Escalade - « En 10 ans de compétitions, c'est aux JO que j'ai pris le plus de plaisir », assure Anouck Jaubert, retraitée à 27 ans

·5 min de lecture

Double vainqueure de la Coupe du monde de vitesse, Anouck Jaubert a arrêté l'escalade après les JO, où elle a frôlé le podium (6e). La Stéphanoise de 27 ans, un des plus beaux palmarès de la grimpe française, revient sur sa fin de carrière et sa nouvelle vie, de future kiné.

« Vous aviez annoncé que les JO seraient sûrement votre dernière compétition. Cette 6e place aux JO, où vous avez frôlé la médaille et une record personne en vitesse, ne vous a pas fait changer d'avis ?
Non, c'est presque le contraire. Effectivement, il y avait cette frustration de se dire ''peut-être que le run où je fais une erreur, ça aurait pu faire un temps sous les 7 secondes'' (son record personnel : 7'32). C'était le seul truc qui aurait pu, éventuellement, me faire réfléchir. Mais c'était aussi LA compétition où j'ai réussi à mettre en place tout ce que j'avais bossé à l'entraînement. Du coup, c'est ce qui était super beau. Tout ça me fait dire que c'était une très belle compétition sur laquelle arrêter.

À chaud, juste après votre finale aux JO, vous étiez très déçue et frustrée de manquer le podium. Avec le recul, ce sentiment a changé ?
Je n'avais pas revu la vidéo et dans ma tête, si je ne faisais pas d'erreur (sur le haut du mur de 15 mètres, Jaubert glisse et manque le buzzer), je gagnais ce run et donc j'étais sur le podium (en remportant l'épreuve de vitesse, avec le format du combiné, Jaubert aurait remporté une médaille). Forcément, c'était pas facile... Mais en revoyant les images, j'ai vu que ça ne suffisait pas pour la battre (la Polonaise Miroslaw a signé le nouveau record du monde). Donc quand j'y pense, je me dis juste que j'étais à fond et j'ai pas de regrets. C'est juste un bon souvenir.

Qu'avez-vous envie de retenir de ces JO, pour la première de l'escalade ?
Simplement le plaisir que j'ai pris à chaque instant. Sur mes 10 ans de compétition, c'est vraiment LA compétition où j'ai pris le plus de plaisir. C'est aussi celle que j'ai le plus préparée, pendant 4 ans. Le fait que ce soit un combiné, un gros challenge au départ, ça me motivait à fond. J'ai réussi à m'exprimer à mon niveau max dans toutes les disciplines. Et la gestion mentale aussi, j'étais super sereine et ça m'a permis d'en profiter.

Ça ne vous a pas donné envie de pousser jusqu'au Mondiaux à Moscou (16-21 septembre) ?
En rentrant des JO, il n'aurait pas fallu que je m'arrête plus d'une semaine pour repartir tout de suite en mode entraînement. J'avais envie aussi de me poser, souffler, surtout physiquement. Ça fait plus d'un an, avec mes histoires de chevilles (opération en juillet 2020, avec une longue rééducation et des douleurs) que je tirais dans tous les sens sur mon corps et il avait besoin de lâcher un peu. Donc ça m'allait très bien de m'arrêter comme ça. J'avais aussi envie de m'investir à fond dans ma dernière année de kiné et pas, au bout de 15 jours, de repartir en Russie.

Pour revenir sur votre carrière, vous avez 15 victoires en Coupe du monde pour deux titres au général, trois médailles mondiales... Un des plus beaux palmarès de l'escalade en France. Comment vous voyez tout ça ?
Je ne me compare à personne. J'ai fait mon bout de chemin, je me suis fait plaisir. C'est sûr que c'est génial, quand tu y réfléchis. Les podiums, les victoires... ça me fait plaisir et c'est tout.

Quelle est votre plus belle victoire ?
(Elle réfléchit.) C'est difficile. Franchement, c'est d'avoir réussi à m'exprimer à mon plus grand potentiel sur les JO. Après, si on parle d'un podium, c'est la Coupe du monde de Moscou 2018, où j'avais fait mes meilleurs chronos et je m'étais éclatée. En plus, le fait que ce soit chez les Russes qui dominent à fond la discipline, chanter la Marseillaise là-bas, ça faisait bien plaisir (rires).

Vous allez terminer vos études de kiné. Vous voyez ça comme une nouvelle vie ?
Quelque part oui. Le rythme de vie va changer. Mais depuis le début, c'est mon projet. L'escalade était plus une grosse parenthèse sportive. Pour moi, ça a toujours été un loisir.

Vous allez retourner grimper quand même ?
J'y suis déjà retournée, dans des salles privées de bloc, une ou deux fois. Pour m'amuser, avec des copains. La vitesse, ça va être compliqué d'en refaire. Il y a pas de mur en général dans les salles privées. Je pense que ça va me manquer. Et à la fois, je me dis que si j'y retourne en ayant pas la forme et que je vais tout doucement, ça va pas m'amuser longtemps (rires).

lire aussi
Décryptage : les Bleus présentent l'escalade et ses disciplines

Qu'est-ce qui va vous manquer ?
La compétition. Les grosses doses d'adrénaline, d'émotions. Purement en escalade, c'est sûr que les sensations de grimpe sur le mur de vitesse, ça va me manquer. Mais je suis hyper sereine par rapport à ça. Je vais sûrement m'inscrire à un sport. J'aime bien le volley, le badminton, l'athlétisme... des sauts ou des sprints, j'en sais rien. Mais je me dis que si j'attaque un nouveau sport, je vais vouloir repartir à m'entraîner, vouloir progresser, faire des compétitions... Je ne sais pas comment ça va tourner (rires). On verra. Après les JO, en terme de sport, je me suis laissée guidée par Marion, ma copine : faire du vélo, aller à la piscine, aller marcher en montagne. C'était hyper cool d'aller découvrir un peu plus tout ça.

Vous aimeriez garder un lien avec la Fédération et les équipes de France ?
C'est sûr qu'avec toutes mes expériences, je pourrais avoir des choses à apporter aux jeunes, aux futurs grimpeurs des JO de Paris 2024. Je suis carrément ouverte pour des temps de partage, je ne sais pas sous quelle forme. Je ne dis pas ''ciao'' à l'escalade complètement.

Dans trois ans, il y a aura Paris 2024. Vous aimeriez avoir un rôle ?
Oui, c'est une idée qui trotte quelque part dans ma tête. Je ne sais pas du tout sous quel versant ce serait possible. Là, j'ai eu une initiation olympique à Tokyo et ça donne vraiment envie de remettre les pieds de dedans (sourire). »

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles