Et si Didier Deschamps avait raison ?

EQUIPE DE FRANCE – Alors que le sélectionneur était très critiqué ces dernières semaines après la fin de parcours compliquée en éliminatoires du Mondial 2018, la victoire en amical contre le Pays de Galles sonne comme une réponse aux détracteurs. Et si “DD” était dans le vrai ?

Didier Deschamps

Fin octobre, la nouvelle de sa prolongation de contrat jusqu’en 2020 avait été accueillie avec perplexité par les médias français, nous y compris. Échaudés par les ternes prestations de l’équipe de France sur la fin des qualifications pour la Coupe du monde 2018, de nombreux suiveurs des Bleus en étaient désormais persuadés : Didier Deschamps n’était pas l’homme de la situation pour construire cette jeune équipe au potentiel offensif inouï. Trop conservateur, trop défensif, trop frileux tactiquement, le Basque commençait même à être vu comme un boulet par certains.

La victoire solide face au Pays de Galles ce vendredi (2-0) est venue remettre tous ces jugements en perspective. Certes, il ne s’agissait que d’un amical, et fondamentalement, les Bleus, qui auraient pu se retrouver à 1-1 peu après l’heure de jeu sans un double arrêt phénoménal de Steve Mandanda, n’ont pas réglé tous leurs problèmes d’efficacité, mais l’impression laissée face au demi-finaliste du dernier Euro (non qualifié pour le Mondial en Russie) invite tout de même à prendre un peu de recul sur le travail de Deschamps à la tête de l’EDF.

Le fonds de jeu arrive

Et si le champion du monde 1998 était en réalité dans le vrai ? Légitimes en regard du réservoir de talent dont dispose actuellement la France, les critiques récentes sur le niveau de jeu des Bleus sont cependant le fruit d’une impatience, d’une attente immédiate plutôt utopique si on la confronte aux réalités du football international, circonscrit à de courtes périodes mal positionnées dans la saison. Pour construire dans ces conditions, il faut de la minutie et de la patience. Deux qualités dont fait indéniablement preuve Deschamps depuis le début de son mandat en 2012. Peut-on par exemple qualifier de conservateur un sélectionneur qui a offert une première sélection en Bleu à 37 nouveaux joueurs en un peu plus de cinq ans ?

L’épopée inachevée de l’Euro 2016 a pu faire penser que l’équipe de France était très proche du sommet, mais sur le plan du jeu, les Bleus étaient déjà très inconstants à l’époque. Depuis, l’effectif a encore été rajeuni, et pour Deschamps, il a donc fallu continuer à développer l’identité de son équipe, autour d’un 4-2-3-1 et du duo Griezmann-Giroud, tout en intégrant de nombreux et talentueux nouveaux. Les balbutiements ont été récurrents depuis deux ans, mais force est de constater que face au Pays de Galles, on a sans doute assisté au match le plus maîtrisé, tactiquement, depuis longtemps. Face aux coéquipiers d’Aaron Ramsey, les Bleus ont su appliquer leur stratégie et jouer sur leurs atouts, du début à la fin. En termes de “fonds de jeu”, que demander de plus ?

Deschamps le gestionnaire

S’il ne sera jamais un apôtre de l’attaque à tout crin, Didier Deschamps a d’autres qualités, qui vont bien au-delà de sa légendaire baraka. Difficile d’attribuer à la seule chance le fait que le sélectionneur ait réussi à qualifier directement l’équipe de France pour la Coupe du monde pour la première fois depuis 1986, qui plus est dans un groupe plus relevé qu’il n’y paraît (la Suède vient de confirmer, en battant l’Italie, qu’elle était une équipe de premier plan, et même dans une mauvaise passe, les Pays-Bas restent une puissance du football mondial). Pas épargné par les pépins physiques de joueurs majeurs (Varane et Pogba notamment), le sélectionneur a incontestablement bien géré son groupe, qui est resté d’une solidarité à toute épreuve malgré une certaine fébrilité. On a reproché à “DD” de trop s’arc-bouter sur ses certitudes, mais c’est peut-être en fonctionnant ainsi qu’il a su maintenir cet état d’esprit chez ses joueurs.

Sans briller, l’équipe de France a tout simplement assuré ces deux dernières années, dans un contexte parfois difficile, tout en laissant entrevoir de très belles promesses. Les performances brillantes de la jeune garde, Mbappé en tête, contre l’Angleterre (3-2 en juin dernier), les Pays-Bas (4-0 en août) et le Pays de Galles ne sont pour l’instant que des fulgurances, mais elles semblent déjà dessiner une continuité à venir. Et les pépins physiques des cadres ont souvent constitué des tremplins pour d’autres joueurs, à l’image de l’émergence de Tolisso en l’absence de Kanté et Pogba. En définitive, difficile de ne pas considérer que jusqu’ici, Didier Deschamps a bien composé avec ce qu’il avait. Avec le retour des blessés (Varane, Pogba, Kanté, mais aussi Lemar, Payet, Mendy, Sidibé…), le sélectionneur risque cependant d’être confronté à des problèmes de riche au moment de faire sa liste pour le Mondial. C’est aussi sur les choix qu’il fera à ce moment-là, et leurs conséquences sur le terrain, que sa réussite sera jugée.

 

 

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