Esport - LoL - Esport - League of Legends : en LEC, Vitality n'y arrive toujours pas

L'Equipe.fr
·7 min de lecture

Dernier du championnat d'Europe de « League of Legends » avec une victoire en neuf matches, le club français Vitality cherche des solutions pour sortir d'une crise qui dure depuis plus d'un an.

Le week-end passé ressemblait à celui de la dernière chance pour Vitality dans ce spring split du championnat d'Europe de League of Legends (LEC). En queue de classement avec une petite victoire en sept matches, le club français affrontait un duo d'adversaires à sa portée dans la course aux play-offs et pouvait se relancer. Mais deux sévères défaites ont désintégré les ultimes espoirs de l'équipe à l'abeille, à nouveau enfoncée dans une crise de confiance, de résultats et désormais organisationnelle qu'elle espérait avoir laissée derrière elle.

lire aussi
Esport - League of Legends : G2 remporte le choc contre Rogue, les résultats de la semaine en LEC

Plus d'une année de difficultés
Car les difficultés de Vitality cette année prennent leur source début 2020 : des problèmes dans l'obtention de visas avaient condamné les ambitions dès l'entame du segment de printemps, achevé avec un lourd bilan (2 victoires, 16 défaites). Ces débuts catastrophiques avaient forcé le club à très vite se projeter sur 2021 et les bases de l'effectif actuel ont été posées au cours d'un summer split encourageant (7 victoires, 11 défaites).

Le fait d'avoir gardé l'ossature de l'équipe (quatre joueurs sur cinq) et surtout les premiers bons résultats à l'entraînement poussaient d'ailleurs plutôt à l'optimisme pour cette nouvelle saison. Même si le cinq de départ jeune (19 ans de moyenne d'âge), inexpérimenté (une vingtaine de matches au plus haut niveau maximum) et en manque de leadership identifié appelait à rester prudent.

Tous ces défauts potentiels sont devenus des problèmes bien réels dès le premier week-end de compétition. Contre Schalke 04, Misfits et Astralis, trois opposants que Vitality pensait surclasser, le club français n'a gratté qu'une victoire. Et malgré des initiatives intéressantes dans le jeu (un early game maîtrisé notamment), les deux défaites ont eu l'effet d'une gifle qui a trop rapidement plongé des joueurs - qui n'ont pas réussi à transposer leur bonne attitude à l'entraînement en match officiel - dans le doute.

« Il y a clairement eu un effondrement mental, regrettait Louis-Victor « Mephisto » Legendre, coach adjoint, samedi soir. Le fait d'avoir manqué d'asséner le coup final dans deux des trois parties a eu un effet négatif sur les joueurs. Mais si, pour éviter de terminer le segment avec une seule victoire, tu dois obligatoirement commencer ta saison par trois succès... »

lire aussi
Esport - League of Legends - Duke : « On sait qu'on peut bien jouer »

Cette crise de confiance s'est amplifiée les deux semaines suivantes : deux revers secs contre G2 et Fnatic, deux de plus sans démériter face à Rogue et MAD Lions (le Top 4 supposé de la ligue) avec encore le schéma « bon early, plus grand-chose après la 15e minute », et voilà Vitality scotché à la dernière place, à l'arrêt. « Quand on se voit dans le bas du tableau aujourd'hui, on se demande pourquoi, soufflait Hadrien « Duke » Forestier, le coach, début février. Et quand tu te rates, tout le monde surfe dessus pour en rajouter et dire que tu es nul. »

Une faillite collective
Pourtant, ces joueurs ont du talent. Ils l'ont tous déjà montré. Mais suffisamment pour le LEC ? Trop tendres, démobilisés et sans voix forte pour les remettre dedans, les lacunes sont criantes : erreurs mécaniques, teamfighting défaillant, choix douteux, mauvaise coordination... Personne ne clique où il faut et, plongée dans une spirale négative, l'équipe joue à reculons. « C'est difficile et on ne voit pas de révolte », soupire Mephisto. Après chaque match, les têtes sont basses.

Mais si les joueurs ne sont clairement pas au niveau attendu, la faillite semble collective. En interne, le staff est pointé du doigt non pas pour ses connaissances stratégiques ou ses drafts, mais pour son manque de gestion humaine qui impacterait négativement la cohésion du groupe et sa confiance, notamment après les défaites. « Ça manque peut-être d'un autre type de coach dans l'encadrement, qui soit plus dans le relationnel », confie un proche des joueurs.

C'est simple : cette équipe ne donne pas l'impression aujourd'hui d'en être une. Elle est le collage d'individualités intéressantes prises indépendamment les unes des autres mais, en l'état actuel, ça ne marche pas : il manque trop de choses. Une conséquence, aussi, d'une suite de mauvais choix sur League of Legends d'un club qui a su trouver les bonnes formules sur Counter-Strike ou Rocket League.

Vitality aurait d'ailleurs pu avoir un visage différent après le dernier mercato, qui a vu l'expérimenté toplaner Lucas « Cabochard » Simon-Meslet, loin de son niveau l'an dernier mais en rupture avec le staff, laisser sa place à Mathias « Szygenda » Jensen, un rookie à la peine pour le moment.

Luka « Perkz » Perkovic (parti chez Cloud9) a été sondé, Andrei « Odoamne » Pascu (aujourd'hui chez Rogue) espéré. Puis le pari a été fait de miser sur la jeunesse et son potentiel en renforçant l'encadrement (avec un psychologue du sport, notamment). Un choix perdant pour l'instant, malgré un optimisme initial qui ressemble aujourd'hui à un excès de confiance.

Quelle direction ?
Avec une victoire pour sept défaites et une phase retour qui débutera par quatre nouveaux matches contre le carré magique du LEC (Fnatic, Rogue, G2 puis MAD Lions), difficile d'imaginer une remontée fantastique en deuxième partie de segment. Et les fans, eux, s'impatientent. S'il est difficile de savoir si Vitality va s'obstiner ou non dans cette formule qu'on a du mal à voir fonctionner, une amorce de virage a été entamée il y a une semaine avec le remplacement du Grec Markos « Comp » Stamkopoulos (mis sur le banc) par Juš « Crownshot » Marušic sur la botlane. Une « opportunité de marché » qui ne remet pas en cause le talent du premier, le Slovène pouvant simplement apporter un surplus d'expérience et de leadership qui manquent à l'équipe. L'électrochoc n'a pas eu lieu le week-end dernier, mais l'ancien adc de SK Gaming vient d'arriver.

lire aussi
Bruno Martini : « Quand on entend le nom Vitality aujourd'hui, on écoute »

En réalité la saison est encore longue et Vitality peut se relever de ces débuts difficiles. Cela passera par une remise en question collective, laisser du temps aux talents pour se développer et se faire au LEC... ou d'autres changements (de joueurs, dans le staff ?). La rotation ne devrait pas provenir de la réserve, actuelle deuxième ex aequo de la LFL, le championnat de France. L'an dernier, elle avait subi de plein fouet les problèmes de l'équipe fanion. Les choses devraient se passer différemment cette fois. Tout juste intronisé au poste de manager général en charge de la performance, Bruno Martini connaît son premier chantier. Son expérience de champion du monde de handball et au PSG sera la bienvenue.

lire aussi
Esport - League of Legends : suivez les résultats du LEC en direct

Fabien « Neo » Devide, fondateur et président de Vitality : « Nous sommes extrêmement déçus des performances en LEC. Plus d'un an après avoir choisi de construire autour ce roster, nous sommes bien en deçà des attentes. Malheureusement, l'équipe ne parvient pas encore à transposer en match les bonnes performances affichées à l'entraînement. À date, il nous manque le liant qui permettrait de faire ressortir le potentiel de nos jeunes joueurs. Vitality a entendu la déception des supporters. Nous la partageons. Nous avons mis en place et continuons de développer un staff global, encadrant, pour atteindre nos objectifs, que l'on garde ambitieux. Vitality continue d'investir aussi bien sur le plan humain, que financier. Nous serons à nouveau une top team en LEC. »