Esport - L'Overwatch League sur la pointe des pieds

L'Equipe.fr
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La quatrième saison de l'Overwatch League démarre ce vendredi soir, six mois après la fin de l'édition précédente. Un retour dans une relative discrétion pour une compétition qui souffre plus que les autres dans l'esport du contexte sanitaire.

Six longs mois après le deuxième titre consécutif de San Francisco Shock, l'Overwatch League fait son retour ce vendredi soir (21h) pour sa quatrième saison. En ligne, comme tout le monde en ce moment, et dans un format adapté aux conditions liées à la situation sanitaire. La durée de la compétition a ainsi été réduite de quelques mois et le championnat séparé dès le début en deux divisions, Est (en Asie) et Ouest (en Occident). Le système de tournois mensuels, qui avait bien fonctionné en 2020 après plusieurs tâtonnements suite à l'arrivée de la pandémie, a lui aussi été implanté d'office.

« Ils ont également changé les règles autour du hero pool, qui modifiait trop souvent la meta l'an dernier, précise Félix « Féfé » Münch, ex-coach français de Paris Eternal et Toronto Defiant en Overwatch League, désormais observateur assidu de la scène professionnelle sur Twitch et commentateur. Le circuit a été dynamisé. Ils se sont mieux adaptés qu'en 2020, c'était un marathon difficile à suivre. »

Une année de transition
Il faut dire que l'Overwatch League a subi de plein fouet la pandémie, probablement plus que d'autres dans l'esport. Compétition trop ambitieuse (le jeu, payant, est difficile à comprendre pour un néophyte), toujours critiquée pour ses frais d'entrée démesurés à sa création (20 millions de dollars par franchise minimum), elle devait devenir intégralement physique l'année passée et faire se déplacer ses équipes aux quatre coins de la planète. Impossible dans le monde actuel.

Avec une forme finale inatteignable aujourd'hui, Blizzard fait le dos rond en attendant des jours meilleurs. Certes, quelques rendez-vous physiques ont été annoncés (en Chine uniquement) mais cette saison sera low cost. « Ça ressemble à une année de transition, poursuit Féfé. Blizzard n'a jamais été aussi humble dans sa communication autour de la ligue. » Initialement tourné vers le grand public, l'éditeur du jeu et organisateur du championnat a ralenti son lobbyisme pour se rapprocher de sa fanbase endémique avec, notamment, l'autorisation de tournois tiers ces derniers mois pour booster l'engouement.

Et pour rassurer les investisseurs (comme Robert Kraft ou les Kroenke), le géant du jeu vidéo, critiqué pour des dégraissages massifs dans ses rangs ces derniers mois, pointe du doigt la direction de l'Asie, marché privilégié où l'audience, difficile à chiffrer, répondrait présente. Le nombre de joueurs chinois en Overwatch League a d'ailleurs quasiment doublé et Los Angeles Valiant, qui n'a de californien que le nom, s'est installé en Chine avec une formation locale, écartant l'intégralité de son ancien effectif au passage. Un choix qui a fait grincer chez les fans.

Paris Eternal questionne
Car si de l'extérieur, l'Overwatch League ne paraît pas passionner les foules à l'aube de cette quatrième saison, Féfé est persuadé que le public répondra présent : « Personnellement j'ai hâte que ça reprenne, j'aime toujours le jeu, la compétition, et je ne ressens pas une baisse d'engouement au sein de la communauté qui gravite autour d'Overwatch. Au contraire, beaucoup s'accordent à dire que le niveau n'a probablement jamais été aussi élevé ». Selon l'ancien coach, une dizaine d'équipes peut ravir le titre au Shock de San Francisco, capable de conserver son bien avec, cette année, un Français dans ses rangs : Brice « FDGod » Monsçavoir, qui sort d'une superbe saison avec Paris Eternal.

Le seul club « tricolore » (géré par des Américains, Drew McCourt, fils du propriétaire de l'OM, en tête) de la ligue a d'ailleurs tout changé. Visiblement en transition lui aussi (les opérations de développement en France sont à l'arrêt), il s'est écarté de son identité franco-coréenne qui a pourtant obtenu de bons résultats l'an dernier, malgré une chute prématurée en phase finale.

Le nouveau coach, Zouheir « GetAmazed » Baba, et Samir « Tsuna » Ikram, les deux Français de la formation, auront la lourde tâche de faire oublier des Benjamin « BenBest » Dieulafait (qui n'a pas trouvé de club malgré une excellente saison 2020) ou Terence « SoOn » Tarlier (parti, comme d'autres pros, sur Valorant, un concurrent d'Overwatch), anciennes figures de l'effectif. « C'est un projet nouveau, à petit budget, avec des Européens talentueux, explique Félix Münch. Ils peuvent surprendre, mais ça sera difficile d'aller chercher le haut du tableau. S'ils se battent pour les play-offs, ça sera une bonne saison ».

L'incontournable Gael « Poko » Gouzerch (Philadelphie, une équipe qui peut jouer le titre cette année encore) sera le troisième joueur français à scruter d'une ligue généralement assez suivie dans l'Hexagone. En grande partie grâce au boulot de l'équipe de commentateur, qui sait faire monter la sauce.

Et après ?
Derrière ce décor mi-pessimiste, mi-optimiste, le futur de la compétition reste tout de même assez flou. Le développement d'Overwatch 2, pour bien relancer la machine, avance doucement, et les signaux renvoyés par Blizzard, de plus en plus discret autour de sa ligue, sont préoccupants. La baisse de la sécurité de l'emploi chez les joueurs pros (désormais plus facilement menacés d'éviction en cas de mauvais résultats par exemple) pourrait aussi affecter un circuit compétitif déjà chamboulé par l'arrivée de Valorant.

Malgré les nombreux défauts de son écosystème esportif, Overwatch reste un titre spectaculaire pour qui le comprend, qui compte sur une base de joueurs fidèle. Répondra-t-elle présente cette saison ? Début de réponse ce vendredi soir.