Esport : ZywOo, Wawa, Deft et son parcours fou avec DRX... Vos champions, moments forts et déceptions de l'année 2022

Joueur de l'année et moment fort : Deft, ici en pleurs après le quart de finale victorieux de DRX aux Mondiaux de LoL, et son équipe ont marqué les esprits en 2022. (Bruno Alvares/Riot Games)

Après une quinzaine de jours de votes, voici les résultats de la consultation sur les personnalités, moments forts, et déceptions du monde de l'esport en 2022. Accompagnés des choix de la rédaction.

Le joueur français de l'annéeZywOo (Mathieu Herbaut, 22 ans, Counter-Strike, Vitality) : 27 %
Vatira (Axel Touret, 16 ans, Rocket League, Moist Esports puis Karmine Corp) : 23 %
Glutonny (William Belaïd, 27 ans, Smash Ultimate, Solary) : 18 %

Notamment devancé par Adam l'an dernier, Mathieu « ZywOo » Herbaut reprend son titre de meilleur Français tous jeux confondus dans l'esprit des suiveurs d'esport. En termes de talent, c'est un choix juste : sur une scène ultra compétitive comme l'est celle de Counter-Strike, ZywOo a de nouveau été l'un des joueurs les plus performants au monde individuellement et devrait sans surprise terminer sur le podium du classement du site de référence HLTV.

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Toujours superbe à voir évoluer, il a ajouté un titre majeur à son palmarès avec Vitality, l'ESL Pro League, en octobre. Ce n'était pourtant pas gagné : le club français a pris un virage « international » en début d'année et le natif de la région lensoise a dû passer à l'anglais... avec réussite, finalement. Seul vrai point noir : les résultats encore irréguliers voire carrément décevants en Majors, la catégorie de tournois la plus prestigieuse sur CS. L'équipe à l'abeille peine encore à y briller. Une revanche à Paris, en 2023 ?

Le choix de la rédaction : Wawa (Marwan Berthe, 21 ans, Dragon Ball FighterZ, BMS)

C'est une absurdité de ne pas retrouver Wawa dans les résultats du public... Mais on le sait, ce genre de consultations est souvent un vote de popularité et BMS passe encore probablement derrière le trio Vitality - Karmine Corp - Solary en France. Pourtant, vainqueur de l'EVO - la Mecque des jeux de combat, une première pour un Tricolore depuis Olivier « Luffy » Hay en 2014 - et des Championnats du monde sur Dragon Ball FighterZ en l'espace de quelques semaines, ce garçon de Saint-Laurent-du-Var a largement dominé sa scène compétitive. Et porté haut les couleurs de son pays dans l'esport.

Son futur sur le jeu s'écrit pourtant en pointillé, lui qui aimerait opérer une transition sur un autre titre et pourquoi pas Super Smash Bros Ultimate. Pour une carrière à la Dominique « SonicFox » McLean ? Difficile de trouver meilleur exemple.

Le joueur étrangerDeft (Hyuk-kyu Kim, Corée du Sud, 26 ans, League of Legends, DRX puis DAMWON) : 30 %
s1mple (Oleskandr Kostyliev, Ukraine, 25 ans, Counter-Strike, NAVI) : 18 %
Keria (Min-seok Ryu, Corée du Sud, 20 ans, League of Legends, T1) : 16 %

L'histoire de Hyuk-kyu « Deft » Kim en fin d'année a particulièrement marqué le public. Jusqu'à septembre et le début des Mondiaux de League of Legends pourtant, sa saison est assez anecdotique. De retour chez DRX, l'adc sud-coréen de 26 ans multi-titré chez lui et en Chine ne brille pas, perdant à chaque fois au premier tour des play-offs de LCK. Au fil des mois, grandit alors la possibilité de voir l'un des grands noms de la scène arrêter sa carrière en 2023 sans avoir gagné les Worlds, le seul trophée majeur qui lui manque. Lui-même l'évoque.

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Mais, qualifiés de justesse pour le tournoi « de la dernière chance » en Corée du Sud, qui offre deux places pour ces Mondiaux, Deft et DRX y arrachent l'un des tickets. Démarre alors un parcours fou : l'équipe hausse de plusieurs crans son niveau de jeu, renverse le tenant du titre EDG en quarts, stade auquel Deft plafonnait depuis 2014 (cinq fois quart-finaliste depuis), domine le favori GenG en demies et se présente face à T1 en finale. Le club de Sang-hyeok « Faker » Lee, « rival » de Deft depuis leurs débuts communs et après avoir fréquenté le même lycée, mais, lui, déjà trois fois couronné.

Après un match fou de plus de cinq heures, DRX s'impose. Au moment où l'on s'y attendait le moins, la fabuleuse histoire de Deft est enfin complète. S'il n'a pas été le meilleur joueur de son équipe, sa détermination et ce scénario improbable en font le symbole de ce succès. Et il n'en a pas fini avec LoL : en 2023, Deft jouera pour DAMWON et visera de nouveaux titres. « Je peux désormais dire que je pourrai un jour me retirer sans regret. Mais ce jour n'est pas encore arrivé ».

Le choix de la rédaction : s1mple (Oleskandr Kostyliev, Ukraine, 25 ans, Counter-Strike, NAVI)

Deft est un bon choix, parce que l'histoire est belle. Mais s1mple, en plus d'être encore cette année le meilleur joueur de Counter-Strike au monde individuellement, incarne quelque chose de plus depuis le début de l'invasion de son pays, l'Ukraine, par la Russie. Un symbole d'unité déjà, chez NAVI, où il évolue aux côtés de coéquipiers russes, mais aussi de paix depuis son discours du 25 février. Quelques heures seulement après les premières attaques.

« Toute ma carrière j'ai joué avec des Ukrainiens, des Russes, des Américains... Tous sont des super mecs, expliquait-il sur la scène de la Spodek Arena de Katowice (Pologne), des tremblements dans la voix alors qu'une partie de sa famille est coincée en Ukraine. Aujourd'hui je suis avec mes amis, de vrais amis. Nous gagnons et nous perdons ensemble. Nous voulons tous la paix en Ukraine et dans le monde. Nous avons tous peur, mais nous devons rester unis. » Peu d'esportifs ont cassé les barrières de leur discipline. C'est le cas de s1mple, grand joueur et grand monsieur du sport électronique.

L'équipe de l'annéeLOUD (Valorant) : 43 %
DRX (League of Legends) : 21 %
T1 (League of Legends) et BDS (Rocket League) : 12 %

Le résultat est l'expression du vote communautaire de Brésiliens ravis de voir qu'un média français considère l'un de leurs représentants dans cette consultation. Mais Loud est loin de démériter : ce club porté par des personnalités d'internet, très apprécié des fans auriverde, a connu une saison exceptionnelle sur Valorant avec une finale de Masters en avril puis, évidemment, le sacre mondial en septembre.

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Et puis ce score est représentatif d'une montée en puissance de la scène brésilienne, qui compte un grand nombre d'amateurs d'esport. Ceux-ci ont pu bruyamment s'exprimer lors du Major de Rio de Janeiro sur Counter-Strike cet automne, et auront l'occasion de célébrer leurs champions du monde de Valorant lors du tournoi de lancement de la saison 2023 à São Paulo.

Le choix de la rédaction : BDS (Rocket League)

D'un choix chauvin à l'autre ? Si T1 sur League of Legends ou FaZe Clan sur Counter-Strike ont probablement été les équipes les plus régulières sur l'ensemble de 2022, les Français de BDS les talonnent sur Rocket League. Malgré un petit passage à vide en milieu d'année, ils ont su se relever après l'intégration du jeune Enzo « Seikoo » Grondein au sein de l'effectif pour aller conquérir le titre mondial, en août, au terme d'un parcours maîtrisé, ponctué d'un quart de finale fratricide extraordinaire face à la Karmine Corp (4-3).

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Une performance qui mérite d'être saluée aussi parce que les choses sont plus difficiles depuis pour BDS et notamment Evan « M0nkey M00n » Rogez (20 ans seulement). Meilleur joueur du monde en 2021, il souffre « d'une sorte de dépression », selon ses mots. Un rappel important que les esportifs sont des athlètes comme les autres et qu'ils méritent qu'on prenne soin d'eux et leur talent.

Le moment fort de l'annéeL'exploit de DRX, des qualifications de la dernière chance au titre mondial sur League of Legends : 29 %
Le KCX 2, une grande fête réussie pour la Karmine Corp à Bercy : 15 %
Le discours de s1mple aux IEM Katowice, juste après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie : 12 %

Le choix de la rédaction : l'exploit de DRX, des qualifications de la dernière chance au titre mondial sur League of Legends

Le discours de s1mple est probablement le véritable moment fort de l'année de l'esport. Mais le choix s'est porté sur l'exploit sportif de DRX, apothéose de 2022 par l'absurdité de son scénario, conté un peu plus tôt dans les résultats de cette consultation. Retrouver DRX ici dans vos choix, après l'élection de Deft comme joueur étranger, témoigne également du côté marquant de la performance.

La déception de l'annéeL'annulation du Smash World Tour Championship dix jours avant le début de la compétition : 24 %
Vitality rate les play-offs du Summer Split en LEC et échoue loin de ses ambitions : 19 %
L'été difficile de la Karmine Corp sur League of Legends (pas de qualification aux EUM, ni d'accession au LEC) : 18 %

L'annulation des finales du Smash World Tour 2022, fin novembre, aux États-Unis, une dizaine de jours avant la date prévue pour l'événement, a beaucoup fait réagir la scène compétitive de Super Smash Bros. Un jeu en forte progression dans l'Hexagone, sous l'impulsion des résultats de son porte-drapeau, William « Glutonny » Belaïd, l'un des meilleurs joueurs du monde, mais aussi de la croissance de l'intérêt pour les tournois locaux, de l'implication de personnalités de Twitch ou Youtube, ou l'organisation de rendez-vous majeurs sur le sol français (l'UFA, l'Odyssée...). Ce résultat n'est donc pas si surprenant.

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La communauté Smash est pourtant habituée aux changements brutaux dans le calendrier, au gré des humeurs changeantes de Nintendo, l'éditeur, pas toujours motivé à laisser un écosystème compétitif se développer sur ses titres, mais cette annulation lui a mis un sacré coup. Le rendez-vous devait en effet conclure magnifiquement un circuit développé tout au long de l'année, considéré comme une avancée majeure dans la structuration de la scène professionnelle.

Pour une question d'exploitation de licence officielle, cette finale a donc été annulée et le World Tour ne devrait pas être reconduit en 2023, laissant les joueurs dans un sentiment de retour en arrière frustrant et inquiétant. Nintendo n'est, semble-t-il, pas le seul à blâmer dans cette affaire puisque Panda Global, un autre organisateur de circuit en partenariat avec Nintendo, a été pointé du doigt par les joueurs et les fans pour des tentatives supposées de pressions pour réduire l'influence et l'expansion du SWT à son avantage. En fin de compte, c'est toute la scène Smash qui y perd.

Le choix de la rédaction : la descente aux enfers d'ocelote, cofondateur de G2 démissionnaire après des prises de position polémiques

Fin septembre, dans une vidéo face caméra publiée sur son compte Twitter, Carlos « ocelote » Rodriguez annonce qu'il quitte son poste de directeur général de G2, le club d'esport qu'il avait co-créé en 2014. Un choc : G2 est une structure majeure de la discipline, leader en Europe et ocelote une figure très connue du milieu. Mais depuis une semaine, le dirigeant espagnol est alors au coeur d'une polémique après la publication d'une vidéo le montrant en soirée avec Andrew Tate, influenceur ouvertement sexiste. Soupçonné de trafic d'êtres humains, celui-ci a d'ailleurs été interpellé en Roumanie fin décembre et est pour le moment maintenu en détention.

Dans un premier temps, ocelote avait défendu son droit de faire la fête « avec qui il le souhaitait » et avait même aimé des tweets soutenant Tate. Mis à pied par son organisation, il a finalement présenté sa démission. G2 a, semble-t-il, souffert des actions de son cofondateur puisque le club n'a pas été retenu dans le programme des VCT sur Valorant dans le même timing. Depuis, la descente aux enfers d'un personnage jamais lisse, qui avait su se faire apprécier pour sa forte personnalité d'une bonne partie du monde de l'esport, se poursuit : après une courte absence des réseaux sociaux, ocelote est revenu en force pour soutenir Tate et ses idéaux masculinistes. Heureusement pour la discipline qui l'a fait connaître, il semble désormais s'être détaché du sport électronique.