Esport - Counter-Strike - bodyy : « Montrer qu'on est une grande équipe »

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Après un an sans statut professionnel chez Double Poney, Alexandre « bodyy » Pianaro et ses coéquipiers ont rejoint HEET début janvier. Ils débutent ce jeudi le RMR, le tournoi qualificatif pour le Major d'Anvers, l'objectif principal de leur saison de Counter-Strike. Le Français s'est longuement livré à L'Équipe sur tout ce qu'il a traversé lors des derniers mois.

Il y a un peu plus d'un an, début février 2021, Alexandre « bodyy » Pianaro créait Double Poney avec Audric « JACKZ » Jug (alors sur le banc chez G2 Esports), Lucas « Lucky » Chastang, Aurélien « afro » Drapier et Thomas « Djoko » Pavoni. Après douze mois sans organisation professionnelle, ils ont rejoint HEET - une structure belge - mi-janvier 2022. À l'aube du RMR, ce tournoi qualificatif pour le Major d'Anvers (9-22 mai), le leader français de HEET est revenu sur de nombreux sujets pour L'Équipe.

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« Comment s'est déroulé votre passage de Double Poney à HEET ?
HEET est venu nous chercher. Le président de l'organisation nous a d'abord contactés il y a quelques mois. On était dans une période où on avait le vent en poupe, on venait de se qualifier au RMR pour le Major de Stockholm, on essayait de faire un tri parmi toutes les options qu'on avait. L'expérience Double Poney nous a appris qu'il est dur de s'améliorer dans le jeu sans se préoccuper de notre avenir. On s'imposait nos propres règles, nos propres calendriers d'entraînements. Dès qu'on est arrivé chez HEET, on a pu avoir un coach à temps plein avec nous, des aides analystes et une structure qui nous soutient en permanence. Ce sont quelques détails qui nous ont soulagés. Ils mettent tout en oeuvre pour que l'on réussisse.

Vous auriez pu signer pour une autre structure ?
Au départ, on se dirigeait vers un autre projet où on nous promettait de gros chèques mais au moment de signer le contrat, cette structure a disparu. Après six mois sans salaire, c'était très alléchant mais ça s'est révélé être une arnaque. C'était un moment où on avait décidé de mettre HEET en stand-by parce qu'on avait d'autres propositions alors qu'eux étaient très motivés. Ils nous ont relancés, ont continué à croire en nous et maintenant qu'on a signé avec eux, on est tous très contents. Ils sont aux anges avec nous, c'est réciproque et on espère que ça va durer longtemps.

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Qu'avez-vous appris de votre expérience chez Double Poney ?
J'ai appris que pour monter une équipe qui marche, pour être épanoui, il faut travailler avec des personnes en qui tu as confiance, avec qui tu t'entends très bien. Je suis passé par plusieurs équipes dans le passé. Chez G2 Esports, on a changé d'effectif quatre ou cinq fois, et au fur et à mesure des changements, ça ne se passait pas forcément bien tout le temps. Il y avait des tensions un peu indirectes, des non-dits, plein de choses qui faisaient que l'équipe avançait moins bien. En créant Double Poney avec JACKZ, Lucky, Djoko et afro, le seul point d'interrogation c'était Djoko, parce que je ne le connaissais pas. Mais afro, en qui j'avais totalement confiance, m'a directement rassuré et j'ai su que ça allait fonctionner. Dans ce groupe, tout le monde a la même mentalité, la même faim de gagner. C'est très important et parfois certains ne le comprennent pas. Quand j'étais chez LDLC OL, je suis arrivé dans une équipe qui était déjà professionnelle mais je me suis rendu compte que ce n'était pas forcément l'envie de gagner qui nous réunissait mais plutôt d'autres motivations.

Alexandre « bodyy » Pianaro

« Les investisseurs sont encore très réticents à l'idée d'investir dans la scène Counter-Strike. Les connotations ''terroristes, antiterroristes'' sont un véritable point noir »

Cette période de flottement (quasiment une année sans structure professionnelle) a resserré les liens entre vous ?
Clairement. Quand on a créé l'équipe, j'ai dit à mes coéquipiers : ''Ne vous inquiétez pas, dans trois mois maximum on a une structure''. Douze mois plus tard, on était toujours sur le marché. On a vu que la scène et notamment les investisseurs étaient très réticents à l'idée d'investir dans la scène Counter-Strike. C'est encore un point noir comparé à d'autres jeux, les connotations ''terroristes, antiterroristes, amorçage d'une bombe'' notamment. En plus, la conjoncture du Covid-19 ne nous a pas aidés et on est arrivé en décembre avec des liens très, très forts. On savait que c'était de plus en plus dur, on n'a pas lâché. Quand on a enfin signé avec HEET, on s'est dit : ''Ça y est, on a tout ce qu'il nous faut pour réussir. On n'a plus à craindre quoi que ce soit, on a des gens pour nous aider. C'est tout ce qu'il nous fallait. On sait exactement où on va et bonne chance à tous ceux qui vont devoir nous affronter.''

Comment jugez-vous vos premiers mois chez HEET en termes de jeu ?
On a eu très peu de déceptions, seulement deux : la finale contre Skade (lors du Elisa Invitational Winter) et l'ESL Challenger où on ne termine que cinquièmes. Sinon, que des victoires en tournoi, notre qualification au RMR s'est faite d'un coup. Depuis début janvier, on a pu se focaliser sur les individualités. C'est un rôle que je ne pouvais pas assurer personnellement quand j'étais à la fois le leader, le coach et l'analyste. Je ne pouvais pas savoir ce que chacun de nous ressentait sur son propre style et sur son rôle. L'aide de Mathieu « matHEND » Roquigny (l'entraîneur de HEET) fait que chacun a pu se développer et être ainsi plus à l'aise individuellement et cogner encore plus qu'avant. On a une meilleure balance dans l'équipe désormais, s'il y a un de nous qui est moins en forme, le reste des joueurs pourra pallier et on aura aucun problème à remonter des parties un peu plus difficiles.

Alexandre « bodyy » Pianaro

« J'ai envie de montrer (à G2 Esports) que les ''petits'' qui se sont fait éjecter à ce moment-là sont bien de retour »

Le RMR est-il l'objectif principal de votre saison ?
Oui, ça l'est. On a un peu en travers de la gorge le dernier RMR (pour le Major de Stockholm). On était à quelques rounds de se qualifier mais, avec du recul, je me rends compte qu'on n'était pas assez réparé. Ex3ercice (Pierre Bulinge) venait juste de nous rejoindre, on a eu deux semaines dont un boot camp et trois compétitions simultanées pendant la préparation. On a dû accélérer tout ça, forcer un style de jeu qui ne nous ressemble pas. Sur le long terme, on n'était pas du tout préparé, notre map pool était faible. Maintenant, on a six cartes sur lesquelles on est vraiment rodés. Le Major, pour n'importe quel joueur pro de Counter-Strike, c'est l'endroit où il faut être. Chez HEET, on aspire tous à soulever ce trophée, montrer à toutes les grandes équipes qu'on a notre place parmi elles et qu'on en est une nous aussi. À la fin de l'année, on sera là, ça c'est sûr. Maintenant, il faut prouver qu'on peut le faire dès maintenant.

Vous allez peut-être affronter G2 Esports, votre ancienne équipe, c'est une rencontre que vous attendez particulièrement ?
Normalement, on devrait les jouer en deuxième si on remporte notre première rencontre face à Sinners. C'est un match que j'attends depuis longtemps, on s'entraîne contre eux assez souvent. Avec Lucky, ça nous intéresse de leur montrer notre niveau en match officiel et de montrer que les ''petits'' qui se sont fait éjecter à ce moment-là sont bien de retour.

Dans une interview à L'Équipe, vous expliquiez l'an dernier découvrir le rôle d'IGL. Quel est votre bilan après plus d'un an passé avec cet effectif ?
Ça a été dur. Au début, je remplissais le rôle de coach et d'analyste en même temps, je regardais tout ce que mes coéquipiers faisaient, je débriefais tous nos matches après les avoir joués et en plus il fallait que j'assure individuellement. Ça a été éprouvant, il y a eu des hauts et des moments où je me suis perdu. Ma motivation a été remise en question plusieurs fois, c'était très intense sans aide extérieure, sans salaire. On pouvait seulement se soutenir les uns les autres quand il le fallait. Maintenant qu'on a une structure, un entraîneur, qu'on est à nouveau professionnels, mon rôle me tient encore plus à coeur. J'ai sûrement encore une grande marge d'amélioration mais je pense m'être notamment amélioré sur la connaissance de mes coéquipiers. Ce qui a été le plus dur pour moi, ça a été de varier tous les styles de jeu qu'on a pu mettre en place. Il y a beaucoup de styles à adopter ou à contrer et parfois, ça peut être facile de se perdre. J'ai su rebondir et me remettre dedans comme il fallait. »

Lexique :

Map pool : L'ensemble des cartes qu'une équipe juge savoir maîtriser et sur laquelle elle pense pouvoir l'emporter.
Boot camp : Camp d'entraînement. Une équipe part en boot camp pour préparer au mieux une compétition, comme une mise au vert dans le sport traditionnel.
Major : Sur Coutner-Strike, les Majors sont les tournois les importants de l'année - un peu comme les tournois du Grand Chelem au tennis. Il y en a généralement deux par an.

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