Esport - League of Legends : mais pourquoi la France domine autant les European Masters ?

Martin « Rekkles » Larsson et la Karmine Corp joueront la finale des European Masters samedi. Une compétition outrageusement dominée par les équipes françaises cette année. (David Nouy/LFL - Webedia)

Avec deux équipes en finale et trois dans le dernier carré, le championnat de France de League of Legends a survolé la première édition annuelle des European Masters, qui regroupe les meilleures équipes des différentes ligues nationales européennes.

C'est une première en neuf éditions et depuis la création des European Masters, en 2018. Ce samedi après-midi (dès 17h), la finale de cette compétition verra s'affronter deux clubs d'un même championnat, la LFL, la ligue française de League of Legends. Et ce n'est pas une surprise. Depuis le début du tournoi les équipes tricolores ont un temps d'avance sur le reste de l'Europe.

lire aussi
Esport - League of Legends : la Karmine Corp renverse Vitality et jouera la finale des European Masters

Si BDS Academy a chuté en phase de groupes, les trois autres se sont assez tranquillement frayé un chemin jusqu'au dernier carré. Il a d'ailleurs fallu attendre la deuxième demi-finale, entre Français, pour assister à un match serré en play-offs. Déjà double tenante du titre la Karmine Corp y a écarté Vitality Bee pour retrouver LDLC OL en finale. Les Lyonnais, vainqueurs de la LFL fin mars, sont toujours invaincus dans ces EUM.

C'est aussi une question de moyens
Ces faits ne trompent pas : en deux ans, le championnat de France a creusé l'écart avec l'Espagne, l'Allemagne, la Pologne ou le Royaume-Uni. La KC a impulsé un mouvement en 2021 qui se concrétise cette année par une domination sans partage, à laquelle les autres ligues nationales vont devoir s'adapter sous peine de voir une hégémonie s'installer. Mais qu'est-ce qui a changé aussi vite et de quoi les championnats européens vont-ils devoir s'inspirer ?

La LFL compte d'abord sur un vivier important de talents français et francophones grâce à la popularité du jeu. « On est le pays d'Europe qui compte la plus grande densité de joueurs bien classés en soloq (le mode de jeu individuel, en ligne) », affirme d'ailleurs Jean « Trayton » Medzadourian, ex-pro devenu commentateur pour OTP, le diffuseur français. Des talents qui s'insèrent assez facilement dans un système compétitif aujourd'hui complet : derrière la LFL, la Division 2 offre un vaste cadre professionnel aux joueurs qui peuvent s'y développer. À l'échelon inférieur, l'Open Tour permet à certains de faire leurs armes et d'être repérés.

L'attractivité de la ligue a surtout explosé entre 2021 et 2022. La LFL est devenue la destination prisée des joueurs en quête de LEC, le championnat d'Europe (voir encadré), que tous cherchent à atteindre ou retrouver - Martin « Rekkles » Larsson en tête. Jouer en France c'est être un peu plus exposé qu'ailleurs, grâce aux résultats en European Masters et aux fortes audiences (pic d'audience autour des 200 000 spectateurs lors de la demi-finale entre la KCorp et Vitality Bee).

« La LFL est devenue une ligue puissante avec l'arrivée de la Karmine et la création d'OTP l'an dernier, explique Trayton. L'engouement est énorme. Comme il est plus fort qu'ailleurs, c'est devenu une priorité pour beaucoup de joueurs qui ont remarqué que le championnat était un gros tremplin. » Cette saison en LEC, cinq rookies sur neuf proviennent de LFL. « Et ceux qui n'ont pas trouvé leur place au niveau supérieur ont privilégié la France, poursuit le commentateur d'OTP. La domination des European Masters cette saison, c'est la conséquence des réussites de 2021 ».

La présence de plusieurs structures importantes et les salaires plus élevés qu'ailleurs - autour des 7 000-8 000 euros par mois pour certains joueurs dans les meilleures équipes, 2 000 à 3 000 de plus qu'en Espagne par exemple - sont un autre critère important. Même si la KC l'an passé ou LDLC OL cette saison ne disposait et ne dispose pas, de loin, du plus gros budget.

L'Espagne veut se renforcer
Si Webedia et Riot Games, organisateurs du championnat de France depuis 2019, se sont inspirés d'une Super Liga espagnole établie et très populaire depuis des années, la ligue rivale de la LFL doit aujourd'hui rattraper son retard. « Le souci c'est qu'ils n'ont pas la même structure compétitive ou la même densité de talents qu'en France, assure Trayton. Maintenant, ils ont des joueurs extrêmement doués qui peuvent servir de guides. »

lire aussi
League of Legends : le guide de la saison 2022

« L'écart entre la France et les autres n'est pas encore énorme mais il existe, reconnaît pour sa part David « Champi » Pérez, commentateur hispanophone des compétitions de League of Legends. Pour le combler, attirer de très bons joueurs en augmentant les investissements est une façon de faire mais je pense qu'il faut aussi modifier notre façon de travailler. En Espagne, la communauté n'est pas aussi motivée par les European Masters que par la Super Liga ou le LEC alors qu'en France la compétition donne l'impression d'être un but important à atteindre. Et si l'on prend les joueurs un par un, c'est dur de lutter avec la LFL ».

Même si l'Espagne et ses gros clubs (dont... le FC Barcelone, qui s'est fait sortir au tour préliminaire des European Masters ou KOI, qui veut suivre l'exemple de la Karmine Corp) commencent déjà à renforcer leurs investissements pour attirer des noms et que la Prime League allemande peut toujours compter sur ses talents nationaux, difficile d'imaginer le championnat de France ne pas poursuivre sa domination cet été. Et si la LFL pourrait se faire piller par le LEC, tant qu'elle restera supérieure aux autres ligues nationales en termes d'attractivité, cet écart continuera de se creuser.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles