Esport - CS - Esport - Counter-Strike - apEX : « La deuxième place ne m'intéresse pas »

L'Equipe.fr
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Capitaine de la formation Counter-Strike de Vitality, Dan « apEX » Madesclaire revient sur les difficultés en finale de son équipe et l'intégration de Nabil « Nivera » Benrlitom, tout juste recruté pour permettre d'effectuer des rotations dans le cinq de départ.

Deuxième meilleure équipe du monde sur Counter-Strike, très régulière au plus haut niveau, il ne manque que des titres à Vitality pour parfaire une saison qui avait pourtant mal démarré. Avec quatre finales perdues lors des cinq derniers mois, le club français n'en est pas loin mais il bute sur la dernière marche, comme fin octobre contre Heroic. Alors pour varier un peu son jeu et reposer ses éléments dans un calendrier chargé, son staff a décidé de recruter Nabil « Nivera » Benrlitom. Le jeune belge (19 ans) est ainsi entré dans la rotation et offre déjà à Vitality de nouvelles options.

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Entre la qualification de l'équipe pour les finales du tournoi BLAST (mi-décembre) et son premier match des IEM Pékin (mais en ligne et entre Européens) ce vendredi à 15h contre Team Spirit, Dan « apEX » Madesclaire, le capitaine revient sur les nombreuses actualités de sa formation.

« Comment le reconfinement va impacter vos tournois ? Vous aviez pris l'habitude de vous retrouver au Stade de France pour disputer les précédentes compétitions, vous allez pouvoir continuer de le faire ?
Le Stade de France n'est pas fermé, on peut toujours y aller. En modifiant nos routines bien sûr mais ça n'était pas possible lors du premier confinement. On devrait s'y retrouver dans les semaines qui viennent parce que c'est plus évident pour travailler. On essaye de reproduire un « effet LAN » même en jouant en ligne et le Stade de France est devenu notre camp de base, on y a tout ce qu'il faut.

Vous restez sur quatre finales perdues lors des cinq derniers mois, pour aucun titre. Vous avez le sentiment de faire un petit blocage mental ?
La première finale perdue était un peu biaisée. C'était notre deuxième match de la journée. Le match était serré, on a joué correctement mais on a ressenti une vraie fatigue. Les suivantes en revanche, nous étions absents. On a essayé de comprendre pourquoi on n'évoluait pas à notre niveau, il y avait peut-être une petite peur de gagner... Et la dernière, on a mieux joué. Pas aussi bien que pendant le reste du tournoi mais la rencontre était très accrochée. On est triste de l'avoir perdue mais on a montré un meilleur visage. Donc des difficultés mentales, oui, sur deux finales, mais pas les autres. Ça ne m'inquiète pas.

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Et puis la situation est loin d'être terrible. Vous êtes une équipe très régulière dans le top mondial...
On est probablement l'équipe la plus constante ces derniers mois, oui. On en tire une certaine fierté mais je suis un gagnant, la deuxième place ne m'intéresse pas. Je veux aller plus haut, ça ferait du bien à tout le monde. Mais on progresse, on n'est pas loin des titres. Il faut savoir retenir le positif. On est très sérieux dans notre travail, on bosse sur nos problèmes, on avance... Aujourd'hui nous nous sentons tous très bien et c'est ça le plus important. Ça va payer.

Nabil « Nivera » Benrlitom vient de rejoindre l'équipe en tant que sixième homme, pouvez-vous nous parler un peu de lui et de ses premiers pas ?
C'est une pépite. Il est très bon, même en équipe. Il sent le jeu, il communique bien... On a eu qu'un seul jour d'entraînement avec lui avant nos premiers matches et même si on a gagné ça a été difficile. J'ai dû lui parler, lui rappeler beaucoup de choses, réfléchir à ce qu'on ne pouvait pas faire parce qu'on ne lui a pas appris... Clairement, j'ai moins pensé à mon niveau personnel qu'à lui. Mais ça a payé !

Il y avait d'autres choix que lui pour occuper ce rôle ?
Nabil, c'est le choix du staff avant tout. Je suis joueur, je les laisse décider de ces choses-là. Mais il a été ciblé parce qu'il a une grosse marge de progression, il est déjà très bon, il peut prendre le rôle de sniper... Il y a plein de facteurs. Il a joué avec Heretics, une très bonne équipe, pendant sept mois. Ça lui a offert plus de temps pour apprendre et ça devrait faciliter son intégration.

Quel vide vient-il combler ?
Le calendrier est très chargé. Depuis le premier confinement c'est un peu trop. On a repris début août après un break, mi-septembre on ressentait déjà de la fatigue avec l'enchaînement des tournois. Comme on sait que ça ne va pas s'améliorer tout de suite, on a décidé de trouver des solutions. Recruter une nouvelle personne dans l'équipe en est une pour que les joueurs restent frais. Mais nous sommes persuadés que son recrutement a plus de sens si on décide de l'utiliser non pas en remplaçant untel sur un tournoi entier mais carte par carte, par rapport aux points faibles des uns et des autres. On se donne quelques mois pour voir si ça fonctionne. Si c'est le cas, on sera des pionniers dans ce système et d'autres équipes nous imiteront sans doute.

On l'a vu remplacer Kévin « misutaaa » Rabier et Richard « shox » Papillon pour le moment. Il pourrait prendre la place de tout le monde ? Même un Mathieu « ZywOo » Herbaut, votre meilleur joueur, ou vous qui avez le rôle de leader stratégique ?
Aujourd'hui remplacer ZywOo ne serait probablement pas une bonne idée. Il occupe beaucoup de rôles et c'est aussi notre meilleur joueur. Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi sont très rarement remplaçants parce qu'ils sont hors normes. Si tu veux gagner, tu les mets sur le terrain. Avec Mathieu, c'est un peu la même chose. Moi, ce n'est pas évident non plus. Je vois difficilement comment on pourrait faire. Je ne dis pas ça pour me jeter des fleurs, si je dois me reposer je le ferai, mais ce ne sera pas optimal en match. On ne fait pas des changements pour faire des changements, on essaye d'optimiser. Le but c'est d'être les meilleurs, tout le temps. Si on enlève ZywOo on perd de la puissance de feu, si c'est moi ça risque d'être dur pour la personne qui dirigera l'équipe à ma place.

Comment avez-vous vécu l'apprentissage de ce rôle justement, dans un contexte difficile, depuis mars ?
Au début, 99 % des gens qui ont commenté ma décision de devenir leader ne me faisaient pas confiance. Ça m'a aidé parce que j'aime montrer aux gens qu'ils ont tort. Je les comprends ceci dit, beaucoup en France ont essayé d'endosser ce rôle sans que cela fonctionne. Mais l'apprentissage s'est bien passé, j'ai été assisté par le coach notamment. J'ai voulu éviter de reproduire les erreurs commises par d'autres capitaines. Je pense beaucoup aux autres, à l'équipe, c'est essentiel pour voir loin. Ils passent avant ma personne. Mais ça ne m'empêche pas de m'épanouir dans ce rôle. Il me ressemble beaucoup. J'ai toujours été un leader humain dans mes équipes. Tactiquement, je regarde beaucoup de choses pour m'inspirer, je décortique nos matches... J'essaye de créer aussi, de penser les choses en avance. Ce que je dois bosser encore ce sont mes émotions. Je dois mieux les canaliser parfois.

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Est-ce que le rythme des compétitions s'est amélioré ? La première moitié de 2020 a été épuisante...
On a terminé la dernière finale après minuit... Commencer un match en cinq manches à 18 heures ce n'est pas très malin. J'espère que 2021 sera plus évidente en termes de rythme. Aujourd'hui, c'est répétitif. Les gens ne savent même plus ce qu'on joue, c'est un peu fou. On accepte évidemment la situation mais on espère que ça ne va pas durer. Pour l'instant on est en ligne et on se donne. Mais on joue pour l'adrénaline des stades, ces sensations face au public, ces émotions... Pendant le premier confinement, je pétais les plombs. Je déteste rester en place chez moi. Le rythme est toujours dur mais on va avoir un bon calendrier pour faire des résultats. Il y a Pékin, les finales du BLAST et peut-être le Global Challenge pour un retour en LAN. On est une équipe qui a besoin de se poser et de se renouveler afin d'être imprévisible. On apporte ça avec Rémy et Mat, ce nouveau souffle à chaque fois. C'est peut-être le meilleur groupe que j'ai eu de toute ma carrière, d'un point de vue humain et au niveau du jeu. On veut conserver ça. »