Esport - CS - apEX (Counter-Strike) : « Je ferai tout pour qu'on m'entende »

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Près d'un an et demi après le dernier tournoi physique majeur sur Counter-Strike, les IEM Cologne débutent ce mardi en Allemagne avec les meilleures équipes du monde. Les Français de Vitality en seront. Un retour attendu pour Dan « apEX » Madesclaire et Kévin « Misutaaa » Rabier. Entretien croisé.

Privées de compétitions physiques depuis un an et demi et le début de la pandémie de Covid-19, les meilleures équipes de Counter-Strike au monde se retrouvent enfin cette semaine, à Cologne. Tout le Top 15 est là et il s'y disputera l'un des tournois les plus prestigieux du calendrier (un million de dollars de dotation). Les conditions seront particulières - dans une bulle sanitaire, sans public -, mais il s'agit d'un pas attendu vers un retour à la normale.

En Allemagne, les yeux seront rivés vers les formations particulièrement fortes en ligne ces dernières semaines. Dans ce contexte nouveau pour certains, il va falloir prouver. Une dizaine de joueurs français seront là également, répartis dans trois équipes : G2, qualifié pour le tour principal, LDLC OL et Vitality, qui passeront par une étape préliminaire.

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Après des débuts difficiles suite au remplacement de Cédric « RpK » Guipouy par Jason « Kyojin » Nguyen Van en avril, l'équipe à l'abeille semble monter en puissance et accueille avec envie cette première compétition physique depuis mars 2020. Un retour bienvenu pour le capitaine Dan « apEX » Madesclaire, une découverte pour le jeune Kévin « Misutaaa » Rabier, qui avait rejoint l'équipe juste avant le début de la crise.

« Qu'est-ce que ça fait de reprendre le chemin des LANs (tournois physiques) ?
Dan « apEX » Madesclaire : Les conditions seront particulières, il n'y aura pas de public, mais on ressent quand même un petit truc en plus. C'est quelque chose d'important, surtout pour les jeunes, Jason, Kévin. Misutaaa ça fait plus d'un an qu'il est avec nous et il n'a joué que sur internet. À Cologne, on va être en studio mais c'est déjà un cap à franchir. Il y a deux ans, même avec des joueurs expérimentés il nous avait fallu une ou deux scènes pour comprendre qu'il fallait gérer les choses différemment avec des rookies comme ZywOo (Mathieu Herbaut) ou ALEX (Alex McMeekin).

Kévin « Misutaaa » Rabier : Je n'ai pas pu faire un seul tournoi physique à cause de la pandémie, alors ça fait du bien de voyager. C'est la première, mais entre guillemets seulement parce qu'on ne jouera pas dans une arène. Comme je viens de passer mon bac je me sens aussi libéré, apaisé. Je suis enfin passé à plein temps sur Counter-Strike. C'est positif. Je n'arrivais pas à retranscrire en match officiel ce que je faisais à l'entraînement, maintenant je joue sans pression. J'espère continuer sur ma lancée ici.

Ces conditions justement : vous allez jouer en studio, vous êtes dans une bulle sanitaire... C'est frustrant ?
apEX : Théoriquement, nous sommes plus sur la fin que le début de la crise avec l'arrivée des vaccins donc c'est un peu spécial. Un tel dispositif en 2020 j'aurais compris, mais là on peut penser qu'on va retrouver des conditions à peu près normales dans quelques mois si tout se passe bien... C'est presque frustrant oui mais c'est comme ça. On aura un tournoi dans ce dispositif, puis le player break (pause d'un mois dans le calendrier) et au retour des vacances les choses seront peut-être plus souples, même si la pandémie est encore là. Quinze tournois comme celui-ci dans l'année ça aurait été pénible mais on va kiffer. Je sais que j'ai envie de dire plein de choses aux jeunes par rapport à cette expérience, eux qui n'en ont pas du tout en tournoi. C'est différent d'internet, il faut les mettre dans les meilleures conditions possible.

Vous en avez déjà parlé ensemble ?
apEX : Pas encore, mais je sais que c'est important. Kévin a grandi avec nous sur Counter-Strike, on l'accompagne, on continue de le faire. Il faut qu'il comprenne que c'est différent, qu'il sera sans doute un peu plus tendu, mais qu'il faut apprendre à gérer ça. Depuis deux mois il est très bon individuellement donc il faut qu'il continue sur cette voie. On peut se louper ici, perdre rapidement, mais ça sera quand même une expérience pour les jeunes et c'est important. Mathieu (ZywOo), son premier tournoi majeur c'était un peu plus compliqué.

Misutaaa : De mon côté je suis excité, j'étais content de partir à l'étranger déjà. C'est motivant, j'ai hâte d'y être mais j'y vais dans un esprit serein. Pour l'instant c'est un peu comme à la maison, je ne me pose pas trop de questions.

apEX : On ne jouera pas dans la chambre d'hôtel Kévin (sourire).

Vous attendez de vos coéquipiers, du staff, qu'ils vous aident ?
Misutaaa : En studio, pas vraiment. Dans les grandes arènes oui, sur la partie communication notamment, ce que ça change. Là, je suis assez tranquille.

Vous allez voir vos adversaires, les entendre pendant les matches ?
apEX : Les voir, je ne pense pas. Les entendre c'est possible. En tout cas moi je ferai tout pour qu'on m'entende. Je veux leur montrer que je suis là, qu'ils ne sont plus dans leur petit confort, chez eux. Malheureusement sur internet ils n'ont pas eu le droit à ma grande gueule.

Finalement, assez peu de choses changent encore.
apEX : Au Stade de France, on est dans une zone de confort. Là on va changer de salle, d'ordinateurs, de fauteuils... On trouvera toujours quelque chose pour nous perturber. C'est humain, ces paramètres vont entrer dans nos têtes, on va se poser de questions et c'est possible de moins bien jouer à cause de cela. Mais ça a toujours été ainsi. Ce sont des petits aléas qu'il faut réapprendre à régler.

Ce n'est qu'un avant-goût finalement ?
apEX : Totalement. Nous sommes aux prémices d'une vraie reprise. C'est un peu comme les sportifs, quand ils ont recommencé à jouer mais à huis clos. L'impression est différente, l'engouement n'est pas le même. On dit que le public est le 12e homme, c'est vraiment le cas. Dans ma carrière j'ai joué avec des arènes pour et contre moi. Ce truc d'entrer dans une arène devant 10 000 personnes qui crient, la chair de poule que ça te donne, c'est complètement à part.

Misutaaa : Depuis que je suis la scène Counter-Strike j'ai hâte de tout ça. C'est le rêve de tous les joueurs qui se la donnent et veulent réussir dans le milieu. Je ne pensais pas que j'allais arriver aussi vite en pro et un an et demi après je ne connais pas encore cette sensation. C'est mon premier tournoi physique majeur et je ne sais pas ce que je vais ressentir quand je vais entrer dans le studio puis j'espère, prochainement, dans une arène. Rien que ça, c'est excitant.

C'est différent pour un joueur, le online et le offline ?
apEX : Ça n'a rien à voir. Ce sont des environnements différents. D'ailleurs beaucoup d'équipes ont émergé dans cette période online, je ne sais pas ce que ça aurait donné avec des tournois physiques... On va le voir là. Jouer en ligne te permet de rester dans une zone de confort. Je ne dis pas que ces équipes ne feront pas le nécessaire, ne joueront pas à leur niveau, mais les choses seront différentes.

Misutaaa : Moi, ça ne m'inquiète pas du tout.

apEX : On dit souvent un truc qu'on a appris avec le temps : quand on est bon, on est inconsciemment compétent. Donc il ne faut pas trop se poser de questions.

Ça a été frustrant pour vous Kévin, malgré les titres, la première place mondiale fin 2020, de devoir jouer dans ces conditions ?
Misutaaa : Quand je suis arrivé chez Vitality je me disais que j'allais pouvoir voyager, me montrer au plus haut niveau, jouer des rendez-vous majeurs... Finalement je n'avais pas l'expérience nécessaire, pas la connaissance du jeu requise. Avec le recul, j'ai pris cette année comme un avant-goût plus bénéfique qu'autre chose. Je me suis amélioré et aujourd'hui je me sens capable.

apEX : Je suis d'accord. Si on avait fait des tournois physiques dès le début ça aurait probablement été très difficile pour lui. Ce n'était déjà pas simple sur internet, il faut être honnête. Cette année l'a aidé à progresser. Et puis on a toujours essayé de ne pas penser aux LANs. Si nous nous étions lamentés de leur absence, en un an et demi on aurait eu le temps de se perdre, comme certains. On a accepté la situation, le coach nous a amenés dans cette voie, nous nous sommes focalisés sur le moment présent. C'était essentiel.

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La situation est encore différente pour Kyojin, arrivé en avril seulement dans l'équipe ?
apEX : Oui. Kévin est prêt, je dirais, à jouer dans ce genre d'endroits. Je ne sais pas s'il sera bon, je pense qu'il le sera mais ce n'est pas le plus important. Jason a besoin de temps. Dans sa façon de jouer, de penser, il a encore une marge. Ça sera peut-être difficile pour lui mais on pourra compenser parce que d'autres ont la dalle. Mathieu, je pense qu'il sera très fort. Richard (« shox » Papillon) attend ça aussi.

Vous allez croiser d'autres joueurs, des gens qui ont une certaine réputation. C'est intimidant ?
Misutaaa : Dans ma tête je me dis simplement : « Ah ok c'est dev1ce » par exemple. Ensuite je passe à autre chose. Je suis conscient de ce qu'ils ont fait, de leurs carrières, mais finalement aujourd'hui on joue au même niveau.

apEX : Les premières fois que j'ai croisé Ex6TenZ, RpK, SmithZz ou GeT_RiGhT... Ça m'a impressionné. Mais j'y suis toujours allé en mode : « J'ai envie de les éclater ». J'avais qu'une idée en tête, les battre, montrer que j'étais meilleur qu'eux. C'est toujours un peu intimidant les premières fois, on gère tous à notre façon. Mathieu, je pense qu'il n'en avait rien à faire. »

Le programme des Français à Cologne

LDLC OL - NiP, ce mardi à partir de 12h00.
Vitality - Renegades, ce mardi à partir de 13h30
G2 - ?, ce jeudi à partir de 16h45

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