Esport - Raflow : « Je ne vais pas prendre des conseils pour finir deuxième » sur Smash

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Considéré comme l'un des meilleurs joueurs du monde sur Smash, autrefois invincible en France et en Europe, William « Glutonny » Belaïd est désormais challengé sur ses terres par un compatriote : Arda « Raflow » Imrek. Un jeune talent qu'il a lui-même aidé à maturer.

Seul Européen à pouvoir lutter avec les meilleurs Nord-Américains, Mexicains et Japonais sur Super Smash Bros Ultimate, longtemps invaincu en France et rarement inquiété à domicile pendant des années, William « Glutonny » Belaïd est désormais chahuté sur son terrain. Mais il a lui-même provoqué sa chute.

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Frustré de gagner sans bien jouer et de ne pas suffisamment progresser chez lui pour s'imposer aux États-Unis, bloqué en France lors des premiers mois de la pandémie de Covid-19, le joueur de Solary a créé à l'été 2020 la « Glutonny Academy ». Une sorte de groupe de travail où il distille ses conseils à des compatriotes avides de savoir. Sa réflexion est simple : s'ils progressent, ils deviendront suffisamment bons pour le pousser à faire mieux lui-même.

Parmi ses élèves, un ovni : Arda « Raflow » Imrek. Ce Francilien d'alors à peine 15 ans a découvert la scène compétitive quelques mois plus tôt et apprend vite. En octobre 2021, un peu plus de douze mois après avoir démarré les leçons aux côtés de Glutonny, il inflige sa première vraie défaite en France à son mentor, en finale d'un petit tournoi de la région parisienne.

Celui qui défend désormais les couleurs de BMS - un club porté par quelques personnalités du milieu qui prend Smash très au sérieux et accompagne Raflow pas à pas autant dans ses études de lycéen que dans sa professionnalisation - a depuis continué de franchir les échelons. Et après un premier tournoi disputé aux États-Unis en février, il sera avec Glutonny et des dizaines d'autres compatriotes à San José (Californie), ce week-end, pour disputer le Genesis. Le tournoi le plus prestigieux du calendrier, l'équivalent des championnats du monde.

À quelques heures des premiers matches, ils évoquent leur relation et expliquent comment ils s'influencent et s'inspirent l'un de l'autre pour tenter de bousculer la hiérarchie mondiale.

« Comment Glutonny vous a-t-il influencé dans votre progression ces deux dernières années ?
Arda « Raflow » Imrek : Dans le jeu d'abord. Il m'a appris comment il fonctionne en détail, des techniques que je ne connaissais pas, à avoir une bonne vision de ce qui se passe... Il m'a aidé sur le plan mental également. Au début, je jouais à l'instinct. J'ai appris avec lui à prendre conscience de ce qu'il faut faire ou non, à avoir le bon état d'esprit en tournoi, à penser à tout... Il m'a inspiré pour beaucoup de choses, mais parce qu'il est la référence en Europe.

Aider les jeunes joueurs à progresser quitte à ce qu'ils vous dépassent, c'était voulu ?
William « Glutonny » Belaïd : C'était mon plan oui. Avec le confinement et peu de choses à faire à l'époque, je me suis beaucoup investi dans ce projet. J'ai créé la « Glutonny Academy » avec cette volonté de transmettre ce que je savais du jeu, faire grandir des joueurs... Savoir que ce que je leur dis est utile, voir qu'ils s'améliorent, c'est plaisant.

Raflow en particulier, vous l'avez vu venir et franchir les étapes ?
Glutonny : Au tout début, il n'avait pas les résultats qu'il a aujourd'hui. C'était un débutant ou presque. Son potentiel, je ne l'ai d'ailleurs pas vu dans sa manière de jouer mais plutôt sa façon d'écouter et d'appliquer ce que je disais. D'autres m'affirmaient qu'ils comprenaient mais en les observant je me rendais compte que ce n'était pas tout à fait le cas. Il fallait insister, trouver d'autres moyens de dire les choses...

Avec Raflow, ça allait vite. Quand il n'avait pas compris, il était honnête et on retravaillait le point ensemble. Quand il avait compris, il pouvait carrément l'expliquer lui-même, avec ses mots. C'est une bonne façon de voir si quelqu'un a vraiment intégré ce que tu essayes de lui apprendre.

Quand vous avez commencé à travailler avec Glutonny, vous vous étiez fixé comme objectif de le rattraper et de le battre ?
Raflow : Forcément. Mon but c'est d'être le meilleur et ça passe par le surpasser en Europe. Je ne vais pas prendre des conseils pour finir deuxième (sourire).

Quand Raflow vous a battu pour la première fois, vous vous y attendiez ?
Glutonny : Oui, ça devait arriver. Ça me semblait impossible que je gagne tout, j'allais finir par perdre un jour. Mais c'est arrivé assez vite et d'une belle manière. Il a appliqué les conseils que je lui donnais, il a fait ce qu'il fallait.

Au fond, une part de vous est fière de lui ?
Glutonny : Ça devrait, peut-être... Mais je ne me sens pas spécialement fier. Je suis content pour lui, mais ça s'arrête là (sourire).

De votre côté, Raflow, comment avez-vous réagi quand vous avez battu Glutonny ?
Raflow : Je savais aussi que ça allait arriver un moment ou un autre. Je ne pouvais pas perdre tout le temps. Mais ça m'a fait du bien de savoir que j'en étais capable. Quand c'est concret, c'est beaucoup plus gratifiant.

Être battu en France a changé votre vision de la scène nationale ?
Glutonny : Clairement. Avant, c'était gratuit. Je pouvais gagner des matches, des tournois même sans bien jouer et je n'aimais pas ça du tout parce que ça me desservait à l'international. Aujourd'hui je dois mieux jouer, donner tout ce que j'ai assez régulièrement. C'est mieux. Et si Raflow arrive à me battre, il n'est pas le seul. Il a donné de l'espoir aux autres : ''Si lui peut le faire, moi aussi''. Beaucoup ont progressé et le niveau continue d'augmenter. Maintenant, il y a encore un écart. Aux États-Unis, il y a pas mal de joueurs très forts et beaucoup de joueurs forts. Ici, on a quelques joueurs très forts, pas vraiment plus de joueurs forts.

Des gens se sont tournés vers vous pour des conseils depuis vos succès face à Glutonny ?
Raflow : Oui. Ça m'arrivait avant mais avec mes bons résultats, ils sont de plus en plus nombreux. Ça m'a un peu surpris. Beaucoup me demandent comment je fais pour appliquer les consignes si vite par exemple. Et je m'inspire de comment Glutonny m'a conseillé pour aider les autres. Il a les bons mots pour stimuler ton cerveau, sa façon d'expliquer des notions compliquées rend les choses plus évidentes à comprendre.

Aujourd'hui, diriez-vous que Raflow a des choses à vous apprendre ?
Glutonny : Oui, au niveau de la rigueur. Il applique mieux que moi certaines choses que je lui ai apprises. Il les comprend, les organise dans sa tête et elles deviennent naturelles pour lui. De mon côté, je suis parfois en mode pilote automatique, je manque de concentration et me mets à faire n'importe quoi. Il est plus carré et me force à l'être.

Vous pouvez aussi vous entraider aux États-Unis, qui restent un terrain à conquérir pour tous les deux ? Notamment afin de réduire le stress que vous pouvez y ressentir ?
Glutonny : Globalement, j'y stresse moins qu'avant, même si ça m'arrive encore. Contre Tweek (Gavin Dempsey) lors du Summit par exemple. Mais avoir plus de Français autour de moi là-bas, des gens que je connais, c'est évidemment un plus.

Raflow : J'ai beaucoup stressé lors de mon premier tournoi aux États-Unis. C'est un environnement complètement différent de la France. On m'avait prévenu mais tant que je ne l'avais pas observé par moi-même je ne pouvais pas vraiment m'en rendre compte... Je vais probablement encore solliciter de l'aide mais une fois que j'aurais accumulé un peu d'expérience, ça ira tout seul.

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Le Genesis arrive justement. Il ressemble au plus gros tournoi de l'année désormais.
Glutonny : C'est le nouvel EVO (Smash ne fait plus partie du programme de ce rendez-vous annuel, « championnat du Monde » des jeux de combat). C'est le moment où tu dois être performant et tout faire pour l'être.

Raflow : J'appréhende beaucoup, c'est dix fois plus gros que le premier tournoi auquel j'ai participé aux États-Unis. Il y aura les meilleurs joueurs, du monde entier. C'est plus stressant mais j'ai hâte d'y être. Je veux jouer contre eux. Forcément, j'ai envie de gagner le tournoi mais c'est surtout une étape importante dans mon apprentissage.

C'est peut-être ça la différence entre vous : l'expérience. Raflow a encore beaucoup à apprendre ?
Glutonny : Je suis toujours en phase d'apprentissage moi-même (sourire). Si je n'ai rien appris à la fin d'un tournoi, je suis agacé. Chaque compétition, surtout aux États-Unis, est une occasion d'apprendre. »

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