Esport - Au ZEvent et sur Twitch, le sport prend de plus en plus de place

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Très lié aux jeux vidéo depuis sa création, Twitch s'en détache et a récemment fait du sport une nouvelle priorité. Présents au ZEvent, Pierre-Alexis « Domingo » Bizot et Théo « Rivenzi » Reunbot en sont devenus des spécialistes sur leurs chaînes respectives. Si Twitch a construit sa popularité sur le jeu vidéo, la plateforme de streaming se diversifie depuis quelques années. Une forme de paradoxe quand on sait qu'elle avait sciemment décidé de se spécialiser dans le gaming en 2011, privilégiant cette branche parmi d'autres pour son potentiel à l'époque où elle s'appelait encore « Justin.tv ». Débats, discussions, art, cuisine... Twitch cherche simplement à détacher une étiquette qui lui colle à la peau. Et a récemment fait du sport une priorité. lire aussi Le ZEvent 2021 lancé Athlètes (Gaël Monfils, Charles Leclerc...), chaînes de clubs (PSG, Real, Arsenal, OM...), droits de diffusion (NBA G League, Premier League, Kosmos y diffuse les matches de Ligue 1 du Paris Saint-Germain en Espagne sur la chaîne d'Ibai Llanos...) : le sport se fait une place de façon très « traditionnelle », mais effectue aussi une percée dans ce qui représente le coeur de la plateforme, ses streamers. Au ZEvent - marathon caritatif français devenu incontournable, dont l'édition 2021 est diffusée sur Twitch depuis vendredi soir et s'achèvera dans la nuit de dimanche à lundi - deux personnalités portent, chacune à sa façon, sa voix. Domingo sur tous les terrains À 27 ans, Pierre-Alexis « Domingo » Bizot a fait de la pratique du sport un rendez-vous régulier sur sa chaîne : course à pied (semi-marathon, marathon, entre autres), cyclisme (L'Échappée, montée de l'Alpe d'Huez sur Zwift avec David Gaudu), tennis (avec Gaël Monfils et Benoît Paire à Roland-Garros), football... « Ça fait huit ans que je suis streamer, j'ai fait beaucoup de League of Legends, un peu d'esport comme commentateur, mais j'ai d'autres passions et le sport faisait partie des choses que je voulais mettre en avant », explique-t-il.

Son truc, c'est de se pousser lui, mais aussi ses « collègues » et les spectateurs à se dépasser. « Sans entrer dans une forme de culpabilisation qui forcerait les gens à faire du sport, précise ce grand supporter de l'Olympique Lyonnais. Les streamers, je les encourage à se donner mais je ne les piège pas. Kameto qui s'arrache pendant L'Échappée, Jiraya lors du Big9 (une course à pied pour un projet écologique, à l'Insep, à laquelle avait participé Sasha Zhoya)... Il y a un truc de dépassement de soi, de motivation pour eux et ceux qui regardent. Quand tu es devant un marathon à la télévision et que tu vois un gars faire 2h2', difficile de se dire que tu peux le faire. Voir des personnes "normales" se fixer des objectifs, je pense que ça touche plus facilement les gens ». Surtout sur une plateforme dont l'interactivité, via le chat de discussion, et l'impression de proximité qu'elle crée est une caractéristique essentielle. lire aussi ZeratoR : « Chaque année, on se dit qu'on atteint un plafond » Après le Marathon de Paris le 17 octobre dernier - son « plus gros challenge » - Domingo avait assuré vouloir se calmer avec « les défis à la con ». L'affirmation n'a pas tenu bien longtemps : à l'issue du ZEvent, où les participants fixent des donations goals pour pousser les spectateurs à faire des dons, il devra, à vélo, gravir le Mont Ventoux puis affronter les pavés de Paris-Roubaix avec le jeune YouTuber Inoxtag, avant de passer quatre jours sur l'un des plus grands glaciers d'Europe. « Mais le sport n'est qu'un pan de mon activité, je ne veux pas non plus devenir "sport man" sur Twitch », promet celui qui y anime aussi le talk « Popcorn ». Organisateur d'un tournoi de tennis de table dimanche, ses actes racontent une autre histoire. Rivenzi couvre l'actualité Pas très loin de Domingo dans la grande salle qui accueille tous les participants du ZEvent, Théo « Rivenzi » Reunbot amène lui aussi le sport sur la plateforme de streaming. Passionné d'histoire, ce dernier est moins dans la pratique que le traitement médiatique du sujet. « Je consomme beaucoup de sport depuis gamin. Foot, tennis, rugby : j'écoutais beaucoup la radio, j'étais abonné à L'Équipe... Naturellement, je suis venu à en parler en live », détaille le Breton de 26 ans. Théo « Rivenzi » Reunbot « Je ne suis pas un connaisseur ultime mais un passeur : on discute, on regarde des vidéos, on essaye d'enrichir notre culture sport de façon interactive » Sur sa chaîne, Rivenzi a créé un rendez-vous hebdomadaire : « Samedi Sport ». Il y balaie l'actualité sportive chaque week-end, aux côtés, entre autres, d'une deuxième personnalité de Twitch et YouTube - Yann-Cj23, grand amateur de basket et de F1 notamment -, invite sportifs, journalistes et autres spécialistes à parler des grandes et petites disciplines... « Il y a ce côté découverte collective, avec les gens qui viennent échanger mais aussi ceux du chat, poursuit celui qui a aussi commenté des matches de l'Équipe de France de rugby (sans les images) ou suivi quotidiennement les derniers Jeux Olympiques à travers une émission dédiée. Je ne suis pas un connaisseur ultime mais un passeur : on discute, on regarde des vidéos, on essaye d'enrichir notre culture sport de façon interactive. » Casser quelques clichés En contact avec plusieurs fédérations - il devrait organiser un petit quelque chose avec la FFT en marge du tournoi de Bercy (du 1er au 7 novembre) - qui peinent encore à appréhender la plateforme, Rivenzi veut continuer de développer cette fibre et pourquoi pas récupérer quelques droits de diffusions encore sous-exploités en France. « Le badminton par exemple, j'adorerais en proposer sur ma chaîne, assure-t-il. Les compétitions sont sur YouTube mais regardées par un public restreint, les badistes. Mais le processus est long avant d'en arriver là ».

Au ZEvent, comme son coach et capitaine au sein du FC Silmi, Rivenzi s'est imposé quelques défis sportifs dont celui de passer enfin ceinture noire de judo après avoir pratiqué pendant 12 ans. Il devait aussi passer voir Kevin Mayer à l'entraînement à Montpellier, samedi, mais la météo ne l'a pas permis. À travers leurs activités, Domingo et Rivenzi cassent une partie des clichés qui collent aux communautés du gaming. Mais ils ne sont pas seuls. D'autres ont suivi leur voie, comme Amine, organisateur d'un tournoi de « Five » il y a quelques semaines ou de tennis-ballon au ZEvent. Et beaucoup d'autres streamers ont intégré le sport dans leurs lives ou différents donations goals. Résumer l'événement et Twitch aux jeux vidéo est devenu anachronique.

Le tee-shirt du ZEvent, symbole de l'événement et de sa croissance Il est devenu un symbole important du rendez-vous. Seul produit physique - à quelques exceptions près - disponible et ainsi unique souvenir physique de l'événement, le tee-shirt du ZEvent est un incontournable des suiveurs de ce marathon caritatif. Emblématique, il est aussi un marqueur de sa croissance : environ 5000 unités en 2017, 20 000 en 2018, 60 000 en 2019 puis 120 000 en 2020, la hausse des ventes est indexée sur celle de la popularité toujours plus grande du ZEvent. Et avec plus de la moitié de son prix reversé à l'association par tee-shirt (un petit miracle compte tenu de l'augmentation des coûts de production), l'impact sur la cagnotte est chaque année plus important.
Si les chiffres de 2020, impressionnants (plus d'un spectateur de l'événement sur 20 a acheté un tee-shirt), ont largement surpassé les attentes, l'édition 2021 devrait établir un nouveau record. Mais avec un bémol : cette année, le nombre de tee-shirts disponibles est plafonné à 200 000. Une pénurie mondiale de ressources et principalement de coton, associée à des difficultés dans l'acheminement des stocks, expliquent cette limitation inédite. « Il fallait plafonner pour garantir de recevoir des tee-shirts, explique Rudy, responsable d'une boutique qui a vu 2000 plaques commémoratives à 150 € l'unité partir en deux minutes et douze secondes vendredi soir. Et si vous voulez mon avis, on atteindra ce plafond. »
Avant même le début du ZEvent vendredi soir, plus de 10 % des unités avaient d'ailleurs déjà trouvé preneur et les chiffres à quelques heures de la fin sont très supérieurs à ceux de l'an dernier. « Alors qu'en général on écoule la majorité des stocks entre 18 heures et minuit le dimanche », ajoute Rudy. De quoi anticiper un énorme bond au moment d'ajouter les dons liés aux ventes de tee-shirts. Virtuellement, alors que le cap des 3,5 M€ a été dépassé ce dimanche après-midi, le record des 5,7 M€ en 2020 est probablement déjà battu.

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