ENTRETIEN - Luis Fernandez : "On sent que Rabiot ne va pas prolonger"

Consultant dans les émissions Dimanche Ligue 1, Football Show et Champions Show sur beIN SPORTS, Luis Fernandez s'est assis quelques instants à nos côtés pour commenter l'actualité du Paris Saint-Germain en marge de la conférence de presse de présentation de "l'Incroyable Mois beIN SPORTS". Pour Goal, l'ancien joueur et entraîneur du club de la capitale dénote un "manque d'identité" qui aurait de sérieuses répercussions sur les jeunes joueurs issus de la région parisienne, mais surtout sur ceux du club francilien.

Technique et intelligence de jeu : le virage pris par le centre de formation du PSG​

Le PSG manque-t-il d'un homme fort, autre que Nasser Al-Khelaïfi, pour passer un cap ?

Luis Fernandez : On a un projet qui a été lancé. Nasser est arrivé. Il a des connaissances dans le milieu du foot même s'il vient du tennis. En quatre ans, il a pu voir comment ça se passe. J'ai eu l'occasion de le croiser, de discuter avec lui, et j'ai l'impression qu'il est compétent. Mais il faut absolument que Paris sépare le sportif de l'administratif. On ne peut pas rester aussi proches. Il faut que chacun, dans son secteur d'activité, ait une certaine efficacité. Aujourd'hui, je n'ai pas peur de le dire : le PSG manque d'identité. Il doit y avoir un organigramme sportif, représentatif et reconnu, comme c'est le cas à Barcelone par exemple.

Qu'entendez-vous par cette notion d'identité ?

L'identité, ça concerne tous les secteurs liés au sportif. En particulier, la cellule de recrutement et les fonctions liées aux jeunes. Ça me dérange parfois un peu et je pense que c'est par cette notion d'identité au sein du Paris Saint-Germain que Nasser peut encore rectifier le tir en essayant de changer certaines choses.

Le PSG n'a-t-il pas besoin de renouvellement ?

Quand on lance un projet, il faut toujours se projeter, voir plus loin. On ne peut pas partir avec 20 mecs et terminer 20 ans plus tard avec les 20 mêmes. Si des jeunes ne sont pas venus ou sont partis, c'est peut-être qu'on n'a pas eu suffisamment de réflexion pour se dire qu'il y avait des jeunes dans le coin à prendre. Ce sont des questions que je me pose parce que je pense qu'il y a des choses à faire. On a une région et un vivier qui est sûrement le plus important de France.

Vous même aviez lancé des démarches pour que cela bouge dans ce secteur à l'époque...

Quand Perpère était président, je lui ai proposé un projet sur les différents secteurs de la région parisienne avec des recruteurs qui, sous l'enseigne Paris Saint-Germain, auraient une zone bien précise. Je voulais que chacun puisse utiliser son réseau pour que le PSG soit le premier au courant qu'il y a un joueur intéressant à prendre dans telle ou telle zone. Mais finalement, le club a perdu ce terrain-là. On m'a dit que ça coûtait trop d'argent et je pense qu'aujourd'hui on devrait avoir cette répartition des territoires.

Les conditions vous semblent-elles réunies aujourd'hui pour que le PSG prenne enfin ce fameux virage ?

On n'a pas les éléments pour. Dans la cellule de recrutement, ce sont des gens qui ne connaissent peut-être pas suffisamment la région parisienne, qui ne l'abordent pas, qui ne l'intègrent pas. C'est un réel manque et j'ai toujours dit que dans ce vivier, on devrait être beaucoup plus efficaces, beaucoup plus forts et beaucoup plus présents.

Que faire alors pour que cela évolue ?

Il faut anticiper. Le problème, c'est de savoir si tu en as les moyens. Si j'avais un conseil, je dirais qu'il faut créer cette fameuse cellule avec des gens qui connaissent suffisamment bien la région, qui puissent s'implanter pour travailler dedans. Là, les gens se diront "Au PSG, il y a ça", "c'est possible de". Mais pour l'instant, on ne sait pas trop où l'on est.

Kingsley Coman PSG

Coman, Dembélé... Le manque d'identité que vous pointez du doigt n'a-t-il pas eu des répercussions sur leurs départs ?

Coman n'aurait jamais dû partir. Ça fait partie des erreurs que le PSG ne peut plus se permettre de reproduire. On sent aussi que Rabiot ne va pas prolonger... Pour moi, le club doit mettre quelque chose en place pour que les jeunes, à 15-16 ans, puissent se dire "on aura des opportunités parce qu'on a du talent".

Avez-vous le sentiment que les jeunes du PSG n'ont plus confiance en leur club ?

C'est là que le PSG doit changer de discours. Il faut faire comprendre à ces jeunes que ce qu'ils apprennent aujourd'hui va leur servir pour demain. On doit leur dire "le PSG, c'est votre club. Vous l'avez choisi, vous avez signé, c'est ce que vous avez voulu." Il faut mettre en œuvre une politique sportive qui va leur convenir. Il faut aussi que les parents acceptent.

On a également l'impression que ce club peine à embellir son image...

Et pourtant Nasser fait des efforts. Ils font beaucoup de choses, de nombreuses opérations, mais cette image, il faut aussi la mettre en place dans ta région. Je pense que c'est là qu'il y a un énorme travail à faire. C'est là qu'il faut intégrer, qu'il faut rentrer dedans, mais ça on ne l'a pas fait. Parce qu'on a peur, parce que ça a un côté flamboyant. Mais c'est important et c'est là qu'on n'a pas réussi notre coup.


Propos recueillis par Benjamin Quarez

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