Esport - LoL - Esport - League of Legends : que retenir des Mondiaux 2020 ?

L'Equipe.fr
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Quelques jours après la victoire de DAMWON (Corée du Sud) contre Suning (Chine) en finale des Mondiaux de League of Legends à Shanghai, l'heure est venue de clore la saison en dressant le bilan de la compétition. Chaque année c'est la même chose. Une fois la finale des Worlds achevée, il y a ce sentiment de vide, doux-amer : après plus d'un mois de compétition toujours excitante - un rendez-vous qu'on attend toute l'année et qu'on ne pensait pas apprécier cette fois-ci du fait de la pandémie -, la saison est terminée. Elle s'est conclue par le titre mondial des Sud-Coréens de DAMWON à Shanghai, contre les Chinois de Suning (3-1). Quelques jours plus tard, il est l'heure de dresser un bilan de la compétition, d'en étudier les perspectives et de tirer le rideau sur ces étranges 10 mois et quelques jours. lire aussi Esport - League of Legends : DAMWON ramène le titre mondial en Corée du Sud Si l'Amérique du Nord a déçu et doit se remettre en question, si le Vietnam, privé de tournoi, et son jeu débridé ont manqué, si l'Océanie a fait bonne figure pour sa dernière sortie avant la fermeture de sa ligue locale, difficile d'être exhaustif. Retour sur ces Worlds en quatre points marquants avec plusieurs observateurs et acteurs de la scène internationale, avant de plonger dans le mercato et l'inconnu que représente 2021. Corée du Sud : un retour au sommet en trompe-l'oeil ? C'est le principal enseignement de ces Mondiaux. Après avoir dominé la planète League of Legends de 2013 à 2017, la Corée du Sud a récupéré un bien qui lui échappait depuis deux ans. Mais le succès de DAMWON, impressionnant et mérité, est légèrement en trompe-l'oeil. Certes, un club de LCK s'est imposé. Mais la Corée du Sud en tant que région n'a pas retrouvé son statut d'antan. En 2015, 2016 et 2017, à chaque fois, la finale opposait deux formations sud-coréennes. lire aussi Esport - League of Legends : les Worlds 2020 en images « DAMWON est pour l'instant une exception parmi la LCK, confirme Gary « Tolki » Mialaret, ex-analyste de T1, vainqueur du segment de printemps en Corée du Sud. Il y avait une vraie différence avec les autres équipes cet été. Je les sous-estimais parce qu'ils n'avaient pas disputé beaucoup de matches à haute pression à cause du format de la ligue. Je pensais qu'ils auraient plus de mal à s'adapter à la tension des Worlds et je me suis trompé. Ils ont beaucoup travaillé sur le côté humain, leur effectif est très soudé, et ça leur a permis de surmonter ces obstacles. Avec sa victoire, cette équipe peut tirer la ligue vers le haut et lui permettre de dominer à nouveau. Les autres clubs ont désormais un objectif : battre DAMWON. » La Chine, une surprise et un échec Il n'y avait peut-être qu'en Chine que cette compétition pouvait être organisée cette année. Mais, à domicile, ses représentants ont été mis en échec. On attendait Top Esports et JD Gaming en grands adversaires de DAMWON, ils ont déçu. De façon inattendue, c'est Suning qui a réalisé le meilleur parcours des équipes chinoises, en ne s'inclinant qu'en finale. Un moindre mal. lire aussi Esport - League of Legends : Worlds, les raisons d'un maintien inattendu « Cela faisait deux ans que la Chine dominait le circuit, avec des équipes qui imposaient leur style comme Invictus Gaming en 2018 et FunPlus Phoenix en 2019. Un jeu à erreurs mais performant. S'il surprenait à l'international, cette fois-ci beaucoup d'équipes s'y étaient habituées, assure Martin « Krok » Berthelot, commentateur français spécialiste de la LPL. Ne pas gagner est une déception, encore plus parce que la compétition avait lieu en Chine et cela fait deux fois après 2017 (victoire des Sud-Coréens de Samsung Galaxy, à Pékin). Mais le bilan n'est pas totalement sombre puisque les Chinois ont été éliminés par d'autres Chinois et Suning a été très intéressant. Et puis, ils auront une autre chance de gagner à la maison en 2021. » Les limites de l'Europe Finaliste en 2019 à Paris (défaite 3-0 contre les Chinois de FPX), G2 n'aura pas réussi à gravir la dernière marche cette saison. La meilleure chance européenne s'est même arrêtée en demies, logiquement battue par DAMWON. Si les équipes du Vieux Continent ne paraissent pas si loin de conquérir un titre mondial qui leur échappe depuis la première édition, il leur manque un petit truc. Mais lequel ?

« G2 a peut-être grandi cette année mais ils se sont heurtés à la meta aux Mondiaux, explique Fernando Cardenete, journaliste espagnol. Plus globalement, l'Europe manque de formations compétitives lors des grands rendez-vous. Rogue et MAD Lions ont eu une bonne année mais ils étaient trop limités aux Worlds. Fabian « GrabbZ » Lohmann (coach de G2) l'a dit en conférence de presse : la région se repose beaucoup sur les performances de son équipe et Fnatic à l'international. Nous avons besoin de plus de noms qui s'inscrivent dans la durée. » Pour venir challenger le duo en Europe, l'aider à progresser, puis, pourquoi pas, défier le reste du monde en fin de saison. Un niveau global croissant Certes, la Chine et la Corée du Sud continuent de se partager les titres et on a vu assez peu de surprises cette année. Mais le niveau global - et surtout celui des petites équipes - a semblé monter d'un cran. Les régions les plus faibles le sont encore, mais elles progressent. Le play-in a d'ailleurs permis à plusieurs formations de montrer qu'elles étaient au moins à la hauteur des moins bonnes du tour principal. Un constat intéressant pour le développement international de l'esport sur League of Legends, malgré la disparition annoncée de la ligue océanienne.

« Le niveau a nettement augmenté par rapport aux années précédentes, appuie Adel Chouadria, journaliste algérien qui collabore ou a collaboré avec Inven Global, ESPN ou encore Millenium. Bien que je me lamente que le Japon ne se soit pas développé à la même vitesse que le reste du monde, ce progrès était visible dès le play-in avec la grosse surprise PSG Talon (PCS) ou SuperMassive (Turquie) qui élimine MAD Lions (Europe). L'écart avec les meilleurs existe encore mais il est plus dû à un manque de lucidité sur certaines phases de jeu ou des drafts légèrement défectueuses qu'au niveau individuel des joueurs. » On ne sait pas à quoi la scène compétitive de League of Legends ressemblera en 2021, si les rendez-vous internationaux auront lieu ni dans quelles conditions. Mais cet ultime regard en arrière permet au moins de se projeter sur les histoires à suivre dès le mois de janvier, qui seront autant de fils rouges jusqu'aux prochains Mondiaux. L'esport a fait preuve de résilience au cours de cette année tourmentée et de ce contexte particulier. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête.