il n'y en a eu aucune. Les réunions, c'était moi et Jean-Claude Blanc, point barre. Et on rendait des comptes à la maire et Nasser.

Le départ de Jean-Claude Blanc du PSG pourrait-il empêcher la reprise de ces discussions ?
Il n'est pas parti encore. Il va partir, ça c'est certain. Je ne sais pas quand. C'était l'un de nos souhaits : qu'il nous redise sur quels sujets on se penche pour discuter (sourires). »