Extra - Auto - Armel Le Cleac'h : « Le moteur de mon annexe est électrique »

L'Equipe.fr
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Le vainqueur du dernier Vendée Globe (la 9e édition s'élancera le 8 novembre des Sables-d'Olonne) évoque les liens environnementaux entre terre et mer.

Dans le hangar 3 de la base sous-marine de Lorient, au chantier CDK, Armel Le Cléac'h (43 ans), récent vainqueur de sa troisième Solitaire du Figaro, surveille la construction de son nouveau trimaran géant Banque-Populaire. C'est là que cet ambassadeur Lexus (depuis cette année) nous a parlé de motorisation électrique et d'énergie durable, en mer aussi.

« Avez-vous eu l'occasion de rouler dans une voiture 100 % électrique ?
Dans le team Banque-Populaire, je roule en RX 450 hybride. J'ai besoin de place avec deux enfants... C'est déjà un avant-goût de l'électrification. Je n'ai pas encore essayé le UX 300e 100 % électrique mais j'ai été ambassadeur pour le groupe Land Rover et j'avais pu conduire le Jaguar SUV E-Pace. C'est vrai que l'accélération est impressionnante, très "on-off" alors que je m'attendais à quelque chose de bien plus progressif. La technologie a beaucoup progressé depuis quinze ans : le team Foncia d'Alain Gautier qui m'avait recruté en 2004 (pour ses premières navigations en trimaran) possédait des Toyota Prius I. J'en appréciais beaucoup le silence.

Retrouve-t-on les mêmes avancées sur l'énergie propre, dans la compétition à voile ?
Nous avons débuté avec 100 % d'énergie fossile dans nos moteurs, scellés au départ mais utilisables en mode débrayé pour fabriquer notre énergie de bord. Sur un Vendée Globe, on embarquait plus de 200 litres de gazole. Nous avons de plus en plus d'électronique et des capteurs partout (y compris de la fibre optique pour détecter un point de faiblesse dans la structure), il nous faut donc plus de batteries. Heureusement, leur performance et compacité ont progressé, grâce à l'automobile d'ailleurs. Les éoliennes fonctionnent bien à haute vitesse. De ce fait, elles ne sont pas adaptées à tous les bateaux ou toutes les allures (orientations du vent).

Depuis quelques années, les hydro-générateurs sont aussi intéressants ; ce sont toujours des hélices mais sous la mer, cette fois. Pas top avec nos bateaux géants qui sortent les coques de l'eau ! On regarde donc pour installer une petite pale sous la dérive centrale. Quant aux panneaux solaires, trop lourds et qui se dégradaient trop facilement avec la mer, ils sont devenus plus fiables et plus légers.

Une dizaine de packs de batteries représente seulement quelques centaines de kilos. Sur un bateau de dix-sept tonnes, ce n'est pas énorme ?
Ce n'est pas le secteur le plus crucial mais nous faisons attention, tout de même. On pourrait se dire que ce n'est pas grave d'embarquer deux batteries de plus mais les kilos s'additionnent vite - cent, deux cents... On essaie, au contraire, d'y faire la chasse.


Le moteur électrique peut-il être une solution en mer ?

Certains bateaux en ont un. Notre problème reste la puissance car les mesures de sécurité nous obligent à atteindre dix noeuds sans voile. Le moteur électrique est donc un peu juste. Mais je sais que l'équipe concurrente de François Gabart (recordman du tour du monde en solitaire en 42 j 16 h 40') travaille sur ce sujet. On pourrait voir aussi des évolutions dans la plaisance (et éviter les rejets de carburant dans les eaux des ports) : le moteur hors-bord de mon annexe (petit esquif permettant de rejoindre le grand bateau) est électrique ; cela fonctionne aussi bien que le petit bloc thermique qui sent le gasoil.

Ce sera plus compliqué pour le transport ?
En mer, la plus grosse pollution provient évidemment du transit des cargos. Quand on traverse le rail et que l'on passe derrière la fumée d'un navire, on le sent bien le fuel ! Mais c'est moins contesté que l'automobile ou le 4 × 4 du voisin car cela représente une grande part du transport mondial. Tout le monde en a besoin alors ces cargos sont "invisibles", on n'en parle pas. On évoque de plus en plus des ailes de kite-surfs géants pour compléter leur propulsion.

Les skippeurs de course ont-ils un rôle à jouer sur la question environnementale ?
Nous avons des valeurs à partager, surtout vis-à-vis des plus jeunes. Nos aventures sont très suivies par les enfants. On leur raconte ce que l'on voit : la pollution mais aussi la mer, qui est très belle. Car tout n'est pas négatif. Avec la classe des Ultimes 32/23, nous travaillons à réduire notre impact sur l'environnement, dans la construction de nos bateaux notamment. Actuellement, il faut reconnaître que leur conception n'est pas très éco-responsable : ce n'est presque que du carbone ! Il n'y a pas plus léger et résistant mais nous avons besoin de matériaux moins polluants ; des start-up développent des choses comme la fibre de lin naturelle. Des surfs sont déjà construits avec des algues vertes ou à partir des déchets que l'on trouve sur les plages, comme les filets de pêcheurs déchirés et rejetés par la mer qui sont recyclés. »