Extra - Culture - Riner, Le Fur, De Jesus Dos Santos... « Aux frontières de l'humain », une exposition entre le Musée de l'Homme et l'Insep

·4 min de lecture

Le Musée de l'Homme a collaboré avec l'Insep afin de réaliser une exposition interrogeant les limites de l'humanité : « Aux frontières de l'humain ». Ouverture ce mercredi, jusqu'au 22 mai 2022.

Vu avec un peu de hauteur, le sport est d'abord une histoire d'Hommes - avec un grand H - et de limites. Une histoire de dépassement de ses capacités physiques et mentales, de franchissement de frontières chronométriques, de frôlement de bordures. On ne s'étonnera pas alors qu'une exposition consacrée aux limites de l'humanité s'intéresse aux spécialistes des frontières de l'effort, c'est-à-dire les athlètes. Aux frontières de l'humain, qui s'ouvre ce mercredi, au Musée de l'Homme, au Trocadéro à Paris, et dont L'Équipe est partenaire, parle aussi de sujets très éloignés de la compétition sportive (modification génétique, transhumanisme, anthropocène...), mais le sport y occupe une place suffisamment importante pour que deux membres de l'Insep, Benjamin Pichery et Patrick Roult, se soient joints à son commissariat scientifique.

C'est même une initiative de l'Insep, lancée il y a trois ans, qui a inspiré l'exposition. L'Institut projetait alors de monter une expo autour de « l'Homo Sporticus ». Le cadre du projet s'est finalement élargi et aux questions sur les limites de la performance se sont ajoutées celles portant sur d'autres frontières : Quelles bornes entre l'homme et la machine ? Qu'est-ce qui sépare l'homme de l'animal ? Quelles limites à la vie humaine, sur une planète menacée d'une catastrophe écologique ?

L'homme, un animal aux performances assez banales
Les sujets abordés dans Aux frontières de l'humain relèvent de disciplines très diverses (ethnologie, philosophie, histoire des sciences...), mais le parcours de l'exposition s'attache à rapprocher ces univers disparates. Après avoir traversé un espace consacré à l'homme et l'animal, on arrive ainsi à celui dédié au sport, par un couloir comparant les performances des champions à celles des animaux. Le constat est un peu douloureux pour nos ego d'homo sapiens, mais le meilleur nageur de l'histoire olympique, Michael Phelps (23 médailles d'or), n'avance, au mieux, qu'à la vitesse d'une carpe... L'homme est un « animal d'exception », mais du point de vue d'une gazelle springbok, dont les bons atteignent 15 mètres de longueur, Mike Powell, recordman du monde avec un saut à 8,95 m, reste un mammifère assez banal.

Réfléchir à ce qui sépare l'homme normal du champion est finalement moins embarrassant. Encore que... Une projection d'une photo grandeur nature de Teddy Riner, derrière un miroir sans tain, permet de se comparer au colosse. Les 2,04 m pour 131 kg de Riner, comme les mensurations de la gymnaste Mélanie De Jesus Dos Santos (1,53 m pour 39 kg), rappellent que la prédisposition pour une discipline sportive est d'abord une histoire de morphotype. L'Insep a d'ailleurs mis en place un programme d'identification des gabarits, construit à partir des paramètres anthropométriques (poids, taille, souplesse, endurance...), afin de cerner le potentiel des jeunes sportifs.

Mais un sportif de haut niveau ne se résume heureusement pas à un assemblage de gènes. « Pour devenir un champion, le morphotype ne suffit pas : ce sont les forces du mental, les qualités d'adaptation, la confiance en soi et l'intelligence tactique qui font la différence », souligne Patrick Roult, chef du pôle haut niveau de l'Institut. Dans la partie de l'exposition intitulée « Je suis un champion », une série de vidéos met aussi en relief la part d'inventivité des athlètes d'exception : du service dos au filet de John McEnroe, à la nouvelle technique de saut en hauteur imposée par l'Américain Dick Fosbury.

Une installation mettant en avant la diversité des chaussures utilisées selon les disciplines rappelle que l'excellence sportive est aussi une affaire d'innovations techniques. Mais des combinaisons en polyuréthane qui ont fait voler les records dans les bassins de natation entre 2008 et 2010, aux nouvelles pointes utilisées par les athlètes lors des derniers Jeux Olympiques, le mariage de la technique et de l'athlète questionne les limites de la performance humaine. « L'homme est en train de céder la place à la machine et le handisport est en train de nous montrer la voie », prophétise Benjamin Pichery, citant en exemple l'athlète amputé Oscar Pistorius, que des lames en fibres de carbone avaient porté jusqu'aux Jeux Olympiques de Londres (2012).

Des salles consacrées aux cyborgs et aux mutants
Des prothèses de Pistorius à celles bioniques de Steve Austin, alias L'Homme qui valait trois milliards, Aux frontières de l'humain n'hésite pas à s'aventurer sur le chemin de l'imaginaire, avec des salles consacrées au mythe du cyborg ou aux « mutants », créés par l'amélioration future des techniques de modification de l'ADN. Les frontières de l'humain sont parfois inquiétantes, mais ça n'empêche pas l'exposition de maintenir un ton léger, à l'image du titre de sa dernière partie : « On va tous y passer ». La fin du monde n'étant pas prévue pour le 22 mai, date de fermeture de l'exposition, ça laisse un peu de temps aux curieux pour aller explorer « les frontières de l'humain » et réfléchir à celles qu'ils ne souhaitent pas dépasser.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles