Esport - Counter-Strike - ZywOo : « Je suis meilleur quand j'ai l'esprit libre »

Mathieu « ZywOo » Herbaut, meilleur joueur de Vitality, seule chance française au Major de Rio de Janeiro. (Helena Kristiansson/ESL)

Le très attendu Major de Rio sur Counter-Strike démarre ce lundi au Brésil. D'une ampleur unique, il est déjà considéré par beaucoup comme le plus grand tournoi organisé sur le jeu. Si la France n'y est représentée que par Vitality, son équipe occupe actuellement la première place du classement mondial. Au meilleur de sa forme, Mathieu « ZywOo » Herbaut évoque les ambitions de sa formation et revient sur l'agitation des derniers mois.

« Première place mondiale, un titre majeur, une qualification pour le Major de Rio, vous évoluez à un très haut niveau individuellement... On vous sent en pleine forme et heureux en ce moment. Est-ce le cas ?
Mathieu « ZywOo » Herbaut
: Oui (sourire). Même s'il s'est passé beaucoup de choses ces derniers mois je suis heureux. L'arrivée de Spinx a fait du bien à l'équipe, on le voit dans les résultats. Le titre, la qualification pour le Major nous rendent heureux. Je me sens épanoui en ce moment, dans mon jeu, mais aussi en dehors. Je suis plus à l'aise individuellement et je suis content de ce qui se passe.


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Ce Major de Rio est très attendu, vous allez le démarrer contre Imperial, des Brésiliens à domicile (ce lundi soir, vers 18h45). Vous auriez pu éviter ce premier tour (le Challengers Stage) piégeux lors des qualifications. C'est un regret, une crainte aujourd'hui ?
Passer directement au tour suivant (le Legends Stage), on ne le voit que comme du bonus. L'objectif, c'était de se qualifier. Oui, ce Challengers Stage peut être un piège mais il peut aussi nous lancer. Si nous passons, nous arriverons rodés, avec quelques BO1 (des matches en une manche, qui laissent plus de place aux surprises) dans les jambes. Ça peut être un avantage en fin de compte. On ne pense pas à l'éventuelle fatigue supplémentaire parce que le Major, c'est de toute façon deux semaines à fond si tu veux aller au bout. Il faut se le mettre dans la tête : on doit tout donner.

Avez-vous conscience que ce Major au Brésil aura une dimension unique ?
Clairement. Les Brésiliens sont l'une des plus grosses communautés sur Counter-Strike. Ce Major va faire du bruit comme jamais, il y aura des gens partout dans et autour des stades... C'est le genre de compétition qu'on attendait.

Où situez-vous Vitality dans la hiérarchie aujourd'hui ?
Si nous jouons notre jeu, si nous ne nous prenons pas la tête, que nous ne rencontrons pas des problèmes extérieurs... On peut se battre avec les FaZe, NAVI. Ils ont gagné les deux derniers et pour l'instant, ils sont toujours considérés comme favoris de ce Major. Mais nous pouvons rivaliser avec eux.

C'est un rendez-vous que vous attendez où vous n'avez jamais fait mieux que quart de finaliste en Major. S'agit-il de l'un des rares « manques » de votre carrière ?
J'ai envie de faire mieux en Major oui. Ce sont les plus gros tournois, n'importe quel joueur professionnel rêve d'en gagner un. C'est une compétition qui te met une sorte de pression unique, presque fantôme mais toujours un peu présente. Elle peut aussi se transformer en motivation : à jouer, à progresser, à se défoncer pour gagner.

Le fait d'avoir remporté la Pro League, dernier tournoi majeur du calendrier, vous prouve que le niveau est là ?
Ça nous a surtout montré que, même dans des moments difficiles, notre niveau moyen actuel nous permet de gagner des matches. Même si nous sommes tous un peu en dedans, on peut gratter des rounds, faire douter l'adversaire... Nous n'avions pas la même constance avant. Là, nous savons que nous allons faire suer les mecs en face à chaque fois. C'est ce que renvoie l'équipe en ce moment. Et puis ça fait du bien de gagner un titre, pour nous, pour Lotan (Spinx)... C'était un petit truc entre nous, on voulait qu'il soulève son premier trophée.

Vous n'avez en revanche pas eu trop le temps de le fêter... L'enchaînement avec les qualifications pour le Major n'a pas été trop difficile ?
Nous avons été forcés d'atteindre deux pics de forme consécutifs, avec une seule journée entre les deux pour se remettre du premier. C'était épuisant mentalement, surtout avec cette fameuse pression du Major. Les qualifications ont été difficiles : on avait moins d'énergie, on arrivait plus difficilement à se faire comprendre... C'est passé, mais ça nous a cassés. J'ai passé plusieurs jours vraiment crevé.

On a un peu évoqué les changements dans l'équipe, comment ont-ils influencé votre niveau ?
Spinx a beaucoup apporté. En termes de communication, de compréhension du jeu... Il parle beaucoup, ça lui arrive d'aider Dan (« apEX » Madesclaire, le capitaine) également. L'atmosphère est différente aussi. Il est présent depuis deux mois mais donne l'impression d'être arrivé il y a un an. Il s'est intégré très rapidement. C'est grâce à cela que nous avons pu mettre en place le jeu d'équipe qui est le nôtre.

Cette bonne ambiance a une influence positive sur vos performances individuelles ?
Complètement. Quand je me sens bien, heureux, je suis plus confiant dans tout ce que je fais. Quand je tente un décalage par exemple, je n'ai pas peur d'y passer et de laisser l'équipe en quatre contre cinq. Je sais qu'ils feront le nécessaire sans moi. Ça me pousse à tenter plus de choses.

Avez-vous pris plus de responsabilités également ? Vous vous exprimez plus qu'avant ?
J'essaye. Ce n'est pas quelque chose de naturel, je ne suis pas capitaine. Mais je dis un peu plus ce que je pense, ce que je ressens. J'essaye de prendre plus de place. Je dis beaucoup « oui » dans tout ce que je fais. Je n'arrive pas à dire « non » facilement, alors que je devrais quand j'estime que c'est mieux pour moi et l'équipe. J'essaye de le faire plus, même si le naturel revient souvent (rires).


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Vous travaillez là-dessus ?
On me considère comme un « joueur star » entre guillemets, mais je ne veux pas de ce rôle moi-même ou qu'on évolue uniquement autour de moi. Je veux que tout le monde joue autour de tout le monde. C'est comme ça que je me sens bien et c'est peut-être un peu pour cela que j'ai eu plus de mal à prendre des responsabilités, à dire « non », à parler de mes choix... On a passé plusieurs mois à travailler comme des fous et sentir l'équipe progresser ensemble m'a permis d'atteindre le niveau qui est le mien en ce moment.

Comment situez-vous ce pic par rapport à d'autres, plus tôt dans votre carrière ?
Je me sens très bon ces dernières semaines mais j'ai aussi l'impression de pouvoir faire mieux à certains moments. Il y a encore des situations que je peux mieux aborder. Dès que je meurs, j'essaye de comprendre ce que j'aurais pu mieux faire, ce que je dois corriger lors du round d'après pour éviter que ça m'arrive de nouveau.

Avez-vous l'impression d'avoir beaucoup évolué en tant que joueur, depuis votre arrivée chez Vitality ?
Je pense être resté le même. Je n'ai pas vraiment changé... J'ouvre un peu plus ma gueule (rires), je ne suis plus le gamin de 18 ans que j'étais non plus, mais j'essaye toujours de prendre un maximum de plaisir quand je joue. À ce niveau, ma mentalité n'a pas évolué.

Passer d'un groupe français à un effectif international en début d'année a changé des choses dans votre façon de voir le jeu ?
Pas tellement, au moins individuellement. C'est plutôt ce cinq actuel qui fonctionne très bien. L'entente est parfaite, je pense d'ailleurs que c'est le meilleur groupe que j'ai pu connaître. Collectivement, j'ai tout de même évolué. Je lis mieux le jeu. Les Danois ont apporté leur façon de voir Counter-Strike et la compétition, leur expérience... Nous avons beaucoup de réunions ensemble, nous parlons constamment de notre façon d'approcher les choses. J'ai ma manière de faire, je ne veux pas perdre mon identité, mais j'essaye de gratter auprès d'eux.

Le passage du français à l'anglais a été une transition difficile ?
Je l'ai accepté tout de suite, j'ai pris quelques cours, mais j'ai vraiment appris l'anglais à force de pratiquer. Les stages en équipe où tu parles en anglais constamment... Le plus important pour moi était de pouvoir discuter en dehors du jeu. Je ne voulais pas être le mec mis de côté parce qu'il ne parle pas anglais. Aujourd'hui je suis pas bilingue, mais je comprends tout. C'est plus fluide dans ma tête et dans ma façon de communiquer. Au début, le plus difficile en réalité c'était la communication en match. Ce n'était pas naturel : nous avions des demi-secondes d'hésitations parce qu'on pensait en français. « Escalier », « connecteur »... Le temps de traduire dans notre tête nous faisait louper des timings importants.

Ça explique en partie le début de saison difficile ?
Ça et d'autres choses. J'ai connu beaucoup de changements en début d'année, peut-être trop de choses d'un coup. Je jouais sans me fixer d'objectifs, j'étais en pilote automatique, la tête pleine. Je suis meilleur quand j'ai l'esprit libre, c'est certain. Quand j'étais plus jeune Counter-Strike était aussi un moyen de m'échapper. Quand je jouais je ne pensais pas à autre chose et c'est comme ça que j'ai progressé. Je veux conserver cet état d'esprit.

Vous aimez toujours autant le jeu ?
Oui, sans hésiter. Pas plus, pas moins qu'avant. C'est un hobby qui s'est transformé en métier. Pourquoi je stresserais, je me mettrais plus de pression aujourd'hui ? J'ai la chance de faire ce que j'aime, de voyager... Je crois que je me pose peut-être même encore moins de questions qu'au début (sourire). »

Vitality - Imperial (Brésil), vers 18h45 ce lundi soir, premier match du club français au Major de Rio de Janeiro, organisé par ESL. À suivre sur la chaîne Twitch 1PVCS.