Esport - Esport et CIO, une relation qui va au-delà des discussions sur les JO

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L'ESL et Intel ont dévoilé il y a quelques jours des détails sur les tournois esportifs qui auront lieu en marge des Jeux de Tokyo. Un nouvel exemple des bonnes relations qu'entretiennent le sport électronique et le Comité international olympique.Verra-t-on un jour de l'esport aux Jeux Olympiques ? Le sujet, épineux, revient régulièrement sur la table depuis environ trois ans, au gré de son traitement par le Comité International Olympique, forcément intéressé par la croissance et le dynamisme de la discipline mais aussi la jeunesse de son audience. S'il est impossible de répondre à cette question, le CIO et son partenaire majeur Intel coorganiseront cet été à Tokyo, comme à Pyeongchang en 2018 (sur Starcraft II), des tournois en amont des JO (sur Street Fighter V et Rocket League).Ces compétitions n'auront bien évidemment pas d'impact sur le tableau des médailles mais permettent d'inclure le sport électronique à l'événement olympique. Elles ne sont surtout que la partie immergée d'une collaboration plus vaste entre les deux mondes.Esport : des détails sur la compétition organisée en marge des Jeux Olympiques de TokyoUn groupe de liaison entre le CIO et l'esportDébut janvier, au cours de la 135e session du Comité International Olympique, David Lappartient, président français de l'Union Cycliste Internationale, présentait un rapport sur la discipline et dix recommandations de collaborations au CIO, fruit des échanges au sein d'un groupe de travail composé d'acteurs des deux mondes (joueurs, athlètes, fédérations, comités d'organisation, éditeurs...). « On s'est rencontrés à trois reprises depuis 2018. En commençant par des choses très basiques, comme définir si un joueur professionnel de jeux vidéo pouvait être considéré comme un athlète, en échangeant avec des sportifs sur notre quotidien et en multipliant les points communs », explique Stéphanie Harvey, membre de ce groupe de liaison et joueuse professionnelle canadienne de Counter-Strike.Au fil des échanges, elle a constaté « une évolution » dans la compréhension du milieu de l'esport de la part des personnalités du monde du sport. « L'un n'a pas fondamentalement besoin de l'autre, mais ensemble on peut faire progresser les choses, pose celle qui travaille également comme directrice du développement de l'esport chez CLG, l'un des clubs majeurs aux États-Unis. L'esport est une discipline encore très amateur dans l'approche de la compétition. Il n'y a quasiment pas de soutien apporté aux jeunes, aux scènes plus locales... On peut apprendre du CIO sur ces sujets ».« L'idée, c'était de se demander si on pouvait définir une feuille de route avec des objectifs communs, sur quoi nous pouvons travailler ensemble et sur quoi on ne travaillera pas », ajoute David Lappartient. Ainsi, le groupe n'a pas pour mission de faire en sorte que l'esport soit officiellement reconnu comme un sport - « on ne veut pas s'embarquer dans ce débat qui n'a plus d'importance », glisse Stéphanie Harvey - ou de l'intégrer aux Jeux Olympiques.En revanche, parmi les dix recommandations, il propose d'accompagner la pratique de l'esport en promouvant l'activité physique, de développer des modèles de prévention pour la santé des esportifs de haut niveau ou encore de maintenir le dialogue entre le Mouvement Olympique et les communautés de l'esport pour s'associer sur des événements. « Nous avons échangé sur le partage des valeurs de l'olympisme, la reconversion des athlètes, ajoute le président de l'UCI. Nous pensons que l'esport permet d'amener au sport et vice-versa. »La ligne rouge de Thomas BachMalheureusement, ce rapport - plutôt intéressant et pertinent sur le fond - et les échanges avec les membres du Comité International Olympique qui ont suivi ont été éclipsés dans les médias par la conclusion du président du CIO, Thomas Bach, impliqué personnellement dans les échanges entre les univers : « Il y a une ligne rouge qui concerne le contenu des jeux. Nous ne voulons rien avoir à faire avec les jeux violents, contraires à nos valeurs ». Patatras.Pourtant, ce n'est pas la première fois que Thomas Bach pose ses limites concernant la violence représentée dans certains jeux vidéo. Depuis 2017 et les premiers contacts entre le CIO et l'esport - via Tony Estanguet, président du Comité Paris 2024 qui expliquait devoir « se pencher dessus parce qu'on ne peut pas l'ignorer et dire "ce n'est pas nous". [...] Les jeunes s'intéressent à l'esport » -, chaque rencontre entre les deux milieux donne l'occasion à l'Allemand, champion olympique d'escrime en 1976, de dégainer sa craie rouge, au milieu des messages de rapprochement - « le jeu électronique de compétition comporte une certaine activité physique pouvant être comparée à celle de sports plus traditionnels », par exemple, fin 2018.« Il parle d'une limite, mais elle n'est pas définitive, tempère David Lappartient. C'est un long voyage de collaboration et c'est un point qui mérite un approfondissement. Ce qui nous semble le plus important c'est la manière de jouer, mais nous devons faire attention au contenu. » Il n'empêche : ces déclarations ont tendance à agacer certains membres du groupe de travail, joueurs et joueuses eux-mêmes de Counter-Strike ou Overwatch (des jeux de tir) et actifs pour faire avancer les choses. L'un d'entre eux aurait d'ailleurs, lors d'une discussion privée, répondu à Thomas Bach sur le ton de l'humour qu'il s'agissait d'un positionnement plutôt osé venant d'un champion olympique fleuret en main.« Certains sports [...] sont violents eux aussi »« La majorité des recherches montrent que la violence dans les jeux n'a aucun lien avec celle dans la vraie vie (Ferguson & Wang, 2019), souffle Stéphanie Harvey. Entendre ce genre de choses me dérange parce que c'est souvent un mélange de préjugés, d'incompréhension du médium et de la désinformation. Certains sports acceptés depuis des décennies sont violents eux aussi : la boxe, l'escrime, même le hockey. Mais on ne débat pas de leur place au sein des JO. Il y a sans doute une mentalité à faire évoluer avec le temps. C'est une problématique complexe ». Et une position qui pourrait en refroidir certains si elle ne s'éclaircit pas, alors que les deux mondes ont compris qu'ils pouvaient apprendre l'un de l'autre et collaborer.Mais pour l'heure, le groupe de liaison a prévu de se réunir à nouveau dans les mois qui viennent et de travailler sur les recommandations présentées par David Lappartient. « Le but, désormais, c'est de faire avancer les choses et pas seulement d'en parler, assène Stéphanie Harvey. Je pense qu'il va en ressortir du bon pour l'esport ». Les compétitions de Tokyo donneront, elles, de nouvelles indications sur l'évolution de la collaboration et les capacités du CIO à embrasser les codes de l'esport. Paris 2024, dans une ville qui prend la discipline très au sérieux, est déjà dans le viseur.Esport - League of Legends : « Le Comité international olympique a vu ce qu'il s'est passé à Paris »

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