Esport - LoL - Esport - League of Legends - Duke : « On sait qu'on peut bien jouer »

L'Equipe.fr
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Malgré des choses intéressantes dans le jeu, Vitality a démarré la saison 2021 du Championnat d'Europe de League of Legends par quatre défaites pour une seule victoire. Le coach du club français, Hadrien « Duke » Forestier, revient sur ces débuts difficiles.

« Le bilan comptable n'est pas bon (une victoire, quatre défaites), mais Vitality propose des choses intéressantes dans le jeu depuis le début de la saison du LEC. Qu'est-ce qu'il vous manque ?
Hadrien « Duke » Forestier : Pas mal de choses et pas grand-chose à la fois. On a pris un gros coup au moral après la première semaine de compétition. On a perdu deux parties difficiles à perdre alors qu'on avait de l'avance. On a pas su prendre les bonnes décisions en late game. Ça demande de l'expérience et on a péché de ce côté. Démarrer avec une victoire et deux défaites contre des équipes abordables au vu de nos résultats à l'entraînement, du niveau qu'on pensait avoir, ça nous a fait mal. La deuxième semaine, Mathias (« Szygenda » Jensen, toplaner de l'équipe) est passé au travers contre Fnatic... Mais il est entré dans sa saison contre Rogue, malgré la défaite. C'est important parce que c'est un rookie. On a une bonne dynamique en interne, je reste confiant pour la suite de la saison.

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C'est surtout une question de manque d'expérience à ce niveau, de jeunesse ?
Il nous manque des choses plus techniques aussi. Notre teamfighting est encore fragile malheureusement, on a du mal à rester disciplinés... Notre macro est bonne mais avec la pression des matches officiels on a tendance à perdre en constance, on a du mal à se projeter vers la prochaine étape et on perd le fil. De manière générale on manque de concentration. On travaille beaucoup là-dessus. Pour le moment c'est difficile mais je n'ai jamais été aussi optimiste pour une équipe. À l'entraînement, hors top 4 on massacre nos adversaires. Je ne me fais pas de souci à moyen terme. Il faut garder la tête haute et essayer de sortir de cette dynamique de défaites.

On a vu des têtes basses à l'écran après la défaite contre Rogue...
Contre Schalke, on a jeté la victoire. Face à Astralis, on avait de l'avance et on n'a pas exécuté notre plan de jeu comme il faut. Ce sont des parties qui font mal parce qu'elles te jettent au fond du classement. Quand on se voit dans le bas du tableau aujourd'hui, on se demande pourquoi. C'est simple : on n'a pas été bons, on doit se remettre en question sur nos erreurs. Pas sur ce qu'on a bien fait. Et il y a eu des choses positives. Mais vous savez comment c'est : quand tu te rates, tout le monde surfe dessus pour en rajouter et dire que tu es nul. C'est dur d'entendre ça, mais il faut rester confiant.

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Vous travaillez avec un psychologue du sport, Makis Chamalidis, pour vous aider ?
Oui, il nous accompagne. Je bosse aussi moi-même beaucoup sur le mental de certains joueurs, Szygenda notamment. Je passe du temps avec eux. La mentalité est bonne, les gars travaillent bien, s'entraident... De l'intérieur, on a l'impression de ne pas être loin du compte. Contre Fnatic on perd la partie très tôt, Rogue était trop fort pour nous mais on s'est bien battus par rapport aux raclées qu'ils infligent depuis le début de la saison. On a fait des erreurs qui coûtent cher contre une équipe comme celle-ci mais ça aurait pu tourner en notre faveur. Le moral n'est pas au beau fixe mais je me repère à ce que je crois de cette équipe et je suis persuadé que ça va finir par cliquer. Toutes les pièces sont là.

Vous aviez déjà vécu une saison difficile l'an dernier, pour des raisons particulières (des problèmes de visa). Vous ressentez une différence ?
Clairement. Il y a un an on ne gagnait aucun match à l'entraînement, on n'arrivait pas à construire une confiance en nous. Sur l'année on a dû remporter 25 % des scrims. Là on est à 60-65 % de victoires, ça nous offre des certitudes. Même contre les gros nous ne sommes pas ridicules. On sait qu'on peut bien jouer, mais l'important c'est de le faire en match officiel. Je suis persuadé qu'on est sur la bonne voie. Et je ne veux pas qu'on retienne le message : « non mais on gagne à l'entraînement ». Les raisons pour lesquelles on y croit c'est parce qu'on sait qu'on peut bien jouer et qu'on travaille sur les bonnes choses.

Est-ce qu'avec le manque d'expérience vient aussi un manque de leadership, surtout dans les moments clés ?
On a manqué de lucidité dans les moments importants, c'est certain. C'est une question de connaissances, de calme. Les gars de G2, quand ils ont 4000 gold de retard ils restent sereins. Nous quand on tombe derrière on sent le stress des joueurs. Mais c'est normal, ça viendra. Szygenda c'est sa première saison, les quatre autres n'ont eu qu'une demi-année en 2020. Le segment de printemps était un tel cauchemar qu'on faisait de la figuration. Ce sont encore plus ou moins des rookies. Mais le potentiel est là. Quand elle joue bien, cette équipe le fait mieux que celle de Splyce avec laquelle je suis allé jusqu'en quarts des Mondiaux. Mais on manque de constance.

Vous expliquiez vouloir travailler avec une équipe de rookies avec du potentiel, pour les former, les accompagner. Vous l'avez ?
Ce sont tous de très bons joueurs, en devenir, pas forcément prêts. Je veux des rookies parce que mon boulot est intéressant avec ce genre de profils. Quand tu travailles avec des stars, tu as besoin de poigne pour les cadrer, pour que ça file droit. De mon point de vue ce n'est pas le plus intéressant. Je veux apprendre à des joueurs qui partent de zéro, leur transmettre mon ressenti sur le jeu et comment il doit se pratiquer en équipe. Si je coachais Perkz, il aurait sa vision et je n'aurais probablement pas d'intérêt à le faire changer. J'ai lu l'autobiographie d'Arsène Wenger récemment. Je vois le boulot de coach comme il le décrit. Ses réflexions, ses difficultés, ses questionnements... J'avais l'impression de pouvoir remplacer « football » par "League of Legends" et me retrouver là-dedans. Je vois mon équipe comme a pu l'être Arsenal : composée de joueurs talentueux à faire progresser. Ça prend du temps, surtout quand on part de loin. Est-ce que ça paiera, est-ce qu'un jour je pourrais me comparer à Wenger ? (sourire) On est encore loin du compte, mais c'est l'idée. »

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