Esport - LoL - Esport - League of Legends - Striker (Karmine Corp) : « Nous ne sommes pas rassasiés »

L'Equipe.fr
·10 min de lecture

Après la victoire dimanche contre BT Excel (3-1) et du titre européen de la Karmine Corp sur League of Legends, le coach Yanis « Striker » Kella revient sur la performance de son équipe et la suite de la saison après ce succès. Il est presque 23h30 dimanche soir quand Yanis « Striker » Kella décroche, un peu plus d'une heure seulement après le titre européen de la Karmine Corp sur League of Legends. Le coach de cette équipe qui vient de réaliser le doublé LFL - European Masters en un mois a laissé retomber la pression avant de revenir sur le parcours fulgurant de sa formation ces derniers mois, mais aussi le sien au sein d'un club qui s'est imposé en quelques mois à peine comme un incontournable de la scène européenne. Et ce n'est probablement qu'un début. lire aussi Esport - League of Legends : la Karmine Corp remporte les European Masters

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« On sentirait presque plus de soulagement que de joie chez vous, après ce titre.
Les sentiments sont un peu mélangés c'est vrai. Je n'ai pas explosé comme après la victoire en LFL. Cinkrof (Jakub Rokicki, le jungler) me disait ça également après le match, ce n'est pas la même joie. Plus une sorte de soulagement, oui. Ça montre aussi qu'avec le groupe on se voyait comme une équipe qui allait gagner. Le travail est fait. Ça se transformera sans doute en euphorie dans les heures à venir (sourire). Dans quel état d'esprit avez-vous abordé cette finale ?
Confiant, je pense. Plus qu'en demi-finales, parce qu'on avait déjà joué contre BT Excel en phase de groupes et ça s'était bien passé. On connaissait mieux cette équipe qu'UCAM. Il y avait tout de même un peu de stress parce que nous étions considérés comme favoris. Psychologiquement, tu peux te mettre à jouer pour ne plus perdre au lieu de gagner. Ça peut être mauvais, si tu perds ta proactivité, si cela affecte ta prise de décision en teamfights(voir lexique ci-contre). Après la perte de la première manche, on a tout de même senti le besoin de se remobiliser. Ça n'a pas été très compliqué parce qu'on avait cette partie en poche, on l'a offerte, de fait on restait confiant sur nos capacités. Il ne fallait simplement pas perdre notre agressivité. 300 000 C'est le pic d'audience enregistré sur la chaîne Twitch d'OTP, diffuseur français de la finale, ce dimanche soir. Pourtant, la deuxième manche aurait pu basculer en faveur de BT Excel.
Elle ressemblait un peu à la première, mais on avait un peu plus d'outils pour aller chercher la Jinx (voir lexique) en face. Ce qui nous avait fait défaut en ouverture. Ça a été difficile, la partie était serrée, mais nous n'avons pas eu peur. On a su rester focalisés sur le fait de trouver des ouvertures sur ce champion. Quand on parvenait à en saisir, on appuyait. Avant la quatrième manche, j'ai un peu haussé le ton tout de même sur certains points parce qu'on commettait des erreurs bêtes. On ne jouait pas suffisamment en équipe, ce qui nous faisait perdre le tempo. Avez-vous été surpris par le niveau de votre adversaire ?
Honnêtement, non. On se disait qu'on évoluait nous-mêmes à un niveau suffisamment élevé pour battre cette équipe. Je n'ai pas ressenti un gros changement dans leur façon de jouer. Ils ont un style assez passif et même si nous n'avons pas été si bons que ça pour le respecter, individuellement on avait des meilleurs joueurs. Si on était à égalité numérique dans les teamfights, il y avait peu de chances de les perdre. C'était à nous de créer le jeu, si on a tremblé c'est parce qu'on prenait des initiatives alors qu'on était en sous-nombre.

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Qu'avez-vous pensé de la performance de Lucas « Saken » Fayard dans cette rencontre ? C'est un collectif, mais il a semblé survoler les débats.
Il a évolué à un sacré niveau. Il fait une excellente saison, mais sa finale est celle d'un très grand midlaner, en jouant des champions qui n'ont rien à voir à chaque fois : Twisted Fate, Corki, Akali, Renekton... Il m'impressionne par sa justesse, il est confiant peu importe ce qu'il doit jouer. C'est le plus fou avec lui : il montre un niveau de maîtrise incroyable avec tout ce qu'il a entre les mains. On a senti pas mal d'émotion dans la voix de Raphaël « Targamas » Crabbé dans son interview d'après match, sur OTP : comment ça s'est passé en vocal après le match (les joueurs de la KCorp jouent chacun depuis chez soi, à distance) ?
Les European Masters sont particuliers pour Targamas. Il avait déjà remporté la LFL, mais cette compétition, c'est une première. Il était ému, heureux, très fédérateur à la fin. Il a kiffé travailler avec tout le monde et il aimerait que ça continue comme ça. On a pris le temps de se congratuler, on s'est aussi mis d'accord pour cet été, de rester transparents les uns envers les autres, d'échanger sur les différentes propositions que pourraient recevoir les joueurs pour qu'on puisse naviguer. Dans l'idéal, on voudrait continuer ensemble pour faire quelque chose de grand sur une saison entière. On verra. J'apprécie beaucoup travailler avec eux. J'ai aussi rapidement échangé avec Kameto depuis OTP, c'était très positif. On a la chance d'avoir des individualités dingues qui jouent les uns pour les autres, évoluent ensemble, aiment cela. Je pense que ça se ressent.

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Finalement, vous êtes champions de France et vainqueurs des European Masters sans jamais avoir travaillé physiquement tous ensemble...
J'ai vu le staff, Saken et Adam (Adam Maanane, le toplaner) lors du media day de la LFL et c'est tout (rires). Targamas, Cinkrof, xMatty (Matthew Charles Coombs, l'adc), je ne les ai jamais rencontrés physiquement. C'est particulier ! Avoir des stages en début d'année et ponctuellement au fil de la saison, ça aurait été un plus : on aurait pu briser la glace plus rapidement, tisser des liens... Mais travailler comme cela a aussi ses avantages : après l'entraînement, chacun peut se concentrer sur sa vie perso, son cercle social à lui. C'est important. Dans les moments de stress, de déception, c'est bien de pouvoir compter sur quelque chose qui n'est pas l'équipe. Je suis quand même curieux de voir Adam et Cinkrof ensemble, en vocal ils sont comme chiens et chats, toujours à se vanner. Vous attendez impatiemment de vous voir, non ?
Bien sûr ! On aura déjà deux titres, c'est dingue (rires). Le fait d'avoir gagné la LFL et les European Masters remet en cause certains modèles de présentiel, on doit y réfléchir. Mais il est certain que vivre en groupe ce moment de joie en particulier, ça aurait été exceptionnel. Yanis « Striker » Kella, coach de la Karmine Corp « Jouer offline sera complètement différent, surtout avec le soutien des ultras. J'étais à la finale des Worlds 2019 à Paris. Vivre l'esport comme ça, en tant que spectateur, c'est déjà quelque chose de complètement différent par rapport à chez soi. Alors en tant qu'acteur, avec ces fans-là, je n'ose pas imaginer... » On parle souvent de la progression des joueurs, est-ce que vous pouvez nous parler de la vôtre, en tant que coach, de la Division 2 il y a un an à ce titre européen ?
Je pense m'être amélioré en termes de connaissances pures, bien sûr. Plus tu participes à des entraînements, observe des situations, plus tu progresses. Mais ma plus grande évolution concerne ma conception de ce qui est important en tant que coach. En début de saison, je voulais essayer d'être omniscient et de partager un maximum d'informations avec les joueurs sur des concepts de jeu. Aujourd'hui, je suis convaincu que le plus important si tu veux faire progresser une équipe, c'est la répétition. C'est difficile d'isoler des aspects du jeu : au football, quand tu t'entraînes, tu fais des passes, tu crées des situations devant le but, tu fais des toros pour la gestion de l'espace... Sur League of Legends, tu ne peux pas segmenter les choses comme cela. C'est frustrant, quelque chose auquel je pense depuis longtemps. Si tu ne peux pas le faire par l'action, le coach doit devenir un outil pour isoler et insister sur des schémas de jeu dans les retours faits aux joueurs. Je rabâche de plus en plus ce que je pense être essentiel afin qu'ils le comprennent eux aussi. Vous accordez une place importante à l'humain également ?
Oui, mais ça dépend des périodes. C'est un équilibre à trouver : quand tu es dans une bonne dynamique sur la partie technique, tu dois changer un peu de rôle et donner plus de place à l'humain. On en a parlé avec Rehareha « Reha » Ramanana (son adjoint) : quand tu as installé tes points de vue, tes concepts, que les joueurs les maîtrisent de plus en plus, qu'est-ce qui peut te faire perdre pied ? Un manque de cohésion, l'excès de confiance. Ces derniers jours, j'avais plus un rôle de médiateur, je faisais attention à ce que tout le monde aille bien, reste motivé. Rayane « Shanky » Kheroua (le directeur sportif du club) a bien aidé aussi. Mais mon gros focus et le rôle principal d'un coach restent tout de même l'utilisation de l'outil League of Legends.

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Qu'est-ce qu'on vise maintenant qu'on a tout gagné ? Garder la motivation, rester sur le haut de la vague, vous le voyez comme un défi ?
Non. Ce qu'on a fait est très bien mais si on peut avoir plus, pourquoi pas ? On a une très bonne équipe, on veut faire le grand chelem. Il y a toujours des choses à aller chercher, nous ne sommes pas rassasiés. Même d'un point de vue personnel, j'ai encore beaucoup à apprendre sur la gestion du jeu, d'un effectif. La situation est aussi spéciale pour moi parce que j'ai un travail à côté, j'ai posé deux semaines pour les European Masters (rires). À terme, j'aimerais m'engager à 100 % dans mon travail de coach, j'ai même hâte de le faire. Il y a aussi le retour des compétitions physiques dans le viseur. Jouer offline sera complètement différent, surtout avec le soutien des ultras. J'étais à la finale des Worlds 2019 à Paris. Vivre l'esport comme ça, en tant que spectateur, c'est déjà quelque chose de complètement différent par rapport à chez soi. Alors en tant qu'acteur, avec ces fans-là, je n'ose pas imaginer... » Lexique Toplaner, jungler, midlaner, adc, support : les cinq postes dans une équipe sur League of Legends
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