Esport - LoL - Esport - League of Legends - Adam (Fnatic) : « Je sais que j'ai un parcours assez fou »

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Qualifié le week-end dernier pour les Mondiaux de League of Legends après une victoire contre G2 en play-offs du championnat d'Europe, le jeune français Adam « Adam » Maanane (toplaner, Fnatic), favori des fans tricolores, poursuit son ascension fulgurante. Il revient sur ce succès et évoque ses nouveaux objectifs.

« Il y a un an, vous jouiez en deuxième division française. Dans quelques semaines, vous participerez aux Worlds. C'est un parcours assez fou, vous le réalisez ?
Adam « Adam » Maanane :
C'est simple : il y a un an, cela faisait un mois qu'on avait perdu le match de la montée en LFL (la première division française) contre Oplon. J'étais un membre de la KCorp, je faisais mes petits streams chez mes parents, c'était le début du mercato... Mon objectif était de rejoindre la LFL en 2021, le LEC (le championnat d'Europe) en 2022. Alors me qualifier dès maintenant pour les Worlds (sourire)... Rien que jouer en LEC si tôt ce n'était pas dans mes plans ! Ça me fait plaisir, je sais que j'ai un parcours assez fou, sans doute de la chance mais j'ai aussi beaucoup travaillé. Certains ne considèrent pas ça comme un job parce qu'on joue aux jeux vidéo mais j'ai sincèrement bossé pour avoir le niveau que j'ai aujourd'hui... Que ça porte ses fruits comme ça, c'est un sentiment positif très particulier.

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Tout va très vite, mais vous semblez bien le vivre.
J'avais un peu peur avant de commencer en LEC : je me demandais ce qui allait se passer, si j'avais le niveau. Je me posais des questions : et si ça ne marche pas chez Fnatic ? Si on ne se qualifie pas pour les play-offs ? Mais non, ça ne va pas trop vite parce que je pense mériter ce qui m'arrive, mes titres... Et puis je garde la tête sur les épaules : il y a encore des Worlds à gagner (sourire). Je n'ai pas encore remporté le LEC. Je peux aller plus haut : j'ai envie de rentrer dans l'histoire du jeu, de Fnatic, faire partie de l'équipe européenne qui bat enfin l'Asie aux Mondiaux...

Ce match contre G2, vous le gagnez en cinq manches mais on a le sentiment que vous aviez la main dessus, que vous étiez l'équipe qui faisait le jeu et qu'ils sont restés dedans grâce à vos erreurs. C'est aussi votre avis ?
Peu après la fin, Bwipo (Gabriël Rau, jungler de Fnatic) a dit : « On a gagné 3-2 mais ça aurait pu être un 3-0 ». Quand on revoit le match, c'est assez vrai... La première partie était serrée mais on la donne sur une succession d'erreurs lors d'un teamfight (voir lexique). La troisième manche on avait 6 000 golds d'avance après 18 minutes et on se fait retourner après un dive sous la troisième tour alors que la deuxième est encore debout. Bon, c'est une grosse bêtise. En vérité, j'ai l'impression que nous avons retrouvé le bon niveau que nous avions pendant la saison régulière, avant que l'on s'effondre un peu à la fin. On a produit du jeu contre G2, on est content, mais je ne sais pas ce qu'il s'est passé en une semaine pour qu'on retrouve nos forces dès le match face à Misfits (vendredi, victoire 3-2 déjà). Je m'attendais vraiment à ce qu'on perde. Mais nous avons réussi à nous métamorphoser.

Vous savez ce que vous devez corriger pour la suite ?
On a conscience de nos erreurs et nos problèmes : une surexcitation quand on est devant, on tente un peu trop d'accélérer les parties, on ne joue peut-être pas assez la carte, on se concentre sur les éliminations... Nous commettons des erreurs qui se corrigent en trois secondes en réalité. C'est vraiment con d'en faire autant. Il faut travailler sur notre calme, notre discipline.

Cette rencontre face à G2 était particulière pour plein de raisons (rivalité entre les deux équipes, le perdant absent des Worlds...). Vous avez ressenti une certaine tension ?
Personnellement, avant le match j'étais comme d'habitude. Je n'ai plus aucun stress parce que j'ai confiance en mes capacités, je sais ce que je suis capable de faire. C'était un duel pour les Worlds, ça m'a boosté plus qu'autre chose. Et puis c'était Wunder (Martin Hansen, le toplaner de G2) en face, en best-of-5, j'avais envie de montrer que même si je suis un rookie il ne me fait pas peur. Je pense l'avoir montré. Ce n'est pas parce que j'affronte Wunder en LEC ou n'importe qui aux Worlds que je vais stresser. Ça va juste me pousser à me dépasser. Plus globalement l'atmosphère était très bonne, personne n'était tendu, au contraire. Ça m'a un peu surpris mais je crois que la victoire face à Misfits nous a donné beaucoup de confiance. (Il s'interrompt, puis reprend) J'ai quand même ressenti un tout petit peu de stress quand on a pris Darius en cinquième manche (rire). D'un coup, c'était pas mal de responsabilités sur mes épaules. J'ai demandé qu'on le prenne, qu'on me fasse confiance dans ce contexte, avec un champion qui n'est pas meta. Tout le monde a accepté et je les remercie pour ça.

Mais vous vous êtes momentanément dit : « Oula, qu'est-ce que je viens de faire » ?
Exactement (rire). Quand Darius a été verrouillé, je n'étais pas bien. Je me suis d'abord senti chaud, capable de tout faire, dans « la zone », et cette sensation est redescendue très vite ! Mais ce n'était pas un choix inconsidéré. Je devais jouer Sett, G2 l'a banni. C'était une bonne décision, je savais que ça allait marcher.

Malgré votre parcours, ces matches à haute pression, on vous sent très calme. Comment l'expliquez-vous, alors que vous stressiez un peu il y a encore quelques mois ?
J'ai beaucoup travaillé mon mental. Tout est parti de cette défaite contre BDS en LFL au printemps, quand je jouais encore pour la Karmine Corp. On a perdu ce match à cause de moi et d'un excès de confiance de ma part. Depuis, je n'essaye pas d'effacer mon assurance mais de faire en sorte qu'elle ne me perturbe pas. Cette défaite m'a fait comprendre que certaines émotions négatives pouvaient entraver mon style de jeu. Je ne veux plus les vivre, elles sont un frein. Aujourd'hui ce travail sur mon mental et ma détermination font que rien ne me stresse. Je veux aller aux Worlds en conservant cet état d'esprit contre DAMWON (les champions du monde en titre) ou Faker (midlaner sud-coréen de T1, considéré comme le meilleur joueur depuis la création du jeu). Il y aura peut-être une petite pression supplémentaire, mais ça n'affectera pas ma façon de jouer.

Forcément on parle des Mondiaux, mais le LEC n'est pas terminé et vous jouerez contre Rogue en demi-finale samedi...
Comme contre G2, nous aurons toutes nos chances. Rogue me semble moins fort que pendant la saison régulière et nous devons abuser de leurs faiblesses, en mid-game notamment. Si on joue au niveau qui était le nôtre ce week-end, j'ai confiance. Maintenant, il faut que l'on redescende après ce qui vient de se passer.

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En cas de succès, MAD Lions attend déjà en finale. C'est l'équipe la plus impressionnante d'Europe en ce moment pour vous aussi ?
MAD est très propre, c'est la meilleure équipe d'Europe, leur groupe a une synergie unique. Mais il y a un monde où nous pouvons les déstabiliser en jouant de manière très agressive en début de partie et en réussissant notre transition vers le mid-game.

Où se situe votre objectif aujourd'hui ? Un titre en LEC ? Vous pensez plus aux Worlds ?
Là, maintenant, je préférerais être performant aux Worlds plutôt qu'en LEC. J'ai très envie de remporter ce titre bien sûr mais comme ce n'était pas mon objectif de la saison, je ne serai pas triste en cas de défaite ce week-end, tant que je donne le meilleur de moi-même. En être là aujourd'hui, c'est déjà incroyable... Par contre je serais déçu si l'on sort dès la phase de groupes des Worlds, par exemple. Je veux aller chercher un quart, une demi-finale, parce que c'est là qu'on affronte les meilleurs du monde et qu'on progresse. En jouant contre T1, DAMWON, FPX...

Vous voulez vous bagarrer avec les Nuguri, Khan, Canna (toplaners des meilleures équipes asiatiques)...
C'est ça. Je veux voir des nouvelles têtes (sourire) !

Maintenant, vous avez déjà précisé plusieurs fois que celui qui vous a inspiré, c'est Alderiate (un streamer français). Vous pensez qu'il est fier de vous aujourd'hui ?
(rire) Je pense oui ! J'ai joué Olaf top contre G2 en faisant la Lame du Roi Déchu en premier, au lieu de jouer la sécurité pour avoir une phase de lane tranquille. Je suis les conseils du grand Alderiate pour lui rendre hommage : la toplane c'est la bagarre avant tout et c'est lui qui m'a appris ça. »

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