Entretien - Victor Zvunka : "Guingamp peut encore aller au bout"

Parti en Guinée, où il entraîne le leader du championnat, le Horoya AC, Victor Zvunka n'a pas oublié la folle épopée de Guingamp soldée par une victoire en Coupe de France en 2009. Alors en D2, l'équipe coachée par l'entraîneur français a créé l'exploit en s'imposant au Stade de France contre le voisin rennais (2-1). Une victoire historique pour l'EAG, qui s'est offert sa deuxième Coupe de France 5 ans plus tard.

Julien Stéphan, le coaching dans le sang

Tout d'abord, que devenez-vous huit ans après avoir offert sa première Coupe de France à Guingamp ?

Victor Zvunka : Je suis en Guinée maintenant. Ce n'était pas simple, au départ, parce que je suis arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe. On a fait le doublé la saison dernière. On a battu tous les records de points et cette année on avait l'objectif d'atteindre les poules. Je dis les poules, parce qu'on a d'abord disputé la Coupe des Clubs Champions avant d'être reversés dans ce qu'on pourrait appeler l'Europa League chez nous. Après notre défaite face à l'Espérance de Tunis, on s'est donc retrouvés dans la compétition de la CAF et on s'est qualifiés à Tanger (victoire 2-0 à l'aller, défaite 3-2 au retour). C'est une qualification historique pour le club, qui vient aussi de terminer premier de la phase aller en championnat.

Revenons sur cette victoire en Coupe de France face à Rennes en 2009... Que vous inspire-t-elle aujourd'hui ?

C'était magique. Aller en finale avec un club de deuxième division, ça n'arrive pas tous les ans. Pour moi, c'était la deuxième fois et je ne pouvais pas imaginer perdre à nouveau. Une fois, ça suffit (rires). La coupe, ça représente tellement de choses. Je sais le bonheur que ça offre aux gens et celle-ci, je voulais absolument la gagner.

Est-ce le plus beau moment de votre carrière d'entraîneur ?

Il y a deux choses qui resteront à jamais gravées. D'abord, le jour où je suis monté en première division avec Châteauroux en gagnant à Épinal (en 1997, ndlr). À notre retour, toute la ville nous attendait à l'aéroport. C'était exceptionnel. Mais gagner la Coupe de France avec Guingamp, c'était extraordinaire aussi. Quand on est rentrés à la Mairie, il n'y avait pas de place pour passer. Tout le monde était là, dans la rue, à nous attendre. C'est vrai que c'est une petite ville, mais c'est ça qui est magnifique.

Victor Zvunka Guingamp 2009

Avez-vous le sentiment d'être définitivement rentré dans l'histoire de l'EAG en remportant ce trophée ?

Je pense que oui, même si d'autres ont marqué l'histoire du club. Quand j'étais joueur à Laval, on avait joué à Guingamp et on avait été éliminés. Avant nous, ils avaient déjà été en finale et avaient perdu (en 1997, ndlr) donc c'est sûr que c'est quelque chose d'exceptionnel. C'est l'histoire de Guingamp qui s'est agrandie encore un peu plus.

Christian Bassila parle de "famille" pour définir le groupe de 2009, en faites-vous encore partie ?

Bien sûr. Christian, je le vois un peu moins aujourd'hui, mais quand j'allais voir les matches de l'OM et que Lyon venait au Vélodrome, on se voyait tout le temps parce qu'il faisait des reportages pour la télévision lyonnaise. On a aussi été invités pour la deuxième finale contre Rennes (en 2014, ndlr). On s'est tous retrouvés au stade et tout le monde était content. Une finale comme celle de 2009, ça soude les joueurs entre eux, mais aussi avec l'entraîneur et le staff. On avait une équipe composée de joueurs d'expérience qui avaient à l'esprit qu'à 28, 29 ou 30 ans, ils n'auraient peut-être pas l'occasion de revivre une autre finale.

L'expérience, est-ce bien cela qui a permis à votre équipe de se transcender après avoir été menée 1-0 en finale ?

Je pense. En plus, c'était des mecs qui avaient envie de réussir quelque chose ensemble. Certains avaient déjà gagné la coupe. Dans le staff, Éric Blahic l'avait déjà fait aussi donc on était prêts à affronter cette finale. C'était moins le cas avec Châteauroux où, quand on est arrivé au stade de France, les gars prenaient tout en photo. Il y avait juste Teddy Bertin qui connaissait ce genre de match. Les autres, c'était des joueurs de Ligue 2 ou des jeunes alors que là on sentait une équipe sereine, déterminée à aller gagner quelque chose.

On a l'impression que la coupe a toujours eu une saveur particulière pour vous...

En même temps, c'est une réalité. La coupe a toujours été quelque chose de magique pour moi. Je m'y suis intéressé très tôt. Depuis tout petit, même. Ça représente tellement pour les supporters... C'est exceptionnel. Regardez, avec Horoya j'ai déjà gagné la coupe nationale. En Suisse, j'avais été jusqu'en demi-finale. C'est quelque chose de super. C'est un rassemblement spécial avec les supporters. Les gens s'attachent à cette coupe. Je vois ça comme un objet que les gens veulent avoir. Ils veulent le toucher. C'est représentatif à la fois pour la ville et pour le club.

Encore plus pour Guingamp qui est devenu une vraie équipe de coupe depuis ce sacre en 2009...

Oui, même s'ils sont remontés en première division depuis. On peut comparer ça à ce qu'a fait Auxerre pendant des années. Au départ, ils ont gagné le championnat. En coupe, ils réalisaient quelques coups, comme la défaite face à Nantes en 79, mais ce n'était qu'épisodique et une fois qu'ils l'ont gagnée, ils ont enchaîné les victoires. C'est pareil pour Sedan. La coupe représente quelque chose pour le club et les joueurs. Quand ils rentrent sur le terrain, ils s'identifient à ça et sortent les tripes pour aller jusqu'en en finale.

Cette année, il reste une marche à franchir pour que Guingamp retourne au Stade de France, les pensez-vous capables de le refaire ?

Je pense qu'ils peuvent encore aller au bout. Il y a deux ans, c'était Auxerre en demi-finale. Là, c'est Angers. Ça risque d'être un match ouvert parce que ça va faire 60 ans qu'Angers n'a pas atteint la finale. Ils ne vont rien lâcher. Et après, sur un match, tout est possible. Quand tu arrives en finale, tu veux absolument gagner. Moi, j'ai joué contre le PSG. J'ai trois "occaz", je dois gagner tous les jours et je perds 1-0 avec Châteauroux. Ce sont des matches particuliers et même s'il y a un favori logique, comme le Paris Saint-Germain ou Monaco cette saison, au coup d'envoi tout ça ne compte plus.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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