Esport - LoL - Esport - League of Legends : Worlds, les raisons d'un maintien inattendu

L'Equipe.fr
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La finale des Mondiaux de League of Legends commencera à 11h ce samedi, à Shanghai. La conclusion d'une compétition qui aurait pu ne pas voir le jour, maintenue dans un contexte et des conditions difficiles, mais qui prouve tout l'intérêt porté à l'esport par la Chine.

Après plus d'un mois de compétition les Mondiaux de League of Legends s'achèvent ce samedi à Shanghai. Les Chinois de Suning, surprise de la compétition, affrontent à domicile le seul favori qui a assumé son statut : DAMWON (Corée du Sud). Pour cette finale les deux équipes joueront dans le Stade de football de Pudong, enceinte toute neuve qui sera inaugurée à cette occasion, et en public. Une première cette année puisque ces Worlds se sont déroulés jusque-là à huis clos, dans une sorte de bulle sanitaire adaptée, « proche de celle de l'US Open », mais assez ouverte - parce que la situation le permet - pour que l'on voie régulièrement les joueurs en balade dans les rues de la ville.

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Ce Suning - DAMWON sera le point final d'une saison particulière, évidemment bousculée par la pandémie mais qui aura montré la résilience de l'esport et ses capacités d'adaptations, liées aux caractéristiques propres de la discipline. Initialement, cette dixième édition dans un pays friand de sport électronique devait être un grandiose anniversaire pour League of Legends. « On va considérer ces Worlds comme d'autres grandes compétitions organisées en Chine, les sortir du cadre de l'esport », confiait Jin « Bobby » Yibo, co-PDG de TJ Sports (qui gère l'esport sur le jeu en Chine) après la finale remportée par ses compatriotes de FunPlus Phoenix l'an dernier à Paris. Mais on a longtemps cru qu'elle n'aurait pas lieu.

L'esport, « sport digital » au statut particulier
Avec des calendriers bouleversés, des championnats suspendus, disputés en ligne, un Mid-Season Invitational annulé ou encore des déplacements internationaux perturbés, il paraissait cet été très improbable de voir ces Mondiaux maintenus. Finalement, dans la nuit du 31 juillet au 1er août, Riot Games officialisait la tenue de l'événement, à Shanghai uniquement. Une petite surprise, surtout après l'annulation début juillet de la plupart des rendez-vous sportifs internationaux de l'année (F1, tennis...) par l'administration générale des sports chinois, qui a reconnu l'esport comme un sport dès 2003 (bien avant les avancées positives du CIO). Et les Worlds font venir des joueurs des quatre coins du globe...

« Mais l'esport entre dans une catégorie particulière, qu'on peut appeler « sport digital », explique Wensen, responsable du développement de l'esport pour la branche chinoise de Riot Games. Chaque sport a des caractéristiques propres et des conditions différentes qui lui sont imposées pour organiser un événement. La compétition a été approuvée par le gouvernement de Shanghai, qui nous a soutenus et avec qui nous discutons fréquemment, en accord avec la politique locale de lutte contre la pandémie. » Finalement, seules les équipes vietnamiennes qualifiées n'ont pas pu se rendre en Chine à cause de restrictions. Venues du Brésil, des États-Unis ou de l'Europe, les 22 autres étaient bien là.

L'importance de Tencent
« Je ne pense pas qu'il y a un autre endroit au monde aujourd'hui où nous aurions pu organiser cette compétition », lançait ce jeudi le Français Nicolo Laurent, PDG de Riot Games, en conférence de presse d'avant finale. Tout juste sorti de deux semaines de quarantaine éprouvantes, entamées à son arrivée dans le pays - passage obligatoire, avant lui, pour toutes les équipes qui participaient à la compétition -, il n'a probablement pas tort. « Si l'on compare avec d'autres sports il y a peu de contacts entre les gens dans l'esport, Shanghai est une ville où la pandémie est contenue et veut devenir la capitale mondiale de la discipline (elle voulait d'ailleurs accueillir l'édition 2020 de The International, les Mondiaux de Dota 2 ; un projet finalement rejeté par Valve, l'éditeur du jeu), enfin Tencent a beaucoup oeuvré avec le gouvernement pour maintenir l'événement », détaille Weichen, journaliste spécialisé dans l'esport pour le média Titan Sports.

Ce dernier point est important. Géant des télécommunications en Chine, propriétaire, entre autres, de WeChat et QQ, deux applications de messagerie très utilisées (un euphémisme), Tencent est la maison mère de Riot Games, qui développe League of Legends. Son influence est massive. « C'est l'une des plus grosses entreprises chinoises, poursuit Weichen. Ils ont des filiales dans toute l'industrie d'Internet. Que ça soit dans les relations avec les gouvernements ou dans la communication, Tencent aide les événements liés à League of Legends ».

Une source de fierté
En poussant la diffusion des compétitions via ses multiples réseaux, Tencent est clairement l'un des responsables de la popularisation de l'esport en Chine et tout particulièrement sur « son » jeu. « Beaucoup d'écoles et universités retransmettent les Mondiaux sur des écrans géants, assure le journaliste de Titan Sports. La LPL (le championnat chinois de League of Legends) est la troisième compétition la plus importante du pays derrière la ligue de football et celle de basket. C'est devenu un mode de vie pour les jeunes. Beaucoup regardent les compétitions, en parlent dans la rue... Les stars du jeu ont une vraie influence ». Un exemple parmi d'autres : le Chinois Jian « Uzi » Zi-Hao, l'un des meilleurs joueurs de League of Legends - aujourd'hui retraité - avait été désigné personnalité de l'année sur Weibo (le « Facebook » chinois) en 2019.

Ce même Uzi avait aidé la Chine à remporter le tournoi LoL, alors discipline de démonstration, des Jeux Asiatiques en 2018. Une victoire qui « avait été beaucoup relayée dans le pays, comme l'affirmation d'une grande nation alors qu'on attendait plutôt un succès de la Corée du Sud, explique Martin « Krok » Berthelot, commentateur français spécialiste de la LPL. L'esport est un axe de fierté pour la Chine ». Parce que le sport électronique lui permet de s'afficher tout en haut d'une scène internationale encore naissante et en pleine croissance. « Les jeunes sont fiers des résultats des équipes chinoises », confirme Weichen, pour qui les Mondiaux de League of Legends en 2017, avec une finale au coeur d'un Nid d'Oiseau de Pékin à guichets fermés, ont aussi grandement aidé à populariser l'esport.

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Un retour en Chine en 2021
Cette émulation autour de la discipline, combinée à la volonté de Shanghai de s'affirmer comme sa capitale mondiale, aux intérêts évidents de Tencent et une situation sanitaire visiblement maîtrisée ont clairement favorisé le maintien de la compétition en Chine. Un pays qui semble miser de plus en plus sur le sport électronique pour affirmer sa puissance. « En utilisant ces Worlds comme catalyseur, nous nous attendons à ce que l'événement promeuve le développement de toute l'industrie de l'esport et augmente l'influence de la discipline sur League of Legends, en Chine et ailleurs dans le monde », affirme d'ailleurs Wensen, de Riot Games Chine.

Finalement, malgré les concessions, cette dixième édition des Mondiaux s'est déroulée à peu près normalement. Si elle s'achèvera ce samedi dans des conditions qu'on devine éloignées des plans initiaux, tant pis, ils ont été reportés à 2021. La Chine y tient.