ENTRETIEN - Amine Harit : "Sergio Conceição a su me canaliser"

Centre Technique Bretagne Henri Guerin, à Ploufagran. C'est dans cette petite commune de l'Ouest qu'Amine Harit (19 ans) a retrouvé le staff de l'équipe de France U20 pour le Tournoi des 4 nations, dernier rassemblement pour les Bleuets avant la Coupe du monde de la catégorie en Corée du Sud (20 mai - 11 juin). Décontracté, comme à son habitude, il revient pour Goal sur sa première saison en professionnel et son changement de statut au sein de son club formateur. Il remercie Sergio Conceição et dresse le tableau d'un avenir qu'il entend rendre brillant.

L’an passé à la même époque vous n’étiez pas titulaire avec la CFA du FC Nantes. L’Euro U19 de l'été denier a-t-il été un véritable déclic pour vous ?

Amine Harit : Oui c’est clair. J’avais vécu une saison pas facile en club. Je n’étais pas tout le temps titulaire, j’ai eu des hauts et des bas. Je pense que l’Euro m’a permis de me dévoiler un peu au public français et de revenir en club avec une autre image. Ça m’a permis de faciliter mon intégration avec les pros et de jouer.

Ludovic Batelli avait fait le choix fort de vous prendre plutôt que Christopher Nkunku. En quoi a-t-il compté dans votre évolution ?

C’est un coach qui a tout de suite vu mes défauts. Il a vu que j’avais des lacunes au niveau défensif. On a énormément travaillé avec le coach, le groupe et le staff sur ce point faible. J’ai pu grâce à lui enchaîner des matches, ce que je n’arrivais pas à faire auparavant. Ça m’a permis de gagner en maturité dans mon jeu et surtout en régularité.

Dans quel état d’esprit êtes-vous revenu à Nantes après cette aventure ?

Personne ne me connaissait avant cette compétition, je sortais un peu de nulle part. Beaucoup de personnes m’ont découvert grâce à notre parcours et à la victoire. J’ai pu continuer sur cette lancée grâce à la Ligue 1. Je suis revenu avec plein de confiance. Le titre m’a permis d’avoir confiance en moi. J’ai parlé avec le coach René Girard et on a tout de suite accroché. C’est une personne à qui je dois beaucoup parce qu’il m’a aidé à me lancer dans le grand bain. 

Amine Harit

Un changement brutal de statut n’est pas forcément simple à gérer pour un jeune joueur, comment l’avez-vous vécu ?

Ça n’a pas été compliqué mais c’était différent. J’arrive de nulle part et je me retrouve en Ligue 1 du jour au lendemain donc c’était difficile à gérer. Mais je suis entouré par de bonnes personnes qui m’ont permis de rester performant sur la durée.

Cette saison vos qualités techniques sont louées mais on vous reproche un manque d’efficacité…

C’est quelque chose que je travaille, l’efficacité offensive. J’ai besoin de marquer des buts et de faire des passes décisives. C’est ce qui me permettra d’être encore meilleur. Je pense qu’à 19 ans on ne peut pas tout avoir, j’espère et j’aimerai pouvoir progresser dans ce domaine pour la suite de ma carrière.

Que vous manque-t-il pour passer un nouveau cap ?

Je pense que je dois simplifier mon jeu, comme on me le dit toujours. Dribbler et faire les bons choix au bon moment. Je pense aussi qu’avec l’âge je vais m’étoffer physiquement. Une fois que j’aurai amélioré ces deux points là avec l’efficacité, j’aurai passé un cap.

Les joueurs au-dessus de la moyenne techniquement ont parfois tendance à se reposer sur leurs acquis. C’est quelque chose qui vous est arrivé ?

Non, je n’ai jamais eu ce sentiment de facilité. C’est vrai que de temps en temps, quand on a la facilité d’éliminer un joueur, on prend ça pour une habitude. Mais ce n’est pas une routine dans laquelle il faut tomber parce que ça pourrait casser notre jeu. À nous, je parle de tous les joueurs qui ont cette qualité là, de faire les bons choix au bon moment. Après ça reste du football donc il faut prendre du plaisir et en donner.


Vous êtes désormais coaché par Sergio Conceiçao, comment est-il au quotidien ?

C’est un coach qui a beaucoup à donner. Il est très dynamique, il s’est super bien intégré à l’équipe et il s’est fait apprécier de tout le groupe. Avec son staff, c’est un coach qui nous fait progresser au quotidien et ça se voit sur nos matches.

Il n’hésite pas à vous remonter les bretelles, à vous comme à d’autres d’ailleurs.

Il ne faut pas me laisser me disperser. C’est un très bon coach pour ça, il sait comment parler. Il a du vécu, de l’expérience dans le football donc c’est plus facile pour lui de nous mettre en garde quant aux erreurs qu’on pourrait faire. Il a su me canaliser, après j’ai fait quelques erreurs qu’il a tout de suite pointées du doigt et je pense que c’est ce qu’il me faut.

Il s’est dit que vos relations n’étaient pas très chaudes mais en réalité, c’est le coach qu’il vous faut non ?

Bien sûr ! Moi j’ai dit que c’est un coach qui allait me permettre d’énormément progresser. Je le sens déjà alors que ça ne fait que trois mois qu’il est là. Toutes les rumeurs qui disent que je ne m’entends pas avec le coach sont fausses. On a une très bonne relation et j’espère que ça va continuer comme ça. Personne ne disait rien avant ma sortie et après tout le monde y a trouvé un prétexte pour dire qu’on s’était disputé. C’est une erreur qui vient de ma part, j’en ai assumé les conséquences et il n’y a aucun souci avec le coach.

Y a-t-il une anecdote, une phrase qu’il vous a dit ou quelque chose qui vous a particulièrement marqué ?

Quand je sors à la 85e minute contre Montpellier. Il me dit dans l’oreille que j’ai fait un match magnifique et il me parle d’une dernière action où j’ai voulu dribbler, où j’ai perdu la balle et où on a failli se prendre un but. Il m’a dit qu’à cause d’une action comme celle là je pouvais gâcher mon match et que par la suite je ne devrai plus faire ce genre d’erreur.

Vous avez prolongé votre contrat d’un an avec Nantes il y a quelques semaines, pourquoi ce choix ?

J’ai fait ce choix là parce que je me sens bien au sein du club. C’est ma cinquième année, j’ai été formé ici. C’est un club que je porte dans mon cœur et où j’espère rester le plus longtemps possible, après on verra ce qu’il se passe cet été.

Certains y ont vu comme une sorte de remerciement avant un départ…

Ce sont des rumeurs. Moi je n’ai pas signé pour partir cet été. Je l’ai fait pour montrer que je tenais au club. Pour eux c’était une récompense pour mon Euro et mon début de saison et pour moi, c’était pour montrer que je ne voulais pas partir vite et que ça me faisait plaisir de rester.

L’Euro vous a joué le rôle de bascule dans votre carrière, que se passera-t-il pour vous si vous enchaînez avec le titre mondial ?

J’espère qu’on ira loin dans cette compétition. On sait qu’on est sur une bonne lancée mais c’est à nous de ne pas nous reposer sur nos acquis, de partir en favoris et de se dire que le Mondial est joué. Si on le gagne, ça sera une sorte de "boost", on reviendra chargés à bloc dans nos clubs et je pense que ça pourra me faire passer un cap. 

Propos reccueillis par Benjamin Quarez, à Ploufragan

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