Esport - League of Legends : entre l'Asie et l'Europe, un écart qui se creuse

Adrian « Trymbi » Trybus et Rogue ont été éliminés en quarts de finale. (L. Skundrich/Riot Games)

Après l'élimination de Rogue en quarts de finale, jeudi dernier, il n'y a plus d'équipes européennes en lice aux Worlds de League of Legends, une nouvelle fois largement dominés par les Asiatiques. Entre les deux régions, la différence de niveau s'explique par de multiples facteurs.

Trois équipes sud-coréennes, une équipe chinoise : pour la deuxième année consécutive, le dernier carré des Worlds de League of Legends, qui démarre ce samedi à Atlanta (avec JD Gaming-T1 à 23h), est 100 % asiatique. Une hégémonie qui ne surprend plus personne, puisque les deux pays se partagent tous les titres mondiaux depuis onze ans. En 2022, le bilan pour l'Occident est particulièrement rude : seul Rogue, le meilleur représentant européen, a réussi à atteindre les quarts de finale, où il a été éliminé de manière expéditive par JD Gaming (3-0). Pourquoi le reste du monde est-il autant à la traîne ? Comment peut-il rattraper son retard ? Éléments de réponse.


Le niveau individuel et collectif

Pour quiconque ayant regardé les derniers matches à élimination des Worlds, la supériorité actuelle des équipes asiatiques en jeu ne fait pas de doute. « Je pense que les joueurs occidentaux commettent simplement plus d'erreurs directes, expliquait le Suédois Martin « Rekkles » Larsson, finaliste des Mondiaux en 2018, en stream récemment. Ce sont beaucoup de petites choses qui font la différence, vous savez. Un petit peu au niveau de draft, un petit peu au niveau du jeu individuel, un petit peu au niveau du jeu d'équipe, et si vous additionnez tout ça, ça devient un écart important. »

Pour autant, la plupart des joueurs ne partent pas perdants d'avance face aux Asiatiques, s'accrochant aux exemples de réussite européens passés, dont les finales mondiales de Fnatic (2018) et G2 (2019). Qui restent des épiphénomènes. « Actuellement, ils font littéralement tout mieux que nous, confirme Hadrien « Duke » Forestier, ancien coach de Splyce et Vitality. Leur coordination est impressionnante, ils ont une meilleure discipline, une meilleure compréhension du jeu, ils s'adaptent mieux... »


La réserve de talents

Si League of Legends est toujours l'un des jeux les plus populaires en Europe, il est loin d'être aussi installé qu'en Asie et particulièrement en Chine, où le nombre de joueurs se compte en dizaines de millions. « C'est la principale raison de leur avance, assure Jérémy « Eika » Valdenaire, double champion de France cette année avec LDLC OL. Avec un tel réservoir, c'est plus facile d'avoir une base de joueurs meilleurs. Pour communiquer, c'est un avantage aussi, parce que tu peux faire des équipes avec des joueurs qui parlent la même langue, pour qui les idées sortent plus rapidement. »


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L'important réservoir de talents permet aussi aux structures de créer une émulation en interne. « En Asie, il y a des remplaçants qui sont de très bons joueurs dans quasi chaque structure, confirme Duke. Tout le monde doit jouer sa vie parce qu'il y a de la concurrence. » Un système plus compliqué à mettre en place en Europe, où les top joueurs se font plus rares et coûtent plus cher, ce qui limite par la force des choses la taille des effectifs.


La solo queue

Avec une telle manne de joueurs de haut niveau, les Asiatiques peuvent aussi bénéficier d'entraînements individuels de meilleure qualité, lors de leurs parties classées en ligne. La Corée du Sud et surtout la Chine, avec son super serveur accessible uniquement à une poignée d'élus, sont ainsi réputées pour abriter les serveurs les plus compétitifs au monde. En jouant contre une adversité plus relevée, les pros acquièrent ainsi de meilleurs réflexes. « C'est très important, parce que la solo queue, c'est ce qui te met en confiance, c'est ta boussole, éclaire Eika. Si tu es dans le top 10 du classement, que tu as des bons résultats avec tes champions, tu sais que tu pourras les sortir en compétitions. »


Le format de compétition

Contrairement à ceux des championnats occidentaux (même si cela devrait changer en 2023), les matches de saison régulière des championnats coréens et chinois se jouent actuellement au meilleur des trois manches (Bo3), la première équipe à deux victoires l'emportant. Une différence en apparence anodine, mais déplorée depuis plusieurs années par les joueurs, qui y voient un avantage compétitif. « Au total, ça fait qu'ils jouent plus de matches sur scène que nous dans l'année, détaille Duke. Et il y a une vraie différence entre les matches d'entraînement et les matches officiels, qui s'approchent de ce que tu vas jouer aux Worlds. Ça t'habitue à la pression de ce genre de matches, ça te permet de mieux jouer les moments importants. Ce n'est pas le facteur le plus important, mais ça fait une petite différence. »


Le professionnalisme

Pour beaucoup de coachs occidentaux, l'avance asiatique s'explique enfin par une différence d'état d'esprit. « En Europe, j'ai rarement senti des joueurs qui me donnaient l'impression d'être des morts de faim, habités par l'envie de victoire, se remémore Duke. La quasi-totalité n'a pas de parcours académique, ni de parcours professionnel, ils n'ont jamais fait d'effort dans leur vie et c'est une vie de rêve pour eux. Ils ne savent pas ce que c'est de sortir de leur zone de confort, se faire mal pour progresser, faire des choses qu'ils n'ont pas envie de faire... Il y en a très peu qui le comprennent. »

En partie due aux différences dans le système éducatif, cette divergence est souvent mise en avant pour expliquer la supériorité asiatique sur beaucoup de jeux compétitifs, depuis Starcraft dans les années 2000. « Eux sont élevés dans la compétition, dès l'école, conclut Duke. Je ne dis pas que leur système est parfait, il est parfois extrême, notamment en Corée, mais le résultat est là. » Sur ces Mondiaux, il a été éloquent : sur l'intégralité des Mondiaux, les Chinois et les Coréens n'ont lâché que trois parties au reste du monde...


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