Florent Ghisolfi sur son départ du RC Lens : « Le sentiment du devoir accompli »

Florent Ghisolfi ce mercredi en conférence de presse. (E. Garnier/L'Équipe)

Le futur ex-directeur sportif du RC Lens Florent Ghisolfi a officialisé son départ ce mercredi, lors d'une conférence de presse au stade Bollaert. S'il n'a pas cité le nom de son nouveau projet, l'OGC Nice, il a tenté de lever certaines interrogations concernant ce changement soudain.

« Quelles sont les raisons qui ont motivé votre départ, et quel en a été le timing ?

Je ne m'étalerai pas sur les raisons. Les raisons d'un choix sont toujours personnelles, et elles m'appartiennent. Je garde ça pour mes proches, mon entourage. J'ai beaucoup échangé avec Arnaud (Pouille, le directeur général). Pour ce qui est du timing, c'est vrai que ça peut paraître surprenant puisqu'on est en cours de saison. Mais je ne suis pas entraîneur ni joueur, et dans notre métier de directeur sportif, le timing le moins mauvais pour quitter un club et prendre ses fonctions dans l'autre, c'est septembre. On a fait le mercato, du mieux possible, et s'il y a un moment où ça déstabilise le moins le club quitté, c'est septembre. Le club a le temps de se retourner, se restructurer, en vue du prochain mercato d'été.

Quand avez-vous pris votre décision, et quand a-t-elle été annoncée au club ?
Vous vous doutez que ça va assez vite. Le club qui m'a sollicité a voulu avancer rapidement. En finalité, ça a été acté samedi. Il y a eu des discussions avant, évidemment, mais ça a été acté samedi. Ma priorité était de ne pas polluer le match contre Lyon, très important pour la continuité de notre saison. J'en ai parlé à strictement personne avant ce match. Ma priorité était ensuite d'en parler le plus tôt possible cette semaine, même si c'est celle du derby. J'en ai parlé très tôt lundi avec Arnaud (Pouille), Joseph (Oughourlian, le propriétaire) et Franck (Haise, l'entraîneur), qui ont été les premiers au courant. La confidentialité a été maintenue, c'est une de mes forces dans ce métier-là, et je suis content que dans mon cas personnel, ç'ait été aussi le cas.

lire aussi


Nice va débaucher Florent Ghisolfi, le directeur sportif de Lens

Votre départ sera effectif quand ?
Je suis un salarié comme tous les autres, en CDI. Je suis en droit de poser ma démission pour partir sur un autre projet. Il y a un préavis, évidemment, à respecter. On est en train d'échanger avec Arnaud et Joseph pour trouver la meilleure solution pour tout le monde, surtout pour Lens. Je serai présent dimanche au derby, et je remercie Arnaud de m'accorder cette autorisation. Je souhaite être avec les joueurs dimanche, tant que je serai sous contrat au RC Lens, je donnerai le meilleur de moi-même. Je pense que le club que je vais rejoindre en attendra tout autant.

Pensez-vous que votre annonce peut déstabiliser le vestiaire avant le derby contre Lille, dimanche ?
Je n'ai pas choisi le timing. Mais si vous pensez que ce groupe peut être déstabilisé une semaine de derby par un évènement qui n'est finalement pas dans le cadre sportif, c'est mal le connaître. Quand je suis arrivé il y a trois ans et demi, le club était un peu traumatisé. Il sortait de dix années compliquées. Mais aujourd'hui je pense que tout le monde reconnaît que le RC Lens a beaucoup de caractère, est capable de renverser des montagnes. Dimanche, les joueurs, le staff, tout le monde va répondre présent.

Vous avez annoncé au vestiaire votre départ. Comment avez-vous vécu ce moment ?
Ce qui s'est dit dans le vestiaire va y rester. Oui c'est difficile car ce groupe on l'a construit de A à Z, chaque pièce a été pesée. Ce groupe c'est ma fierté, ce staff c'est ma fierté. Je souhaite qu'on fasse la meilleure saison possible. Luis Campos a quitté le LOSC en cours de saison, et le LOSC a été champion. Je pense que ce titre c'était le sien aussi. Je souhaite que le RC Lens fasse sa meilleure saison possible. Je suis persuadé qu'il atteindra une place européenne, car il le mérite amplement.

Comment ont réagi les joueurs ?
Je viens de leur parler, je ne peux pas répondre tout de suite. Il y a beaucoup de respect, de fierté, d'un côté et de l'autre. Je leur ai dit qu'ils sont ma fierté, derrière mes enfants, ce sont ma plus grande fierté. Ce sont des situations qu'ils ont déjà vécues. Eux-mêmes sont emmenés à bouger, les dirigeants aussi. Il vaut mieux que ce soit par le haut que par le bas.

Partez-vous avec le sentiment du devoir accompli ?
J'ai présenté à Arnaud, il y a trois ans et demi, un projet, un cycle de trois ans. Sur ce cycle-là, toutes les cases ont été cochées, peut-être même plus qu'on l'attendait. Je pars avec le sentiment du devoir accompli, totalement. Pour l'anecdote, j'avais dit autour d'un apéro, quand on était encore en Ligue 2, que le jour où on finirait devant le LOSC je pourrais partir tranquille. J'aurais dû me fixer un objectif plus élevé (sourires).

lire aussi


Lens déstabilisé par le départ soudain de son directeur sportif Florent Ghisolfi

Il y a de l'incompréhension chez les supporters, voire de la colère. Que souhaitez-vous leur répondre ?
Merci. J'ai toujours vu d'un mauvais oeil les gens qui quittaient un club et criaient leur amour pour celui-ci. Je ne vais pas le faire. L'amour que j'ai pour l'effectif, le staff, le club, tous les salariés, je le garderai pour moi. Je veux dire à tous ces gens-là merci. Je pars avec le coeur rempli de bonnes choses. L'incompréhension je la comprends tout à fait, on a les yeux rivés sur ce qui se passe en ce moment. On vit une dynamique exceptionnelle, mais dans mon métier, si on sort, c'est maintenant. En tout cas si on veut sortir proprement. On a toujours les yeux posés plus loin. J'assume ce changement-là. Je veux remercier les salariés du club. J'ai reçu des témoignages très forts, je sais comment je me suis investi, comme un fou, c'est une fierté de recevoir ces mots-là. C'est très difficile de partir, mais je préfère quitter avec le coeur rempli de ces paroles-là. C'est un des clubs les plus magiques en France, très singulier, je garde énormément de souvenirs. Mais je ne chercherai pas à justifier plus que ça, les raisons m'appartiennent.

Grégory Thil, qui était responsable de la cellule de recrutement, va vous suivre dans votre nouveau projet...
Oui, il va rejoindre le prochain projet avec moi. Je ne serais pas parti sans lui. Nous formons un binôme. C'est un homme exceptionnel, au-delà d'être un professionnel incroyable. Il fait partie de ces travailleurs de l'ombre qui se sont investis comme des fous pour le RC Lens. Il aime profondément le club. La première chose qu'il m'a dite, c'est qu'on doit partir avec le plus de respect possible. C'est aussi pour lui une occasion de se développer, de se challenger. Je veux le remercier pour tout ce qu'il a fait pour le RC Lens.

D'autres personnes du RC Lens peuvent vous suivre ?
J'ai ramené moi-même beaucoup de personnes ici au club, car j'estimais qu'elles avaient la compétence pour nous apporter. L'important, c'est de créer des organisations pérennes. Il y a des cases dans laquelle on met des hommes, mais l'organisation de Lens est réfléchie, efficiente. Est-ce que d'autres personnes peuvent me suivre ? C'est la première chose que j'ai dite à Arnaud : tout le monde est sous contrat aujourd'hui au RC Lens, staff, joueurs. J'y ai veillé personnellement cet été, on a prolongé le staff, on l'a réoxygéné avec des arrivées. Tous les joueurs sont sous contrat, l'exemple de Seko Fofana et sa prolongation en est le meilleur. Le club que je vais rejoindre peut être intéressé par des éléments du RC Lens, mais comme 50 clubs qui ont un budget supérieur aujourd'hui, des moyens supérieurs. D'autres clubs ont pris des éléments de notre cellule de recrutement. Le RC Lens surperforme depuis trois ans, les gens peuvent être chassés par des clubs qui ont plus de moyens. Si un jour le club que je vais rejoindre est intéressé par quelqu'un (de Lens), on échangera en toute transparence avec Arnaud, ce n'est pas plus compliqué que ça. »