Le fils de José Farias lui rend hommage dans une pièce de théâtre franco-argentine

Dans le spectacle « De Fils en Aiguille », l'auteur et comédien franco-argentin Gustavo Farias évoque son père José, ancien grand attaquant des années 60. Et donne une vision très personnelle du football comme lien culturel à travers « ses » deux pays.

C'est le genre de personnage que l'on n'oublie pas. Rencontré il y a près de 20 ans à Buenos Aires, Gustavo Farias est un touche-à-tout passionné, de culture, de football, de France et d'Argentine. Son père José, disparu en 2004, fut un grand attaquant, passé par Boca Juniors et Huracan avant de connaître une belle carrière en France entre 1963 et 1973 à Strasbourg, au Red Star puis à Toulouse. Vainqueur de la Coupe de France en 1966 sous le maillot alsacien, il popularisa en D1 un geste jusqu'alors inédit ou presque, la roulette, celle-là même qui devint bien des années plus tard l'une des signatures techniques de Zinédine Zidane.

José Farias fut ensuite entraîneur, à Toulouse puis au Red Star, puis revint en Argentine développer des formations d'entraîneurs sur le modèle français. Il resta d'ailleurs en contact avec les techniciens de la FFF, qui firent plusieurs visites à Buenos Aires, notamment au Club Parque, incroyable pépinière de talents où l'art du dribble s'enseigne dès 4 ou 5 ans en salle.

Gustavo Farias, auteur de « De fils en aiguille »

« En Argentine, on m'appelle Gustavo el Frances, et quand je suis en France, je suis Gustavo l'Argentin. Buenos Aires me manque quand je suis à Paris, et Paris me manque quand je suis à Buenos Aires »

Son fils Gustavo n'est pas devenu footballeur professionnel, après avoir fait ses classes à River Plate, San Lorenzo puis au Racing Paris au milieu des années 80. Né à Argenteuil en 1965, il a constamment navigué entre « ses » deux pays, avec quelques crochets insolites. « Après le Racing, j'ai travaillé au Lido tout en jouant dans leur équipe de foot corpo, j'ai ensuite suivi ma fiancée à Macao, puis je suis passé par l'Australie, Paris, l'Argentine... Là-bas on m'appelle Gustavo el Frances, et quand je suis en France, je suis Gustavo l'Argentin, reconnaît l'auteur et comédien. Buenos Aires me manque quand je suis à Paris, et Paris me manque quand je suis à Buenos Aires. C'est un éternel dédoublement, mais j'ai beaucoup de chance, je ne m'ennuie jamais. C'est passionnant de voir et de vivre les deux cultures, il y a tellement de choses à partager. »

Après avoir écrit et interprété en Argentine des spectacles sur la gastronomie française ou Albert Camus, Farias a cette fois planché sur sa propre histoire et celle de son père avec « De Fils en Aiguille », qu'il joue ces jours-ci en région parisienne après des dates à Buenos Aires ou bien encore en Corse. « C'est sous la forme d'un stand-up, mais c'est d'abord très personnel. Je me rends compte avec les années qui passent de ce qu'a réussi mon père. Comme il le disait, il a débarqué en France avec une valise pleine de rêves, et le foot lui a permis d'en réaliser. Il a tellement aimé la France, c'était sacré pour lui ! Dans les années 60, débouler dans un pays lointain demandait un grand courage. Je le vois comme un héros, il a débroussaillé le chemin pour les autres footballeurs qui ont fait ensuite le même parcours. Je le vois presque comme un pionnier. Et est-ce que les footballeurs français joueraient aujourd'hui comme ils jouent sans l'apport technique et culturel de certains étrangers ? »

Gustavo Farias

« Si Messi veut venir voir la pièce, il est le bienvenu »

C'est tout cela qui fait la trame de « De Fils en Aiguille », spectacle joué sous les yeux d'Oswaldo Piazza il y a quelques semaines dans la capitale argentine. « Il m'a semblé très ému et très content. C'est un rêve qu'il soit venu. Je l'avais en poster dans ma chambre quand j'étais gamin. Oswaldo c'était le gladiateur, le super-héros de Marvel avant l'heure, il ne lui manquait que l'épée et le bouclier. Il incarnait le courage sur un terrain, et nous en Argentine on voue un culte à cette qualité. »

Il y a quelques jours en Corse, en discutant avec quelques locaux aux cheveux blancs, Gustavo a compris que son nom de famille déclenchait encore de beaux souvenirs. « Là-bas les gens vivent longtemps, des anciens m'ont parlé de mon père, de sa technique et de sa roulette, glisse-t-il assez ému. Je termine la pièce en évoquant un grand match imaginaire au Stade de France. Il y a les vivants et les morts, Pelé, Messi, Garrincha, mon père... Si Messi veut venir voir la pièce, il est le bienvenu. La vie, c'est comme un match de foot, on ne sait jamais comment ça va se passer ! »