Esport - Thierry Ascione : « Avec Vitality, on travaille tous les jours »

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Responsable du pôle performance de Vitality, Thierry Ascione revient sur ses premiers mois aux côtés de la formation Counter-Strike du club d'esport français et sur ce qu'a changé la pandémie dans la gestion d'une équipe qui a vu ses compétitions se poursuivre en ligne. Ex-tennisman professionnel (81e mondial en 2004), désormais coach, notamment de Jo-Wilfried Tsonga, Thierry Ascione est depuis fin 2019 le responsable du pôle performance du club d'esport français Vitality. Avec Pier Gauthier, préparateur mental, et Ludovic Lacay, ancien joueur de Counter-Strike dans les années 2000 puis professionnel de poker avant d'évoluer dans le milieu de la santé, ils assistent aujourd'hui la formation CS : GO de l'équipe à l'abeille en lui apportant un encadrement inspiré du sport traditionnel, adapté à la discipline. Et si la pandémie est venue bousculer les habitudes, la compétition vit toujours, en ligne. Joueurs et staff ont ainsi dû trouver de nouvelles méthodes pour rester performants et poursuivre le suivi. Face au coronavirus, l'esport résiste en ligne

« L'esport, c'est un monde que vous avez découvert en rejoignant Vitality ?
Complètement. Je n'ai jamais joué aux jeux vidéo, mais ça m'a toujours intrigué. J'ai d'abord discuté avec Fabien « Neo » Devide (cofondateur de Vitality) et ça a matché assez vite, il recherchait ce qu'il pouvait s'approprier du sport traditionnel. J'ai échangé ensuite avec Dan (« apEX » Madesclaire, aujourd'hui capitaine de l'équipe Counter-Strike de Vitality), que j'ai rencontré à Bercy pendant le tournoi de tennis. Il m'a parlé de leurs problématiques, de leur quotidien... Là me suis dit : « ok, on a quand même plein de choses très similaires au sport traditionnel et une vraie marge d'optimisation ». C'est ce qui m'a donné envie d'y aller. On a ensuite parlé avec Matthieu Péché (médaillé olympique en canoë biplace à Rio, aujourd'hui manager de cette formation CS : GO) pour voir ce qu'il avait introduit depuis quelques mois, son apport en tant qu'ancien athlète. Puis on a commencé à établir une structure autour des joueurs sur l'aspect mental, la nutrition, le rapport au sport, au fait de prendre soin de soi, le sommeil... On a commencé avec Counter-Strike et on verra ensuite. Vous retrouvez ce que vous connaissez dans le sport traditionnel ?
Oui, mais il y a une grosse différence. Au tennis par exemple, quand on commence jeune, on voit déjà beaucoup de choses à la télévision, installées depuis des années. On s'inspire d'idoles, on a des objectifs de vie et de carrière à travers cela. L'esport, c'est cette génération qui l'a rendu très professionnel. C'est à ces joueurs de s'adapter à l'environnement qui les entoure. Ils évoluent avec leur discipline. Vous êtes tombés sur des joueurs ouverts à ce que vous pouviez leur apporter ?
En fonction des joueurs on a eu des approches différentes. Certains étaient ouverts voire très en demande. Avec d'autres on a dû prendre plus de temps. Un joueur comme Mathieu « ZywOo » Herbaut on n'a pas pour but de lui faire changer grand-chose. La difficulté pour lui, c'est la gestion de son nouveau statut par exemple. Il a été désigné meilleur joueur du monde lors de sa première année en pro, aujourd'hui ce n'est plus pareil : tu passes d'une découverte totale où tout est formidable à la confirmation dans chaque compétition. Il faut garder son rang, sans arrêt progresser. Vous avez dû faire face à plusieurs changements également dans l'équipe, liés au départ du capitaine, ALEX.
Ça n'a pas été évident parce que nous sommes arrivés dans une équipe qui a gagné tout de suite, à Moscou. C'était formidable : le team performance, tout se met en place... Et puis le capitaine est parti, il a fallu trouver un nouveau joueur, Kévin « misutaaa » Rabier, qui n'a que 17 ans, qui joue avec ses idoles désormais... On a dû mettre de nouvelles choses en place. C'était beaucoup de travail, de remise en question, des doutes. Mais ils s'apprécient énormément donc on a gagné du temps là-dessus. Esport - Counter-Strike : Vitality repart de loin Dans cette période de pandémie, comment on gère une telle équipe à distance, avec des joueurs qui continuent de disputer des matchs officiels ?
Ne pas être toujours dans les avions nous a permis de prendre plus de temps justement. Pour discuter ensemble, débriefer collectivement, en visio... C'est le point positif de la situation. La partie négative, c'est qu'ils n'ont pas ce rapport humain, cette convivialité, les regards, les checks, qui peuvent mettre de l'énergie dans un quotidien. Ils n'ont que le vocal. Et la situation génère de la frustration évidemment : moins de compétitions, plus de pression... Il faut s'adapter, mais c'est pour tout le monde pareil. Et puis on a un peu d'expérience de notre côté, on sait gérer des champions. On essaye de ramener notre expérience et notre « sérénité ». On a fait pas mal de choses qui ont plutôt bien marché, ça met les interlocuteurs en confiance. Mais on ne fait pas trop la police parce que notre but est de les rendre les plus autonomes possible, qu'ils n'aient plus besoin de nous dans six mois. Même si on sera toujours là pour eux. Thierry Ascione, coach de Jo-Wilfried Tsonga, également directeur du pôle performance de Vitality « Il y a beaucoup de similitudes, beaucoup plus que ce que l'on peut croire » Vous coachez des joueurs de tennis : on peut supposer que la gestion des uns et des autres n'est pas la même en ce moment ?
Rien à voir avec Vitality pour le coup. Les joueurs font ce qu'ils peuvent, comme ils le peuvent. Richard (Gasquet) a un court à sa disposition, Jo (Tsonga) non. Le second profite de sa famille... C'est vraiment incomparable parce qu'avec Vitality, on travaille tous les jours. Mais il y a un suivi, ce sont simplement des joueurs de grande expérience, je n'ai pas besoin d'être dans leur dos. On s'appelle 3-4 fois par semaine, on fait le point sur plein de choses, on se tient au courant... Je mets en place une série de tournois, je leur donne les dernières informations. Il y a un gros point de comparaison entre CS : GO et le tennis : ce sont deux disciplines où les pros voyagent beaucoup, quasiment toutes les semaines. Leurs habitudes sont bousculées.
Bien sûr. Mais il y a beaucoup de similitudes, beaucoup plus que ce que l'on peut croire. J'aimerais bien que Jo intervienne sur un groupe de travail qu'on fait en ligne avec les gars. Ça pourrait être intéressant, ce partage d'expérience. Jo est intéressé, parce qu'on fait beaucoup de choses ensemble, il prend des nouvelles. On devait faire un camp d'entraînement dans une de mes académies avec le tennis d'un côté et CS de l'autre, et je voulais créer des échanges. Ça n'a pas pu se faire, forcément. Mais ce n'est que partie remise. »

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