Entretien - Joris Gnagnon : "L'équipe de France, j'y ai toujours pensé"

Avec Alban Lafont (Toulouse), que Ludovic Batelli a décidé de surclasser, Joris Gnagnon fait partie des petits nouveaux de l'équipe de France U20. Apparu pour la première fois sous le maillot de l'équipe de France samedi contre l'Angleterre (0-1), le défenseur du Stade Rennais dispute actuellement la Tournoi des 4 Nations, dernier rassemblement pour les Bleuets avant la Coupe du monde en Corée du Sud (du 20 mai au 11 juin). Calme et détendu, le jeune joueur passé par Montfermeil s'est confié à Goal. Binational, il est heureux de porter le maillot bleu mais ne ferme pas pour autant la porte à la sélection ivoirienne.

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Cette sélection en équipe de France vient récompenser votre belle saison, attendiez-vous ça depuis longtemps ?

Joris Gnagnon : Oui, j'attendais ça depuis assez longtemps. L'équipe de France, j'y ai toujours pensé même s'il y a aussi la Côte d'Ivoire et que j'y pense toujours autant. Je ne supprime pas du tout la sélection ivoirienne, mais l'équipe de France j'y pensais énormément. Depuis le début de saison, je me disais que si le coach venait à m'appeller, je serais ravi d'y aller. Je suis donc très heureux d'être là.

Le fait de ne pas savoir pour quelle sélection vous jouerez plus tard vous perturbe-t-il ?

Ça ne me perturbe pas, mais c'est vrai que j'y réfléchis presque tous les jours. Je pense tous les jours à la Côte d'Ivoire. C'est ma patrie, c'est tout ce que vous voulez. C'est plein d'amour, c'est plein de choses. Mais je pense aussi à l'équipe de France. Ce n'est pas pour autant que je n'aime pas la France, j'aime aussi énormément la France. Je suis vraiment très, très heureux de porter ces couleurs. Après, c'est un choix que je ferai avec mon entourage, comme Tiémoué (Bakayoko) a pu le faire.

Joris Gnagnon France U20

Aujourd'hui, la tendance penche-t-elle plus d'un côté que de l'autre ?

Pas du tout. Si ça doit arriver, avec la France ou la Côte d'Ivoire, je serais tout aussi content.

Vos coéquipiers à Rennes et en U20, Denis-Will Poha et Jérémy Gélin, vous avaient-ils déjà parlé de la sélection ?

Denis (Will Poha), dont je suis plus proche, m'en parlait beaucoup. Il me parlait d'un rassemblement qui aurait lieu en mars pour préparer la Coupe du monde. J'espérais y être, aujourd'hui j'y suis et je suis content.

Finalement, vous connaissiez déjà beaucoup de monde au sein de cette sélection...

La plupart des joueurs jouent en Ligue 1, donc on se croise sur les terrains. Après, il y a des joueurs qui ont joué en région parisinenne, comme Amine Harit ou Jean-Kevin Augustin. Quand j'étais à Montfermeil, je jouais contre lui. Il y en a beaucoup d'autres que je connaissais déjà. On se connait tous et ça facilite mon intégration.

Ludovic Batelli a vu presque tous vos matches cette saison, que vous a-t-il dit lors de vos premiers échanges ?

Il m'a dit, justement, qu'il avait suivi pratiquement tous mes matches depuis le début de saison, donc tant mieux pour moi. Je ne le connais pas encore beaucoup. De ce qu'on m'a dit, il n'hésite pas à conseiller ses joueurs. C'est une bonne chose et je vais apprendre à le connaître.

L'équipe de France A se rajeunit à votre poste avec des joueurs comme Presnel Kimpembe et Samuel Umtiti. Sont-ils des exemples à suivre ?

C'est sûr que ce sont des exemples à suivre. Umtiti, c'est le haut-niveau. Kimpembe, je suis vraiment impressionné par lui. Je ne le connais pas personnellement, mais je connais son entourage et vu qu'il joue en Ligue 1, tout comme moi, on se connait par rapport à ça. Je suis vraiment très, très content pour lui vu ce qu'il fait cette saison et c'est mérité qu'il soit en A.

On parle souvent de "jeune talent", de "phénomène", comment parvient-on à gérer ça à seulement 20 ans ?

Ce n'est pas simple. À chaque match, je me dois, entre guillemets, d'être impressionnant. J'ai eu un coup de moins bien après le match contre Metz et les gens ne tenaient plus le même discours me concernant. La Ligue 1, ce n'est pas du tout facile. Quand tu as 20 ans et qu'on te lance en Ligue 1, il faut tout de suite être prêt, ce que j'ai réussi à faire.

Avez-vous le sentiment d'être parfois trop exigeant avec vous même ?

Je suis comme ça depuis que je suis tout petit. Quand je suis sur le terrain, je me dis que tout doit être parfait. C'est comme ça qu'on atteint le haut-niveau.

Et d'où vous vient cette exigence du haut-niveau ?

De ma formation à Clichy-Montfermeil, de mon éducation... D'où je viens, on ne peut pas être à 50% sur le terrain. Quand j'entre sur le terrain, je pense à beaucoup de choses et je me dis que je dois être à 200%, que ce soit contre une grosse ou une petite équipe.

Joris Gnagnon U20 France

Issa Diop et Jérôme Onguéné formaient la charnière centrale à l'Euro U19, que pensez-vous pouvoir apporter de plus à cette équipe ?

C'est difficile à dire parce c'est vrai qu'il y a une très grosse défense centrale. Si le coach fait appel à moi et me met sur le terrain à la Coupe du monde, j'essayerais d'être à 200%, mais s''il me met sur le banc je n'irais pas me plaindre. J'ai envie de jouer et je me battrai pour.

Le Mondial U20 fait donc bien partie de vos objectifs pour la fin de saison...

Oui, j'ai envie de faire ce Mondial. On verra bien ce que le coach va décider, mais c'est sûr que ça fait partie de mes objectifs.

Qui dit Coupe du monde dit recruteurs, observateurs. Ce sera aussi l'occasion de se montrer...

(Rires) Je n'y vais pas pour ça. Je pense qu'il y aura du monde, mais on verra bien.

Que vous inspire le fait de pouvoir marcher sur les traces de la génération Pogba, qui est la dernière à avoir remporté le Mondial U20 ?

Beaucoup de choses. C'est une fierté et je pense qu'avec le groupe qu'on a, et si tout le monde peut jouer, on est capable de faire aussi bien.

Le statut de favori acquis par la victoire à l'Euro U19 va-t-il être difficile à gérer ?

Je ne pense pas. Notre équipe a beaucoup de responsabilités, mais on se connait. Quand j'ai regardé l'Euro à la télé, j'ai vu beaucoup d'équipes et la France était au-dessus. Il faudra assumer.

Propos recueillis par Benjamin Quarez, à Ploufragan

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