Esport - LoL - Esport - League of Legends, Chips et Noi : « Je ne vois pas comment on pourrait faire un truc moins bien »

L'Equipe.fr
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Duo connu et reconnu de commentateurs de compétitions de League of Legends en France, Fabien « Chips » Culié et Charles « Noi » Lapassat ont quitté O'Gaming, la WebTV la plus populaire de l'esport francophone. Ils reviennent sur les raisons qui les ont poussés à prendre cette décision et évoquent leur futur.

Dimanche dernier, à l'occasion de la finale des Mondiaux de League of Legends, Fabien « Chips » Culié et Charles « Noi » Lapassat ont commenté leur dernière compétition sur O'Gaming. En une dizaine d'années, la WebTV qu'ils avaient cofondée en 2011 s'est imposée, sous leur impulsion, comme le principal média d'esport francophone sur Twitch. Sans pouvoir entrer dans les détails d'une rupture qu'on devine difficile, le duo, très apprécié et moteur de la popularisation de League of Legends en France, revient sur ce départ. Chips & Noi évoquent aussi la suite. Même si le flou qui entoure le futur des droits de diffusion des compétitions - et ainsi le leur - mettra du temps à se dissiper.

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« L'annonce de votre départ d'O'Gaming (dans une vidéo vue près d'un million de fois) a surpris les fans de League of Legends en France, au point même que certains pensaient à une blague. Comment en êtes-vous arrivés à prendre cette décision ?
Charles « Noi » Lapassat : On a monté notre boîte en dix ans, entre copains. On a connu des hauts et des bas ensemble, mais récemment, avec Chips notamment, nous n'étions plus en accord avec les choix de la présidence. Deux visions se sont opposées, un peu celle des actionnaires contre celle des employés. La première a primé, on ne voulait pas la suivre. Il y a eu des tentatives de conciliation mais aucun compromis n'a été trouvé. À partir de là c'était compliqué de rester. Pourtant, on se voyait continuer au moins 20 ans.

Fabien « Chips » Culié : Notre vision, c'était une vision long terme, avec une volonté de continuer d'évoluer ensemble, en conservant le côté passionné qui nous caractérise depuis le début. Ce n'est pas celle qui a été retenue.

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Vous regrettez la tournure des événements ? Il n'y avait pas d'autre issue possible ?
Chips : Il y a des regrets parce qu'on avait une belle structure, qui tournait bien. On a un peu le sentiment d'être arrivé au plus haut en dix ans et de lâcher le truc. Mais je vois des bons côtés au changement, maintenant que j'y suis. Au début, se lancer dans de telles démarches c'est pénible, tu t'interroges. Là, ça commence à s'éclaircir. Et O'Gaming, c'était aussi beaucoup d'imperfections.

Noi : On a créé O'Gaming à 20 ans, avec des statuts trouvés sur internet, la comptabilité au début c'était moi... On a fait des conneries, dans un milieu pas structuré, qui auraient pu nous coûter la société. On a contracté une grosse dette auprès des employés, on a connu des retards de salaires importants... Mais ça a tenu, jusqu'au jour où ça a marché. Malgré tout, cette dette a pesé dans les relations. On a lancé des projets qui n'ont jamais vu le jour, on a commis des erreurs... Là, on ressent une certaine excitation à l'idée de repartir d'une feuille blanche. Même si le sentiment des derniers mois n'était pas heureux. Il y avait une situation de conflit, une incertitude. Quitter un bébé que tu as peaufiné pendant dix ans, c'est dur. La dynamique est différente aujourd'hui, beaucoup plus positive.

Quelle est la suite pour vous ? Vous n'êtes d'ailleurs pas les seuls à quitter O'Gaming...
Noi : Et on leur souhaite de la réussite dans leurs projets (sourire) ! On a des idées. Mais il est un peu tôt pour en parler.

Chips : L'attribution des droits de diffusion ne nous appartient pas. Mais on compte continuer à commenter du League of Legends, ce n'est pas un secret. Maintenant pour ce qui est du où, du quand et du comment... On y travaille. Mais je n'ai pas envie de faire autre chose.

Vous avez obtenu un soutien public de Nicolo, le PDG français de Riot Games, sur Twitter, des fans... C'est gratifiant.
Noi : Pendant dix ans on n'a jamais failli à la tâche. On a presque tout commenté. Avoir Nicolo derrière nous, lui qui nous suit depuis qu'on a créé O'Gaming, qui nous a accompagnés, observés avec bienveillance, c'est gratifiant oui. Ça montre que le travail paye.

Chips : C'est un peu la cerise sur le gâteau. Sa parole pèse, elle est rassurante pour nous, mais il y a aussi tout le public, les gens du milieu. Cette positivité était réconfortante. On a vu beaucoup de réactions, une majorité silencieuse, quelque part. Tu te prends la tête plusieurs fois par semaine sur Twitter avec des gens agressifs, insupportables... Là, constater qu'il y a autant de monde derrière nous, ça fait plaisir. C'est motivant.

Vous saviez avant les Worlds qu'il s'agirait de votre dernière compétition commentée sur O'Gaming. Ça a été un moment particulier ?
Noi : Quand tu es dans le show, que tu commentes les matches, tu ne penses pas au reste. Par contre, lors de la dernière manche de la finale, le dernier live, mon coeur battait un peu plus vite que d'habitude. On jetait des regards sur le chat, il était illisible, inondés de messages à notre attention... Il fallait réussir à se concentrer. Mais le « deuil » il s'est fait au cours des derniers mois. Pas au moment du départ.

Qu'est-ce que vous retiendrez de ces dix ans ?
Noi : Des millions de choses. Il y a eu plusieurs étapes dans la vie d'O'Gaming, rythmée par les changements de locaux. Au début, on tournait des vidéos dans ma chambre, en commentant des vidéos. On était étudiants. Puis on a eu nos premiers locaux, un sacré bordel mais aussi une liberté totale. On découvrait le streaming, c'était un jeu. On avait un fond vert et une caméra, on la faisait trembler pour faire croire qu'il y avait un séisme... L'amusement était notre seule règle et ça marchait. On a eu une chance phénoménale d'avoir pu transformer ça en notre métier. C'était mon premier travail, ma première boîte. J'aurais aimé que ça soit la dernière. J'ai l'impression d'avoir grandi avec O'Gaming, qui a fait de moi le commentateur que je suis, la personne aussi.

Chips : Je suis content d'avoir réussi à évoluer, à progresser en gardant l'esprit de base qui nous animait et nous anime toujours. Je pense que c'est le bon. Je me vois difficilement vivre mon quotidien autrement. Je suis content d'avoir duré aussi longtemps avec cette patte et de prendre une décision difficile parce que je veux continuer de la conserver.

Vous parliez d'un « échauffement » dans votre réponse à Nicolo...
Chips : On sait ce qui n'a pas marché, on sait ce qu'on veut faire, comment. Je suis confiant pour la suite, j'ai hâte qu'elle arrive. Je ne vois pas comment on pourrait faire un truc moins bien. »