Esport - Esport - Kameto : « On a voulu voir plus haut avec Prime »

L'Equipe.fr
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Streamer français bien connu sur Twitch, Kamel « Kameto » Kebir a dévoilé ce lundi soir les nouvelles ambitions de son club esport, sur League of Legends notamment, avec un partenaire de poids à ses côtés : le YouTuber Amine « Prime » Mekri. En quelques mois, la Kameto Corp du streamer bien connu (plus de 650 000 followers sur Twitch) Kamel « Kameto » Kebir s'est inscrite comme l'un des clubs montants de la scène esportive française. Championne du monde sur TFT grâce à Emre « Double61 » Demirtas, présente sur TrackMania et sur League of Legends mais aussi poussée par ses fans qui se définissent comme des ultras, la structure a pris un virage important ce lundi soir. lire aussi Esport - TFT : le Français Emre « Double61 » Demitras champion du monde Son « CEO » a en effet officialisé la présence d'Amine « Prime » Mekri - ex-espoir du football américain avant une grave blessure au genou droit, aujourd'hui YouTuber, entre autres, au 1,6 million d'abonnés, il avait participé à l'éphémère Radio Sexe entre 2018 et 2019 aux côtés de Kameto - à ses côtés, au sein d'un projet renommé Karmine Corp. Mais il a aussi annoncé la montée de l'équipe en LFL (la première division sur League of Legends) à la place de la Team Oplon et le recrutement d'un premier joueur, Adam « Adam » Maanane, qui faisait partie de l'aventure en deuxième division cette saison. En conférence de presse, Kameto et Prime ont présenté, sans trop en dévoiler, cet ambitieux projet commun.

« Cela fait longtemps que vous avez ce projet de collaboration en tête. Pourquoi l'annoncer maintenant ?
Kameto : On travaille ensemble depuis plus d'un an mais les gens ne le savaient pas. Comme on passe en LFL, qu'on en profite pour faire d'autres annonces, ça me semblait important d'impliquer Prime publiquement. La montée en LFL a fait changer le projet de direction ?
Kameto : À la base il devait être complètement différent. Mais avec l'engouement, ce qu'il s'est passé en D2, les fans, on a voulu voir plus haut avec Prime. On s'est dit : si on peut aller en LFL, on va en LFL et se battre contre les plus forts en France. [...] Je suis cette scène depuis longtemps, j'en faisais partie à la base. J'ai vu comment elle évoluait et j'ai appris des erreurs des autres. Je ne vais pas arriver en LFL pour faire 2-12 ou 0-14. Ça, c'est une petite pique gratuite à mes potes de Solary (rires). Prime, c'est un retour dans le gaming pour vous. Vous vouliez le faire de cette façon ?
Prime : C'était important pour moi de revenir avec un certain bagage. J'ai été joueur et l'esport ne m'intéressait pas vraiment. En tout cas ce n'était pas assez développé pour que je m'y lance. Maintenant, avec notre expérience, je pense qu'on peut faire du vrai bon travail. J'ai été quasiment sportif de haut niveau, je suis persuadé que ce que j'y ai appris est applicable à l'esport. Je veux offrir une bonne structure aux joueurs, un bon environnement de travail, tout ce qu'il leur faut pour allier jeux vidéo et performances de haut niveau. [...] L'hygiène, le cadre de vie des joueurs, je pense que c'est quelque chose de très sous-coté. Kamel « Kameto » Kebir « Je ne vais pas arriver en LFL pour faire 2-12 ou 0-14 » Comment envisagez-vous le développement de votre club ?
Prime : L'objectif c'est de créer un grand club. [...] Je veux pas dévoiler tout ce qu'il y a à faire de notre côté mais notre vision des choses est particulière. [...] Je veux faire une équipe élégante, je veux qu'on fasse tout bien, nous-mêmes. Ça ne sera pas un long fleuve tranquille parce que c'est une grosse aventure, mais je veux donner toutes les cartes aux joueurs, leur offrir ce dont, nous, on a peut-être manqué. On sait qu'on est nouveaux, mais on ne va pas en rougir. On fera ce qu'il faut. Kameto : On a aussi une base de fans que les autres n'ont pas. On peut compter sur une ferveur, une « hype » autour de l'équipe, de la structure. Ce côté « ultras » qu'on veut porter au maximum. Et je kiffe l'esport pour ça. [...] Je connais aussi les joueurs, la scène professionnelle de League of Legends. J'ai une certaine expérience, je veux participer aux entraînements pour voir ce que font les joueurs. [...] Si ce n'est pas Kameto qui regardera l'équipe ça sera Kamel quand il n'aura rien à faire. J'aime trop l'esport je serai obligé d'être à fond dedans. Prime : La grosse lacune dans ce milieu, c'est vouloir aller trop vite. On aurait pu mais on ne veut pas brûler les étapes. On ne va pas se gêner si on peut accélérer un peu, comme en récupérant une place en LFL, mais sans cela on aurait eu la même assurance en se posant devant vous. On aurait joué la deuxième division en étant très sérieux dans notre approche. Finalement on est en D1, tant mieux, ça veut dire qu'on gère bien mais ça ne s'arrête pas là. lire aussi ZEvent, en bande organisée

Vous avez deux communautés différentes, mais proches l'une de l'autre : comment voulez-vous les faire interagir entre elles ? Prime : Je dirais pas que le travail est quasiment fait mais ce n'est pas la première fois qu'on bosse ensemble. On a fait du divertissement, là c'est autre chose, plus professionnel. On va recruter des gens qui vont nous faire confiance pour aller dans la bonne direction et c'est ce qui regroupera tout le monde. C'est peut-être un peu prétentieux de dire ça mais on veut être « l'équipe du peuple ». Kameto : C'est déjà un peu le cas (rires). Vous voulez aller plus loin avec les « ultras » de la KCorp ? Les voir se réunir, quand ça sera possible, sur des événements ?
Kameto : J'ai hâte de ça. Quand il y aura à nouveau des tournois physiques, je veux y voir les fans avec les maillots, les drapeaux, des tambours... Certains y pensent déjà. Ce sont des fous, je leur ai dit qu'on allait se faire sortir de la LAN (rires). Mais j'attends ça depuis longtemps. Prime : On va organiser des cars de supporters. On veut être une équipe vivante avec une vraie ambiance. On est en Amérique Latine là (ires). 1,6 C'est, en million, le nombre d'abonnés de Prime sur YouTube. Qu'est-ce qui vous motive le plus aujourd'hui ?
Kameto : Moi, c'est d'aller aux Worlds de League of Legends. C'est mon objectif, je le garde. Je n'ai pas pu y aller en tant que joueur, j'aimerais que mon équipe y aille un jour. C'est très, très ambitieux mais j'aime bien me poser des gros objectifs. Vous voyez loin. L'idée c'est que la LFL est une étape ? Prime parlait de ne pas les brûler...
Kameto : Oui, ça peut durer longtemps, ou pas... On peut avoir l'ambition d'aller aux Worlds sans pour autant brûler les étapes. Je pense qu'on y finira un jour. Mais pas tout de suite. Prime : Tant que ce n'est pas le maximum, ça sera une étape. Il y a une volonté chez vous de ne pas aller trop vite sur le plan économique également ? Les modèles sont encore un peu incertains dans l'esport, on voit beaucoup de levées de fonds...
Kameto : On me pose souvent cette question par rapport à mon stream et c'est différent. On a nos projets personnels, Prime fait des vidéos notamment, moi je suis sur Twitch, on ne veut pas tout mêler à l'esport. Je ne veux pas prendre de l'argent de mon compte de streamer pour payer un joueur plus cher et le faire venir chez nous. Il ne faut pas tout mélanger. On veut que ça soit sain et que la partie esport s'auto-suffise dans le futur. Prime : Les levées de fonds, elles sont dans la rubrique « ne pas brûler les étapes ». Ce n'est pas pour maintenant. Kameto : On a MSI comme premier sponsor, on discute avec d'autres. C'est très simple : on a un budget qu'on ne dépassera pas et on ne veut pas faire de levée de fonds. Du moins pour l'instant. Prime : De ce côté, le confinement est un mal pour un bien. Il n'y a pas de LANs, de déplacements qui occasionnent des frais supplémentaires. On va gérer ça correctement. On n'a pas besoin de gaming-house, là, par exemple. Kameto : Et le système a évolué. Les clubs s'écartent de plus en plus de ce modèle. Si un jour on a besoin d'une gaming-house on en prendra une mais pour l'instant chacun jouera de chez soi et on fonctionnera comme ça. On s'adapte, c'est le mot-clé. Même si évidemment, avant un événement, un grand match, on organisera des bootcamps, des stages : on fait venir les joueurs, le staff et on s'entraîne à fond.

Initialement, la KCorp ne devait pas monter en LFL. Comment s'est passée la transition avec les joueurs qui évoluaient en D2 ?
Kameto : Ça n'a pas été facile. À tout moment on peut rappeler des joueurs, faire des essais avec certains... Mais il y aura du changement. Tous les joueurs qui étaient en D2 avec nous ont observé leurs options. Il y a des joueurs qu'on veut garder, d'autres qui veulent partir. On en dira plus quand on aura entièrement verrouillé l'effectif. Prime : Et un joueur Karmine restera un joueur Karmine. Si un jour on gagne les Worlds, ceux qui étaient là au début seront aussi importants que les autres. Mais il y a un début et une fin à tout. Si un mec n'est pas performant on restera transparent avec lui. Comment se déroule ce premier mercato ?
Kameto : Bien. Mais on peut m'annoncer un truc au réveil qui va complètement changer pendant que je suis en stream et puis le lendemain, finalement, c'est bon... C'est ça tous les jours. Je suis content, je suis déçu, je suis content à nouveau. [...] Certaines équipes ont aussi plus de moyens. Il faut trouver les mots, la motivation pour attirer les joueurs. [...] Quand je vais parler à quelqu'un que je veux recruter, il y a des chances que j'ai déjà joué avec ou contre lui, qu'il ait vu plusieurs de mes streams. Il y a une proximité, je ne suis pas un nom qu'il ne connaît pas et qui lui enverra un chèque. Et peut-être que cette proximité lui donnera confiance, envie de participer à un vrai projet. [...] Il y aura des joueurs dans notre effectif qui ont reçu de meilleures offres, financières ou en termes de structures d'entraînement. Le mercato c'est compliqué, ça l'est encore, mais c'est normal. lire aussi Esport - League of Legends : Nisqy vers Fnatic Vous êtes proche de Yasin « Nisqy » Dinçer (joueur belge, qui évoluait chez Cloud9, une équipe de première division nord-américaine, en 2020). Cette saison, il a conseillé vos joueurs. C'est quelque chose que vous pourriez remettre en place ?
Kameto : Quand Nisqy est venu parler à nos joueurs de D2, ça les a motivés. Il leur a donné des conseils et envie de progresser. Il leur a fait gagner du temps. Je ferai à nouveau appel à des joueurs de haut niveau pour assister les nôtres, s'ils en ont besoin, bien sûr. Quelles seront vos ambitions en 2021 ?
Prime : Implanter l'équipe dans le paysage français. Après, on verra. C'est du temps, c'est du sport. Kameto : J'aimerais aller chercher la qualification en European Masters. Je pense qu'on aura le potentiel, les armes pour le faire. Et je suis un rêveur... Gagner la LFL dès le segment de printemps, ça serait top. »