Escalade - Julia Chanourdie, à propos de ses exploits en falaise : « Aux JO, ça va m'aider »

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Qualifiée pour les Jeux Olympiques de Tokyo, Julia Chanourdie est également une des meilleures grimpeuses en falaise du monde. Le film « Julia », diffusé en avant-première au Chamonix film festival, revient sur son parcours, et notamment ses exploits loin de la résine. L'occasion de reparler falaise.

« Ce film revient sur votre parcours, depuis vos débuts jusqu'à votre exploit en falaise, ce 9b en novembre 2020 (plus haut niveau en falaise atteint par une femme, elles sont seulement 3 dans le monde à l'avoir réussi). Ça fait quel effet de revoir toutes ces images ?
C'était beaucoup de surprises. Toutes les images d'archives, ce sont mes parents qui ont géré, donc je ne savais pas trop ce qu'il y avait. Les différentes voies, je ne les avais pas revues en vidéo, donc c'est trop cool. Revoir tout ça m'a permis de revivre ces super moments en falaise. J'adore le mix, les images du TQO (où elle s'est qualifiée pour les JO de Tokyo), ma relation avec mon père, un peu de mes entraînements... C'est très varié. Et je suis contente car c'est pas un rôle, ça me ressemble. Jocelyn (Chavy) le réalisateur me connaît bien, il a compris comment j'étais. Je suis hyper contente, c'est un projet qui date et ça sort enfin.

Juste avant les Jeux Olympiques de cet été...
C'est bien que ça sorte maintenant, il fallait pas que ce soit plus tard, pour que je reste concentrée après sur mon entraînement. Mais c'est cool aussi de parler un peu de falaise. En ce moment, je suis pas du tout en mode falaise. Ce film me permet de m'évader un peu, ça fait du bien à la tête aussi.

Après votre 9b (Eagle 4, à St-Léger-du-Ventoux), vous aviez du mal à réaliser la portée de votre exploit. Vous réalisez maintenant ?
Oui carrément. Quand on est dans le truc, dans notre bulle, à rester hyper longtemps en falaise, à vivre dans le van, on est un peu déconnecté du monde... tout ça faisait que c'était pas simple de réaliser. Aujourd'hui, à fond. C'est top aussi car il y a des petites choses qui me permettent d'avoir encore plus confiance en moi. Pour les JO, j'y penserai, ça va m'aider de savoir que j'ai été capable de faire ça : pas besoin de me mettre de barrière, je suis largement capable.

Dans le film, vous évoquez le fait que parfois, quand une grimpeuse réalise une voie difficile, d'autres la décotent (en escalade, les grimpeurs réalisant une voie proposent une cotation, c'est-à-dire l'évaluation de la difficulté d'une voie. Les suivants peuvent valider cette cotation, ce niveau de performance, ou la décoter, estimer qu'elle est moins difficile).
(Elle réfléchit). Ce sont des trucs qu'on remarque en tant que fille. Il y a eu des histoires avant et moi, je l'ai remarqué sur certaines voies que j'ai enchaînées. Comme par hasard, après un enchaînement, au lieu que ce soit 9a, c'est plutôt 8c + (donc moins relevé sur l'échelle de cotation). ça l'a un petit peu fait pour Super Crakinette, le 9a +. Avant, personne n'allait dedans. Et une fois que je l'ai enchaîné, tous les garçons venaient essayer. Pareil pour le 9b. Il n'y avait pas grand monde et après, plus sont venus. Après, peut-être que ça les a inspirés, tant mieux, mais bon, il y a quand même souvent des questions "est-ce que c'est vraiment 9a + ?".

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J'aime bien en parler, car je fais partie maintenant du top en falaise, hommes et femmes confondues, surtout en France, et c'est mon rôle aussi de dire : "Les filles sont fortes également et vous pouvez aussi être admiratifs, sans avoir envie de décoter juste parce qu'on est des femmes". Avant, il y avait des grosses barrières, les filles ne dépassaient pas certaines cotations. Aujourd'hui, ça change. Il faut le montrer, le dire. Beaucoup savent très bien de quoi je parle, d'autres diront que j'exagère. Mais ça arrive à beaucoup de filles, et c'était le cas dans les premiers 9a des femmes, certains ne sont plus des 9a. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui a changé ? Les gens n'acceptent pas forcément la progression, alors que tout le monde progresse. Donc c'est normal qu'il y ait de plus en plus de monde dans le 9a. Dans le fond en plus, on s'en fiche. Est-ce que c'est un petit 9a, un gros 9a ? ce qui compte, c'est la ligne, grimper des belles voies.

La prochaine étape serait un 9b +, encore jamais réalisé par une femme. C'est en projet ?
C'est marrant car quand j'ai fait le 9b, tout de suite, mes proches, Augustin (son copain), mon père, me disaient d'aller vite voir un 9b +. Souvent, les gens ont plus confiance en ce dont je suis capable que moi. J'ai dit "oui, on verra". Mais carrément. Là, je suis tellement focalisée sur les Jeux qui je n'y pense pas, mais c'est la prochaine étape. Autant essayer, aller voir (sourire). »

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