EXCLU GOAL - Kévin Gameiro : "En France, je n'avais pas cette force"

Kévin Gameiro n'a jamais été de nature très expansive. Redevenu international après avoir signé à l'Atlético Madrid l'été dernier, son changement de statut n'a pas changé grand chose à son caractère. À Clairefontaine où il a désormais repris ses marques, l'attaquant de 29 arrive en avance au rendez-vous fixé. Souriant et décontracté, il raconte comment ses quatre années en Espagne l'ont aidé à devenir un joueur au niveau international confirmé.

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Vous affrontez l’Espagne mardi au Stade de France, le rapport de force s’est-il inversé désormais ?

Kévin Gameiro : Je pense que l’équipe de France s’est rapprochée du niveau de l’Espagne avec beaucoup de jeunes dans le groupe. Ça redonne un nouvel élan à l’équipe de France. Il y a un groupe qui s’est créé depuis deux ou trois ans et j’espère que ça va continuer.

Justement l’Espagne donne l’impression d’avoir du mal à changer de cycle, à se renouveler. Vous qui la côtoyez tous les week end, que donne la nouvelle génération espagnole ?

Il y a des jeunes joueurs très intéressants aussi. Pour ma part je m’entraîne avec Saul que je côtoie à tous les entraînements. Ils ont de très grosses qualités. Je pense qu'il faut que l'équipe renouvelle le cycle et que ça prenne. Maintenant, ça reste une très grosse équipe et ce sera un très gros match.

Vous jouez en Liga depuis 4 saisons maintenant, qu’est-ce que le foot espagnol a apporté à votre palette ?

Étonnamment je pense que je vais dire le travail défensif. Je ne pensais pas du tout que ça travaillait aussi fort en Espagne, surtout de ce côté là. J’étais impressionné de voir ça, on me demandait beaucoup de travailler pour l’équipe et maintenant que je suis à l’Atlético on m’en demande encore plus. Ça m’a permis d’élargir ma palette et de travailler pour tout un groupe.

On parle souvent de la culture espagnole du jeu, vous l’êtes-vous appropriée ?

Oui je pense que ce championnat, c’est un peu mes qualités. Ce qui m’a aussi surpris, c’est la culture de la gagne. Que ce soit à Séville ou à l’Atlético. Quoi qu’il arrive il faut gagner les matches. C’est mieux si c’est en jouant de belle façon, mais si tu ne joues pas bien et que tu gagnes, c’est le plus important. C’est ce qui m’a impressionné le plus, cette envie là.

Gameiro PS

Pourquoi le championnat espagnol est celui qui correspond le plus à vos qualités ?

Je suis un petit gabarit, un joueur qui prend l’espace et qui n’est pas mauvais avec ses pieds, du coup ça aide (rires). On sait que le jeu à l’espagnole c’est ça, jouer dans les petits espaces en une ou deux touches puis prendre la profondeur pour aller faire mal aux défenses.

Y’a-t-il d’autres domaines que le travail défensif où vous sentez que la Liga vous a permis de progresser ?

Je me sens plus fort physiquement, que ce soit dans les duels, dans les contacts. C’est vraiment ce palier là qui me manquait. En France, je n’avais pas cette force là et ça me permet de mieux résister aux adversaires et de faire plus mal aux défenses.

Si on fait un flashback, en quoi le Kévin Gameiro d’aujourd’hui est différent de celui de Lorient ?

Plus de maturité, c’est normal. J’ai pris de l’âge mais j’ai toujours gardé cette envie. Il n’y a pas réellement de changement. Le corps change un peu, du coup on prend en puissance. Mais c’est surtout la maturité qui fait la différence.

Comment évaluez-vous votre première saison à l’Atlético Madrid ?

On va dire qu’on peut toujours faire mieux.  C’est quand même un bon début avec ma nouvelle équipe. Il reste de belles choses à faire, on est encore en lice pour la Ligue des champions. Il faut aller accrocher la troisième place en Liga, c’est ce qui nous maintient et j’espère qu’on va faire une très belle fin de saison.

Vous sentez-vous au meilleur niveau de votre carrière ?

Oui. Je me sens bien physiquement et je sens que je suis performant. C’est vrai que d’être parti en Espagne et d’avoir franchi plusieurs paliers ça m’a fait grandir. Aujourd’hui je me sens très bien et je pense avoir atteint l’âge de la maturité.

Est-ce votre signature à l’Atlético Madrid qui vous a permis de retrouver les Bleus ?

Oui et non. Je pense que j’étais très performant à Séville et c’est aussi ce qui m’a permis d’aller à l’Atlético. C’est vrai qu’aller dans un club aussi prestigieux ouvre d’autres portes. J’ai essayé de m’adapter le plus rapidement possible et ça c’est bien passé.

Votre entraîneur Diego Simeone est un véritable personnage vu de l’extérieur. Qu’est-ce qui selon vous fait de lui un grand coach ?

Il enseigne la culture de la gagne. On voit qu’il est passionné et il nous transmet ça avant tous les matches. C’est quelqu’un qui vit football, qui mange et dort football. Il a fait de grandes choses depuis qu’il est arrivé à l’Atlético et on a beaucoup de respect pour lui parce qu’il est parti de très loin et a amené ce club très haut. J’espère que ça continuera longtemps.

Unai Emery et lui se ressemblent-ils ? Qu’est ce qui les caractérise dans leurs managements ?

Ils se ressemblent un peu mais après, dans la façon de jouer et dans le management ce n’est pas pareil. La façon de jouer de l’Atlético est plus défensive que celle d’Unai Emery. Je pense qu’Unai Emery est un peu plus proche des joueurs et aime beaucoup le contact humain, parler avant les matches ou en entretiens individuels.

À l’Atlético vous formez un duo avec Antoine Griezmann que l’on appelle les "GG" en équipe de France. Est-il le meilleur joueur avec qui vous ayez joué ?

Non je ne peux pas dire ça parce que j’ai quand même joué avec des Ibrahimovic, des Beckham et des grands joueurs au PSG. Antoine a 25 ans, c’est un très grand joueur qui peut aller encore plus haut. Pour ma part c’est un régal de jouer avec lui parce qu’on s’éclate sur le terrain et ça se voit tous les week end.

Gameiro - Griezmann

L’imaginez-vous quitter l’Atlético cet été ?

Je n’espère pas. Maintenant c’est sa décision et on verra ce qu’il se passe.

Il est en tout cas le leader d’une très jeune génération en équipe de France avec Ousmane Dembélé ou Kylian Mbappé. Pensez-vous qu'un futur ballon d’Or se trouve dans les rangs de cette équipe ?

C’est encore tôt pour le dire. C’est une génération qui a beaucoup de talent, offensivement et défensivement. C’est un plus pour l’équipe de France et on verra ce que ça donne. Antoine a fait troisième l’année dernière et j’espère qu’un jour il l’obtiendra. Comme je l’ai dit, il a de très grosses qualités et je pense qu’il va encore progresser.

Vous n’êtes pas le plus capé mais vous êtes un des joueurs les plus expérimentés chez les Bleus. Quel rôle jouez-vous au sein du vestiaire ?

Je suis revenu il n’y a pas longtemps donc j’ai fait ma place petit à petit. J’essaye d’apporter mon expérience et ma maturité. Je reste le même je suis quelqu’un d’assez discret et si on vient me demander conseil, il n’y a pas de souci je pourrais en donner.

Propos recueillis par Julien Quelen (avec B.Quarez), à Clairefontaine.

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