FMX/Base jump - Tom Pagès : « Une sensation de dingue »

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La star du FMX, le Français Tom Pagès, a dévoilé ce mardi un documentaire immersif sur ses sauts en base jump. Il revient pour nous sur l'origine de ce projet fou, l'intense préparation et les sensations incroyables ressenties.

« D'où vient ce projet ?
J'avais déjà vu des sauts sans parachute du cascadeur Alain Prieur dans les années 80, il a inspiré plein de monde. Plus récemment, Travis Pastrana a aussi fait des choses un peu folles, mais les motos terminaient tout le temps éclatées. Un jour, j'ai soumis un projet à Vince (Reffet) et Fred (Fugen), c'était de sauter d'un avion avec ma moto sans parachute. Pour eux, c'était non seulement inconcevable mais il manquait le côté performance. Ils m'ont pris pour un abruti fini (sourire). Et puis, lors de l'été 2019, quand j'étais blessé, Vince est passé me voir et m'a cette fois proposé de faire un saut en base jump mais avec un tricks dedans, un truc que personne n'a jamais fait. Quand il a dit ça, cela voulait dire qu'il m'autorisait à faire quelque chose. C'était le feu vert. L'histoire est partie comme ça.

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Sauf que vous n'êtes à la base pas un expert des sauts en parachute ou base jump...
Vince m'a dit qu'il fallait que j'aie au moins 300 sauts. J'en avais déjà une centaine à mon actif, mais du coup j'avais besoin de faire des sauts pendant un an non-stop en avion pour y arriver. Il fallait donc que j'arrête de sauter en freestyle pour ce projet. Je me suis demandé si j'étais prêt à ça. Le Covid est arrivé, les compétitions ont été à l'arrêt et mon sponsor Red Bull a accepté le projet. Toutes les planètes se sont alors alignées.

Dans le documentaire, le mot peur revient souvent. Vous avez vécu avec elle pendant deux ans ?
Oui, et c'était particulier. Le base jump, ce n'est pas du tout ma zone de confort. C'est un sport très différent de la moto. C'est hyper stressant. En fait, sauter, tu sais que ça peut le faire. Ce qui est plus compliqué, c'est davantage l'atterrissage. Donc la peur est toujours là.

Et quand vous avez posé la rampe au bord de la falaise à Avoriaz, vous vous êtes dit quoi ?
Ce moment-là, c'est violent. Il y a des émotions dans tous les sens. Il y en a qui installent la rampe, toi tu supervises, et on te demande d'aller voir en bas car ils installent des filets au cas où... Sans compter les réunions avec la prod. Pendant une semaine, c'est une atmosphère de dingue. Mais je sais que je vais vivre mon rêve. On parle beaucoup du risque mais, moi, à ce moment-là, j'ai conscience que ce truc très beau ne va m'arriver qu'une seule fois dans ma vie. Et que ce n'est pas pour tout le monde. Il fallait donc savoir l'apprécier.

Avez-vous pris du plaisir ?
Le premier saut à Avoriaz (il y en a eu trois en tout), c'était un truc de malade, une montée d'adrénaline de fou. Le décompte, chauffer la moto, la brume... La prise d'élan était longue et belle. La moto faisait un joli son. Et après le saut, c'était une sensation de dingue (il le répète deux fois). La moto et moi, on planait. Elle s'est posée comme une fleur. Donc on est reparti pour un deuxième saut.

L'âme de Vince Reffet a-t-elle plané au-dessus d'Avoriaz ?
J'ai sauté pour lui. Et, après sa mort, si Fred a repris le flambeau c'était parce que c'était lui ou personne d'autre. Sinon le projet s'arrêtait, c'était très clair. À chaque fois que je faisais des sauts, je me demandais si Vince aurait été content de moi. Je savais qu'il était là. Sous mon maillot j'avais un de ses t-shirts. Il a donc sauté avec moi. C'était ultra-important. Et je me suis dit : "Dans le pire des cas, on se retrouve". Donc tu n'as jamais peur, parce que tu fais attention. Tout s'est très bien passé parce qu'il y avait quelqu'un qui veillait sur nous.

Les prochains mois vont ressembler à quoi ? Allez-vous reprendre les compétitions de FMX ?
Émotionnellement c'était tellement fort que, là, je ne sais pas sur quoi repartir. Je vais donc prendre le temps de digérer tout ça. Ce que je viens de faire ouvre le champ des possibles. Physiquement, après ma blessure, je suis très bien revenu. À moi de prendre la bonne décision, je ne sais pas où je veux aller. La compétition est une option, mais si je peux éviter ce serait bien. J'ai peur à mon âge de repartir dans une routine et de rater des choses. Avant, j'arrivais à être satisfait et rassasié d'une figure nouvelle. C'était pour moi de l'innovation, comme un aboutissement. Et ce n'est plus trop le cas. Aujourd'hui, une figure nouvelle je vois ça comme de la continuité, pas de l'innovation. En fait, il y a plein de choses qui m'animent.

Comme quoi ?
Découvrir le monde. Sortir de mon jardin. Depuis que j'ai 20 ans, j'y suis. C'est beau et bien. Mais il n'y a pas que ça. Je vais avoir 37 ans et j'ai conscience qu'il y a trop de trucs à faire. »

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