Esport - Esport : Karmine Corp, s1mple, Adam... Vos champions, moments forts et déceptions de l'année 2021

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Une dizaine de jours après l'ouverture des votes, voici les résultats de la consultation sur les personnalités, moments forts et déceptions du monde de l'esport en 2021, accompagnés des choix de la rédaction.

Après une grosse bataille de communautés pour la consultation concernant les joueurs et moments marquants de 2020, le vote de cette année a été pris d'assaut par l'une d'entre elles. Il y a douze mois, on sentait un frémissement autour d'une toute jeune Karmine Corp, déjà suivie par un bon groupe de supporters. 2021 a été l'année de la « KC » en France et sa très forte popularité s'est évidemment fait ressentir à tous les niveaux de ce sondage.

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Avec elle, c'est tout l'intérêt pour League of Legends, jeu omniprésent dans les réponses aux différents votes, qui a bénéficié d'un coup de boost. Sa notoriété dans l'Hexagone et celle des compétitions comme la LFL, le LEC, les Worlds ou les European Masters, a dépassé les attentes. Au point qu'une séparation entre LoL et les autres pourrait être pertinente fin 2022... Avec un peu plus de 37 000 votes cumulés cette année, voici les résultats, accompagnés des choix de la rédaction.

Le joueur français de l'année
Adam (Adam Maanane, 20 ans, League of Legends, Karmine Corp puis Fnatic puis BDS) : 36 %

Hans sama (Steven Liv, 22 ans, League of Legends, Rogue puis Team Liquid) : 19 %

ZywOo (Mathieu Herbaut, 21 ans, Counter-Strike, Vitality) : 14 %

Après deux années de domination pour Mathieu « ZywOo » Herbaut, la star de Vitality sur Counter-Strike laisse sa place à Adam « Adam » Maanane. Celui-ci s'impose avec une bonne marge d'avance sur un autre joueur de League of Legends qui a marqué les esprits en 2021, Steven « Hans sama » Liv. Un résultat attendu, qui porte la marque de la Karmine Corp et ses fans.

Adam a vécu une montée en puissance assez impressionnante cette saison : champion de France (la LFL) et titré aux European Masters avec la KC au printemps, le toplaner est transféré chez Fnatic, dans l'élite continentale (le LEC, une ligue fermée), lors du mercato d'été. Dans ce club populaire, habitué aux titres, il fait un apprentissage express du très haut niveau et participe au redressement de l'équipe. Malgré une fin de saison régulière difficile, Fnatic et Adam se hissent en finale du Championnat d'Europe (défaite face à MAD Lions) et gagnent ainsi leur ticket pour les Mondiaux.

Le parcours rêvé du jeune Français, de la LFL (ou même la D2, fin 2020) aux Worlds en quelques mois, va alors connaître une succession d'accrocs : des Championnats du monde durs à vivre suite au départ d'un coéquipier, Elias « Upset » Lipp, douze heures avant le début du tournoi ; de la frustration, née de cette situation puis d'une volonté de Fnatic de se séparer de lui, qui génère alors quelques dérapages en termes de communication avant excuses ; un transfert, finalement, chez BDS où il évoluera en 2022. Plusieurs semaines difficiles qui n'effaceront pas l'année folle d'Adam, désormais l'un des joueurs les plus populaires en Europe.

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Son parcours et sa notoriété ne doivent surtout pas lui faire oublier qu'il n'est, à tout juste 20 ans (depuis le 30 décembre), qu'au début de sa carrière. Talentueux, très fort mécaniquement, il a encore beaucoup à apprendre de l'élite sur les plans tactique et collectif. Et il le sait. Ces déceptions et ce transfert chez BDS, où il retrouvera plusieurs anciens coéquipiers de la KCorp mais aussi un coach titré à plusieurs reprises, peuvent l'aider à trouver une stabilité importante à la poursuite de son développement.

Le choix de la rédaction : M0nkeyM00n (Evan Rogez, 19 ans, Rocket League, BDS)

Il a été difficile de faire un choix. Toujours très fort, ZywOo s'est montré moins dominant au sein d'un collectif où son capitaine, Dan « apEX » Madesclaire, a pris une dimension importante. Hans sama et Adam étaient des possibilités crédibles. Mais Evan « M0nkeyM00n » Rogez mérite plus d'attention que quelques dizaines de votes. Lui aussi très jeune (19 ans depuis le 15 novembre), il a gagné le droit d'être considéré comme le meilleur joueur du monde sur Rocket League cette année.

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Passé par le centre de formation du RC Lens, M0nkeyM00n brille dans une version virtuelle du football (et un poil différente d'un FIFA, tout de même) au sein du club suisse BDS. Avec son équipe, il a dominé la quasi-intégralité du circuit professionnel online puis remporté le premier tournoi physique intercontinental organisé en deux ans, à Stockholm, mi-décembre. Au-dessus du lot individuellement dans un collectif qui inspire tous ses concurrents sur un jeu qui prend de plus en plus d'importance dans l'esport, il devra confirmer en 2022. Avec, si les conditions sanitaires le permettent, le retour des Mondiaux en juillet.

Le joueur étranger
s1mple (Oleksandr Kostyliev, Ukraine, 24 ans, Counter-Strike, Na'Vi) : 40 %

ShowMaker (Su Heo, Corée du Sud, 21 ans, League of Legends, DAMWON) : 35 %

MKLeo (Leonardo Lopez Perez, Mexique, 20 ans, SSB Ultimate, T1) : 11 %

Grâce à l'intérêt important et croissant pour League of Legends en France, les résultats de ce vote ont été plus serrés que prévu. Mais, logiquement, Oleksandr « s1mple » Kostyliev s'est imposé. Avec son club Na'Vi, le joueur ukrainien, si plaisant à voir évoluer pour son style agressif, a surdominé la scène professionnelle de Counter-Strike cette année. Il a surtout enfin remporté un Major (l'équivalent des tournois du Grand Chelem sur ce jeu de tir), le premier organisé en deux ans du fait de la pandémie, après deux finales perdues par le passé. Une consécration longtemps attendue pour celui qui est considéré comme une star dans son pays, assurément l'un des meilleurs joueurs ayant touché à ce jeu iconique, créé il y a un peu plus de vingt ans.

Déjà sur le podium l'an dernier, ShowMaker a de nouveau réalisé une belle saison mais a cette fois chuté en finale des Worlds. MKLeo troisième est une petite surprise, mais la preuve que la notoriété de Smash augmente en France, dans le sillage des belles performances de William « Glutonny » Belaid notamment.

Le choix de la rédaction : s1mple (Oleksandr Kostyliev, Ukraine, 24 ans, Counter-Strike, Na'Vi)

L'équipe de l'année
Karmine Corp (League of Legends) : 63 %

Natus Vincere (Counter-Strike) : 17 %

Vitality (Rocket League) : 4 %

Il y avait deux choix logiques pour les suiveurs de l'esport en France : la Karmine Corp, pour l'impact qu'a eu le club de Kamel « Kameto » Kebir et Amine « Prime » Mekri sur l'écosystème tout entier cette année ; et Na'Vi, le vote de ceux qui placent les résultats sportifs avant tout. Si la KCorp s'est construit un beau palmarès sur League of Legends, elle n'évoluait pas au sein de l'élite alors que l'organisation ukrainienne a complètement écrasé la concurrence sur Counter-Strike.

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Évidemment, la Karmine a été plébiscitée et en faire l'équipe de l'année face à Natus Vincere n'est pas usurpé. Bâti autour de la popularité de ses fondateurs, le club a généré un engouement sans précédent, fait grandir l'esport et peut-être même posé les bases d'une nouvelle ère de développement pour la discipline. Les 300 000 spectateurs - un record pour la France - présents en mai sur la chaîne Twitch d'OTP (diffuseur français des compétitions de League of Legends, un autre « petit nouveau » dans le paysage loin d'être étranger à la hausse de notoriété de la scène professionnelle) à l'occasion de la finale des European Masters ou les 300 ultras à Barcelone mi-décembre pour un match amical symbolisent cette folie qui entoure la KCorp depuis 12 mois.

L'intérêt pour l'esport mais aussi sa crédibilité ont nettement progressé avec un club qui a les caractéristiques d'un point de bascule. Il faut maintenant confirmer, tout en continuant de grandir.

Le choix de la rédaction : Karmine Corp (League of Legends)

Le moment fort de l'année
La saison de la Karmine Corp sur LoL, avec un pic à 300 000 spectateurs sur OTP lors de la finale de l'édition printanière des European Masters (record pour l'esport français) : 58 %

Rekkles et Perkz signent respectivement pour la Karmine Corp et Vitality dans un mercato fou sur League of Legends : 18 %

La victoire de Na'Vi et s1mple au Major de Stockholm, sans perdre une seule carte : 10 %

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La KCorp est l'équipe de l'année, les arrivées de Rekkles et Perkz dans deux clubs français ajoutent un peu plus d'intérêt à la scène professionnelle de League of Legends pour les fans tricolores... Mais le succès écrasant de Na'Vi lors du premier Major organisé en deux ans, à l'occasion des retrouvailles avec le public et sans perdre la moindre manche restera comme la plus belle performance esportive de l'année. C'est aussi l'occasion de saluer un nouveau vainqueur depuis janvier 2018 (et une victoire de Cloud9, à Boston) puisque les Danois d'Astralis restaient sur trois sacres de rang. Leur période de domination s'est achevée, celle de s1mple et son équipe vient peut-être de commencer.

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La déception ou le coup de gueule de l'année
La gestion bancale des Worlds et de sa fin de saison par Fnatic, puis les déboires qui ont suivi (départ de Bwipo, incompréhension autour d'Upset, Nisqy écarté, la communication d'Adam) : 44 %

Les performances de l'Occident aux Worlds : 17 %

Le raté de G2 sur League of Legends : 10 %

La fin de saison et le mercato de Fnatic ont marqué les observateurs et il n'est pas surprenant de voir un tel écart avec les autres choix disponibles. Mais ce résultat mérite un certain approfondissement. Les Worlds de Fnatic ont basculé avant qu'ils ne démarrent avec le départ d'Elias « Upset » Lipp la veille du premier match. La raison évoquée est personnelle, mais il n'y a pas de doute à avoir sur le fait que l'adc allemand n'était pas en mesure de tenir sa place.

Forcément, l'absence d'un pilier pour une telle compétition a éteint les espoirs de l'équipe, qui s'est effondrée mentalement et dans le jeu. Solidaires de la décision d'Upset au moment où celui-ci l'a annoncée, certains de ces coéquipiers ont été frustrés par la situation et notamment sa gestion par Fnatic qui semble ne pas avoir pris la pleine mesure d'un problème naissant. S'en est suivi un mercato houleux, mal vécu par Adam - transféré chez BDS - ou le Belge Yasin « Nisqy » Dinçer - placé sur le banc - mais aussi bon nombre de fans. Les textes confus postés par le jeune Français sur Twitter, accusant Upset d'avoir provoqué cette situation sans réelles explications puis de l'avoir poussé vers la sortie, ont embrasé le réseau social.

Le sujet est complexe : difficile de juger Upset pour son départ, Fnatic pour avoir fait des choix sportifs au cours d'un mercato qui a chamboulé les effectifs, ou la frustration personnelle d'Adam, qui a tout de même commis l'erreur d'impliquer la femme de son ex-coéquipier dans une forme de règlement de comptes - lui-même compréhensible -, avant excuses.

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Ce qui est critiquable en revanche, c'est peut-être la manière de faire les choses. Les manques de dialogue, d'accompagnement, ont généré une contrariété tue qui s'est enflammée pendant une période des transferts instable, trop souvent au détriment de joueurs très jeunes. Ce long épisode autour de Fnatic montre que certains clubs sous-estiment encore la dimension sportive et humaine de l'esport dans la gestion de groupe et des individus. Cet épisode doit être une leçon pour beaucoup.

Le choix de la rédaction : L'enquête sur les matches truqués sur la scène Counter-Strike, menée par le FBI

Il fallait conclure avec un mot sur cette histoire qui aura fait parler sur la scène Counter-Strike, mais peut-être pas assez. L'ESIC (la Commission d'Intégrité de l'Esport, un organisme indépendant) et le FBI ont en effet collaboré sur une large affaire de matches truqués et de paris illégaux qui ont mené à une première série de suspensions. Elles en appellent d'autres.

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Ce dossier mais aussi une enquête de L'Équipe sur le dopage dans la discipline ont surtout montré que l'esport devait de plus en plus faire face aux mêmes problèmes graves que le sport dit « traditionnel ». Sans réellement avoir aujourd'hui les armes nécessaires pour lutter efficacement. Dans une période de croissance importante, il va falloir se les offrir.

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