Esport - LoL - Esport - League of Legends - Rekkles : « J'ai un héritage à défendre »

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Multiple champion d'Europe de League of Legends, star de l'esport sur le continent, le Suédois Martin « Rekkles » Larsson a rejoint la Karmine Corp en France au terme d'un mercato difficile à vivre. Il se livre dans une interview fleuve. Première rencontre avec les supporters de l'équipe, approche de sa discipline, son précédent club G2, parcours, style de jeu, coéquipiers, ambitions, déceptions, mercato... Suite et fin du long entretien avec Martin « Rekkles » Larsson, star de l'esport européen sur League of Legends et nouveau joueur du club français de la Karmine Corp. lire aussi Esport - League of Legends - Rekkles : « Avec la Karmine Corp, aujourd'hui, je suis heureux » « Comment abordez-vous cette saison ? Vous êtes toujours considéré comme l'un des meilleurs joueurs d'Europe et vous voir évoluer en LFL (le championnat de France), un étage en dessous de l'élite continentale, paraît toujours étrange pour beaucoup. Vous voulez prouver votre valeur à nouveau ?
Je n'ai pas le sentiment d'avoir à prouver quoi que ce soit. Je ne pense pas avoir connu une mauvaise saison en 2021. J'ai ma part de responsabilité dans l'échec, mais ce n'était pas un problème individuel. D'ailleurs, pour quasiment toutes les autres équipes cette année aurait été considérée comme bonne. Aujourd'hui, la chose la plus importante à mes yeux est de gagner à nouveau. Ce sentiment me manque. Quand vous terminez deuxième, ce qui m'est arrivé souvent, ou même troisième, quatrième, vous avez le sentiment que quelque chose ne va pas. Si vous gagnez, vous avez l'impression que le temps passé à l'entraînement, loin de votre famille, les sacrifices, tout ça valait le coup. Je veux retrouver cette sensation.

Vous êtes quelqu'un d'assez émotif : vous évoquiez 2017 et Paris, il y a eu Athènes aussi où l'on vous a vu très touché... Ces défaites ont été difficiles à vivre. Quel impact ont-elles sur vous ?
C'est vrai. Gagner est le plus important pour moi et la dernière fois que ça m'est arrivé, c'était en 2018. Alors 2022 doit être synonyme de victoire. Mais je ne peux pas seulement le souhaiter. Je vais travailler tous les aspects de la performance et peut-être, seulement peut-être, que ça arrivera. Je dois faire de mon mieux. En 2021 ça ne s'est pas joué à grand-chose, à quelques détails près l'histoire aurait été complètement différente. Et remporter une récompense individuelle sans gagner en équipe n'a aucun sens pour moi. Au printemps dernier, après l'élimination contre Rogue (voir lexique) en play-offs j'ai reçu le titre de meilleur joueur du LEC (le championnat d'Europe). J'étais si gêné... Normalement, vous devriez vous sentir fier dans ce genre de moment. Mais je n'avais pas envie d'être là, de récupérer ce trophée. C'était horrible à vivre. Vous avez ce qu'il faut pour gagner aujourd'hui, au sein de votre nouveau club ? Parce qu'il y a quelque chose d'intéressant à constater : vous avez rejoint G2 l'an dernier, une équipe qui gagnait, mais la Karmine Corp est dans le même cas. À un étage inférieur, certes, mais il y a de l'attente.
Je pense avoir eu ce qu'il fallait pour gagner chaque année. Sauf en 2016 chez Fnatic peut-être, avec beaucoup de changements dans l'équipe, des soucis au fil de la saison. L'an passé nous avions une organisation parfaite pour nous imposer, il a manqué des détails. Je pense bénéficier de la même chose ici. 4 Comme le nombre de titres de champion d'Europe de Rekkles, tous remportés avec Fnatic. Quel regard portent vos nouveaux coéquipiers sur vous ?
J'ai l'impression qu'ils me respectent encore un peu trop ! Ils m'écoutent, peu importe ce que je dis, et ils ne devraient pas (sourire). C'est un peu l'inverse de chez G2, où j'avais du mal à me faire entendre parce que j'ai entamé l'année en pensant que j'étais inférieur à mes partenaires. J'aimerais trouver un bon équilibre, comme quand je jouais pour Fnatic. Ici, c'est mieux s'ils ne voient pas comme une sorte de créature divine, je suis comme tout le monde. Le fait d'avoir Cabochard (Lucas Simon-Meslet, toplaner de la Karmine Corp) à vos côtés, qui a une certaine expérience lui aussi, peut vous aider ?
Totalement. C'est important qu'il soit là. Si j'étais le seul vétéran, les choses seraient trop déséquilibrées. Cabochard est déjà le capitaine, c'est bien. Martin « Rekkles » Larsson « Mon objectif reste de retourner en LEC le plus vite possible, oui. 2023 sera la prochaine opportunité pour moi. J'aimerais y revenir avec la KCorp si possible, mais ce n'est pas de mon ressort. Je suis heureux à l'idée de jouer en LFL, j'ai hâte de découvrir un nouvel environnement, voyager, comme à Nice par exemple en février, disputer les European Masters j'espère... Mais j'aimerais faire mon retour en LEC. J'ai un héritage à défendre, individuellement » D'un autre côté, Hantera, avec qui vous allez jouer sur la botlane (voir lexique), est jeune. Il devait évoluer avec un autre joueur inexpérimenté et finalement il doit faire avec vous. Comment le sentez-vous ?
Je crois qu'il me respecte encore un peu trop (sourire). Il a son propre style de jeu, je le croise depuis un moment en solo q, c'est un bon joueur. Il doit prendre les retours que je lui fais mais aussi penser par lui-même, décider de garder certaines choses et d'en écarter d'autres. Avec le temps nous serons meilleurs ensemble. Il veut apprendre. C'est important, pas seulement parce qu'il est mon support, mais c'est essentiel de s'écouter dans une équipe. Que pensez-vous des fondateurs de la Karmine Corp, Kameto et Prime (Kamel Kebir et Amine Mekri) ? Le premier était fan de vous il y a deux ans... C'est toujours le cas mais aujourd'hui il a son club et vous êtes l'un de ses joueurs.
(rires) C'est étrange et génial à la fois parce qu'ils font partie de l'équipe. Chez Fnatic par exemple, les bureaux étaient à Londres et toute la branche League of Legends à Berlin. Nous n'avions pas tellement de connexions avec les gens en dehors de l'effectif et du staff. C'était plus le cas chez G2 et c'est un sentiment très appréciable. Vous voyez tous ceux qui travaillent pour l'organisation, tous les jours. Avec Kameto et Prime, nous échangeons normalement, la relation est saine. Ce n'est pas du genre « vous me payez et je fais le job ». C'est plus personnel. Vous avez exprimé le fait de vouloir rejouer en LEC. Avec ou sans la Karmine Corp ?
Mon objectif reste de retourner en LEC le plus vite possible, oui. 2023 sera la prochaine opportunité pour moi. J'aimerais y revenir avec la KCorp si possible, mais ce n'est pas de mon ressort. Je suis heureux à l'idée de jouer en LFL, j'ai hâte de découvrir un nouvel environnement, voyager, comme à Nice par exemple en février, disputer les European Masters j'espère... Mais j'aimerais faire mon retour en LEC. J'ai un héritage à défendre, individuellement. Vous voulez créer quelque chose de spécial avec ce nouveau club ?
Complètement. J'ai le sentiment qu'ils sont prêts à m'offrir tout ce dont j'ai besoin, je veux faire pareil pour eux. Il n'y a aucune bonne raison aujourd'hui pour moi de ne pas aller en LEC avec la Karmine Corp, sauf s'ils n'y trouvent pas leur place (le LEC est une ligue fermée). D'autant plus qu'à chaque fois que j'ai changé d'équipe, l'expérience n'a pas été grandiose, j'aimerais que ça s'arrête (sourire). Peut-être que j'ai été trop cupide dans ma volonté de m'imposer. J'ai rejoint Elements (en 2015) pour gagner plus. C'était pareil pour G2... Mais quand vous rejoignez G2, c'est l'équipe championne d'Europe et vous êtes l'un des meilleurs joueurs du continent. Ça a du sens.
Oui et je ne regrette rien. Mais chez Fnatic, j'avais une super équipe, avec d'excellents joueurs, une super organisation. Je voulais gratter un pour-cent ou deux. Et ça ne vaut pas le coup. lire aussi Karmine Corp, l'équipe qui enfièvre l'esport

La Karmine était une équipe au style de jeu agressif l'an dernier. Chercherez-vous à faire évoluer votre façon de jouer ?
J'ai l'impression qu'à mon poste il est difficile de prendre des initiatives. Lors des séances vidéo, je peux donner mon avis mais ce rôle est conçu pour suivre. J'ai été un joueur agressif dans certaines équipes, passif avec d'autres... Les deux styles me conviennent, je dois simplement m'adapter. C'est ainsi que je conçois le poste d'adc aujourd'hui. Maintenant, je dirais qu'aujourd'hui, après avoir observé les meilleures équipes internationales, jouer de façon agressive est la façon de faire la plus efficace. Au moins pendant les 14 premières minutes, parce qu'il y a trop de gold (voir lexique) sur la carte pour lequel se battre. Dragons, hérauts de la faille, plaques de tours... Il faut batailler pour tout. Après 14 minutes, il y a plus d'options. On peut échanger des objectifs, jouer une partie plus lente... La nature du jeu va donc me forcer à être plus agressif. J'aimerais aussi évoluer sur des champions qui peuvent carry. Je jouais comme un « soutien » en 2020 avec Fnatic et Selfmade (Oskar Boderek, aujourd'hui chez Vitality) dans la jungle. Pareil en 2021 chez G2, avec le sentiment que je ne pouvais pas être celui qui faisait gagner l'équipe, à tort. Cette année, Tristana sera un bon champion pour moi, Jinx aussi, j'aimerais pouvoir prendre Vayne, même Draven... Tout ce qui fait des dégâts. Senna, Jhin, Sivir sont des personnages de soutien. Nous avons échangé avec Hans sama (Steven Liv, adc français aujourd'hui en Amérique du Nord) après les Mondiaux et il expliquait être très impressionné par Viper (Do-hyeon Park champion du monde avec les Chinois d'EDG) et Gumayusi (Min-hyeong Lee, joueur de T1 en Corée du Sud) aujourd'hui, à ce rôle. Vous partagez cet avis ?
Gumayusi est le joueur que j'ai le plus regardé pendant l'intersaison. Il me donne l'impression d'être unique en son genre. J'irai même plus loin, sa façon de jouer à un petit côté révolutionnaire pour un adc. Ça me rappelle un peu FORG1VEN (Konstantinos-Napoleon Tzortziou, adc grec) ou Uzi (Jian Zi-Hao, adc chinois considéré comme l'un des tout meilleurs joueurs depuis la création du jeu). Il ne laisse pas l'adversaire respirer. Je n'ai jamais joué contre lui donc je ne sais pas exactement ce que ça fait, mais rien qu'en le voyant évoluer je le classe parmi ce genre de joueurs. Je me suis toujours efforcé de devenir l'un d'entre eux. Je ne pense pas avoir réussi, mais je crois qu'aujourd'hui leur façon de faire est celle dont il faut s'inspirer. » Lexique Top, jungle, mid, botlane (adc, support) : les différentes zones de jeu sur la carte. Définissent également les différents postes des joueurs.
Fnatic, G2, Rogue : des clubs d'esport.
Solo q : les parties en ligne, qui définissent un classement individuel.
Gold : la ressource principale dans une partie de League of Legends, essentielle pour s'imposer.
Dragons, hérauts de la faille, plaques de tours : des objectifs à récupérer dans une partie de League of Legends
Carry : un carry est un joueur censé porter son équipe vers la victoire dans une partie. Certains personnages sont plus aptes à être utilisés pour endosser ce rôle.
Tristana, Jinx, Vayne, Draven, Senna, Jhin, Sivir : des champions, personnages jouables de League of Legends. Avant chaque début de match, les joueurs en choisissent un chacun en essayant de créer des synergies en fonction de leurs caractéristiques.

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