Fernanda Maciel : « On est capable de concurrencer les hommes »

Spécialiste de l'ultra-endurance, Fernanda Maciel se consacre désormais plus à des projets qu'aux courses, comme sa traversée record d'un glacier en Patagonie chilienne. La Brésilienne de 42 ans installée à Chamonix évoque sa façon de vivre le trail running et notamment l'UTMB, qui reste un de ses objectifs.

« Parlez-nous de cette traversée record du Circo de los Altares, autour du Fitz Roy et du Cerro Torre, en Patagonie Chilienne (78 km et 2600m de dénivelé, en 13 heures et 15 minutes).
Cette traversée est très connue en Patagonie, c'est la troisième plus grande étendue glacière du monde (après l'Antarctique et le Groenland). Des alpinistes le font généralement en sept jours. J'y suis déjà allée il y a 12 ans et depuis, je l'ai toujours eu en tête. Avec Kaytlyn (Gerbin), là-bas, on avait très peur, deux hommes ont fait la traversée juste avant nous, ils nous ont dit qu'il y avait des crevasses énormes, qu'ils sont tombés, que c'était dangereux. Mais on s'est dit « essayons » (rires). On pensait à 90 % qu'on allait revenir rapidement sans terminer. C'était incroyable, il n'y a pas de sentiers de trail, tu essaies de lire le terrain au mieux. J'ai été en Islande plein de fois mais là, tout est géant, magnifique. Courir sur la glace... On a sauté au-dessus de plus de 2000 crevasses, c'était fou. Il y avait des parties hyper techniques, sauvages. Une traversée incroyable (à vivre à travers le film « Hielo »).

Vous avez fait beaucoup de compétitions (4 podiums à l'UTMB, 3e de l'Ultra-trail World Tour en 2019 et 2018). Ces deux dernières années, vous vous concentrez plus sur les projets de trail running. Qu'est-ce que vous recherchez ?
Explorer de nouveaux endroits, la beauté des paysages, le challenge. Et tenter des projets hypers durs pour moi, où je ne sais pas si je serai capable de le finir ou pas. Je cours depuis 12 ans de l'ultra-distance. J'ai beaucoup d'expériences : sur 1000 km, en haute-montagne, de l'alpinisme aussi, des records (notamment le Kilimandjaro en Tanzanie ou l'Aconcagua en Argentine). Avant, je me concentrais sur les courses et quand j'avais un peu de temps, je faisais un ou deux projets. Maintenant, j'ai envie de faire l'inverse. Ça me motive vraiment. Là, je veux aller en Alaska, courir, monter et descendre plusieurs sommets. Je m'entraîne beaucoup pour ça.

Vous reviendrez un jour sur l'UTMB ?
Bien sûr (sans hésitation). J'adore cette course, c'est mon style. Je vis sur Chamonix depuis deux ans, j'ai déjà fait quatre podiums. J'ai hâte de revenir, mais pas cette année encore. Peut-être l'année prochaine.

Votre objectif sera de gagner ?
Oui. Vu que je m'entraîne ici, j'ai hâte de refaire l'UTMB.

Les deux dernières éditions ont été marquées par la victoire impressionnante de Courtney Dauwalter, 7e temps au scratch en 2021. Comment vous voyez la progression du niveau féminin ?
On se rapproche vraiment des hommes. Ça va être super intéressant de voir l'évolution de ce sport car pour battre les hommes, évidemment il faut être forte et rapide, mais l'endurance compte énormément. Et nous avons l'endurance. On est capable de concurrencer les hommes. Courtney est très solide. J'ai été aussi dans le top 5 (au scratch) de la Transgrancanaria (128 km sur l'île Grande Canarie). Parfois, ça arrive et c'est cool ! J'ai fait une course au Brésil, que j'ai gagnée et je faisais partie du top 3 chez les hommes. C'est bien car ça prouve que sur les longues distances, on peut avoir cette possibilité de battre quelques hommes.

Pensez-vous qu'un jour, sur une course iconique de trail comme l'UTMB ou la Western States, une femme pourra battre un homme ?
Je ne pense pas. L'UTMB (171 km) ou la Western States (161 km), c'est trop court (rires). Les hommes arrivent hyper bien préparés, très compétitifs. Peut-être plus tard, sur une distance plus longue.

Vous avez 42 ans. Combien de temps vous vous voyez encore dans le trail running ?
Sûrement toute ma vie. Si dans trois ans, je ne suis pas capable d'être compétitive sur une course, je peux faire d'autres projets, en Afrique, des longues distances... Il y a tellement de possibilités dans le trail au niveau de la culture, du social, de la protection de la planète. J'ai été avocate spécialisée dans l'environnement avant, donc j'aime explorer toutes ces facettes en partageant ma passion. Ma passion pour le trail running ne mourra jamais. Même si j'ai des problèmes au genou par exemple, je pourrai faire un bout à vélo (rires) et ensuite courir. À Chamonix, en montagne, vous pouvez voir tellement de femmes de 90 ans, avec les bâtons de marche et je me dis « ce sera moi ! ». Si tu aimes les montagnes, c'est difficile de les quitter. »

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