Esport - DragonBall FighterZ - Wawa : « L'EVO, c'est l'apogée »

Marwan « Wawa » Berthe est le premier Français à remporter l'EVO depuis 2014. (Stephanie « Vexanie » Lindgren/EVO)

Trois semaines après son titre de champion du monde, Marwan « Wawa » Berthe a remporté l'EVO, le plus prestigieux des tournois de jeux de combat, sur Dragon Ball FighterZ, le week-end dernier à Las Vegas. Le sommet de sa jeune carrière, à 20 ans seulement.

« Dimanche soir, vous avez remporté l'EVO, le titre suprême pour tout joueur de versus fighting. Vous êtes le troisième Français à réussir cet exploit, le premier depuis 2014. Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous avez accompli, quelques jours après ?
Le jour-même, je n'avais pas vraiment compris que je venais de gagner le plus gros tournoi au monde... Là, après quelques jours, je réalise beaucoup plus. Je suis vraiment content de ma victoire. Parce que l'EVO, c'était vraiment une sorte de rêve depuis très longtemps. Je regardais l'évènement bien avant de jouer aux jeux de combat, parce que mon père jouait régulièrement. Quand Dragon Ball FighterZ est sorti, le jeu a battu le record de participants à l'EVO (2575 joueurs, en 2018), mais je n'avais pas pu y aller parce que je n'étais pas sponsorisé et que la France avait un peu de retard. Mais regarder ce tournoi, ça m'a donné une flamme incroyable, une envie de faire la compétition encore plus. J'avais eu la chance de le participer une première fois ensuite, en 2019, mais j'avais été assez malchanceux et j'avais fini 13e. Cette revanche compte beaucoup pour moi.

Revenons un peu sur cette journée victorieuse à l'EVO. Après un bon début de tournoi, vous avez perdu sèchement (2-0) contre votre compatriote « Yasha » en demi-finale. Comment est-ce que vous analysez cette défaite ?
Mon ressenti, c'est que j'avais fait des petites erreurs pendant le match qui m'ont coûté. Il avait bien joué et j'aurais pu finir la partie à des moments et je n'ai pas réussi. Après ça, je me suis un petit peu posé, je me suis mis de la musique, j'ai essayé de me calmer. Il faut savoir que j'étais vraiment fatigué, c'était vraiment très tard, la compétition avait pris du retard.

Finalement, vous parvenez à remonter le loser bracket, en éliminant deux Français coup sur coup : Mohamed « Kayne » Sobti, puis Yasha, contre qui vous prenez votre revanche.
Contre Kayne, comme je ne me sentais pas très à l'aise avec mon équipe de base, celle que je gardais à chaque tournoi et avec laquelle je gagnais d'habitude, j'ai changé de composition pour une avec laquelle j'étais plus à l'aise, principalement parce que j'en avais envie. Ça m'a permis de changer d'état d'esprit et d'aborder le jeu différemment. Contre les Français, j'étais dans un état d'esprit relâché, parce que je me disais que l'un de nous gagnerait dans tous les cas. Je n'avais pas de pression, on joue déjà beaucoup entre nous, c'était juste à celui qui passait entre nous trois de faire le boulot.

Ça a été un tournoi spécial pour le Dragon Ball FighterZ français, puisque vous vous êtes retrouvés à trois dans le top 4. Cette émulation a-t-elle été bénéfique pour vous ?
Oui, totalement. On était que trois Français et on a tous les trois fait top 4, c'est vraiment énorme. D'autant qu'il y a des Français qui ne sont pas venus et qui auraient largement pu faire top 8... Ça me porte. Parce qu'au-delà d'être joueurs, on est vraiment des amis, on fait des choses ensemble en dehors.

En finale, vous retrouvez Shamar « Nitro » Hinds, un joueur que vous connaissez bien puisque vous l'aviez battu en finale des championnats du monde quelques semaines plus tôt. Vous étiez confiant à l'idée de l'affronter ?
Pas vraiment, parce que la fatigue était vraiment importante à ce moment-là. En plus, il jouait très fort et il avait le public américain avec lui, qui n'arrêtait pas de scander « USA, USA ! ». Dans ma tête, je n'étais pas très sûr de mes chances de gagner. Mais lorsque je me suis retrouvé mené 2-0, j'ai eu comme une sorte de boost, je me suis rappelé que j'avais battu Kayne et Yasha et que je ne devais pas l'avoir fait pour rien, je voulais leur faire honneur.

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Vous vous retrouvez effectivement très vite dos au mur dans cette finale... Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Comment est-ce que vous arrivez à vous remettre dans votre match ?
Même si j'étais au bout, je devais donner le meilleur de moi-même pour les autres Français, je ne pouvais pas perdre sur un 3-0 sec. Donc j'ai vraiment essayé de tout donner. Je pense aussi que le fait d'être à une manche de gagner, ça a beaucoup affecté. Il avait la pression de gagner l'un des plus gros tournois, surtout contre moi, qu'il n'avait pas battu depuis très longtemps. Le déclic est survenu après le début de la troisième game, alors que j'étais déjà mené 2-0. Elle avait mal commencé, Nitro avait une occasion de me tuer qu'il a raté et là, ça m'a réveillé, je pense.

En remontant de 0-2 à 3-2, vous parvenez à reset le bracket. À ce moment-là, vous aviez la sensation que l'heure de Nitro était passée ?
Pendant la partie, je me suis dit que si je parvenais à le reset, c'était quasi fini pour lui. C'était impossible de remonter après ça, après avoir été à une victoire de gagner. Je n'étais pas à mon niveau au début et puis d'un coup j'avais trois nouvelles chances, je n'étais plus dos au mur, mené 2-0. Mentalement, ça m'a beaucoup aidé, ça m'a mis dans la tête que vraiment je pouvais gagner.

À quel point est-ce que la fatigue a joué dans cet EVO ?
Tenir une journée comme ça, c'est vraiment dur. Parce que je n'avais pas dormi beaucoup de base, à cause du décalage horaire. J'essayais de ne pas trop manger, pour ne pas rentrer en digestion. Je buvais de l'eau, je me rafraîchissais le visage pour rester éveillé. J'étais quand même vraiment très fatigué à la fin, je ne pense pas être le moins fatigué du top 8. C'était plus simple pour Nitro notamment, puisqu'il vit là-bas. Ce n'est pas là-dessus que je gagne, plus sur mes choix.

Lorsque vous réussissez votre dernier combo, qui vous permet de gagner la grande finale 3-1 et de remporter le titre, qu'est-ce que vous ressentez ?
Evidemment, j'étais très content d'avoir gagné. Parce que j'ai pu gagner pour les Français. Il y en a beaucoup qui étaient restés debout chez nous jusqu'à 8h du matin pour nous regarder jouer et j'étais content de leur donner cette victoire.

C'est une année exceptionnelle pour vous : champion du monde (le 17 juillet) puis vainqueur de l'EVO (le 6 août). Comment envisagez-vous la suite maintenant ?
Honnêtement, en tant que compétiteur, c'est l'apogée. Mon but c'était de gagner l'EVO, alors avoir les championnats du monde en plus c'était impensable. En tant que compétiteur, je suis vraiment accompli. Je pense que la suite c'est regagner encore. Mais ce ne sera jamais aussi bien que la première fois... »