La folie Furia, KCX2, discours de s1mple... Cinq moments forts de l'esport en 2022

Les Brésiliens de Furia, au Major de Rio, après leur succès contre NAVI en quarts de finale dans une ambiance assourdissante. (Adela Sznajder/ESL)

Du discours de l'Ukrainien Oleksandr « s1mple » Kostyliev à l'arrivée d'un nouveau format compétitif sur Valorant en passant par l'acquisition d'ESL et FACEIT par l'Arabie saoudite, retour en cinq moments forts de l'esport en 2022.

Le discours de l'Ukrainien Oleksandr « s1mple » Kostyliev à KatowiceCe vendredi 25 février, dans la Spodek Arena de Katowice (Pologne), jusqu'à ce qu'Oleksandr « s1mple » Kostyliev ne prenne la parole, personne n'avait vraiment la tête au jeu. La veille, la Russie avait entamé son offensive contre l'Ukraine, toujours en cours aujourd'hui, suscitant l'émoi de la communauté internationale. Sur Counter-Strike, depuis toujours, les deux pays ne forment qu'un et évoluent au sein de la même région, la CIS, où se forment et déforment des équipes mêlant les deux nationalités. Comme NAVI, l'équipe de s1mple, alors n°1 mondiale.

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C'est dans ce contexte que le meilleur joueur du monde, star en son pays comme en Russie, personnage charismatique et respecté par ses pairs, monte sur scène. « Toute ma carrière j'ai joué avec des Ukrainiens, des Russes, des Américains... Tous sont des super mecs, explique-t-il avec des tremblements dans la voix, alors qu'une partie de sa famille est coincée en Ukraine. Aujourd'hui je suis avec mes amis, de vrais amis. Nous gagnons et nous perdons ensemble. Nous voulons tous la paix en Ukraine et dans le monde. Nous avons tous peur, mais nous devons rester unis. » Le lendemain, s1mple et les siens s'inclineront en demi-finales face à G2. Mais, largement relayé sur les réseaux, son message de solidarité a fait date.

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KCX2 et TrackMania Cup : Bercy, place forte de l'esport françaisDe l'ambiance, ils sont les rois. En 2022, les ultras de la Karmine Corp ont encore étonné par leur ferveur, qui a pleinement pris corps lors du KCX2, le 23 juin dernier. Les places pour l'Accor Arena ont été mises en vente 11 jours seulement avant le show, pour deux matchs de saison régulière sur Valorant et League of Legends, a priori assez anecdotiques ? Pas un problème pour les fans, intégrés au groupe de supporters « Le Blue Wall » ou non, qui se sont arrachés les 12 000 places disponibles en quelques heures pour offrir une ovation assourdissante à ses joueurs, notamment Martin « Rekkles » Larsson. Éphémère porte-étendard de la structure, le Suédois l'aura tout de même mené vers un 3e titre aux European Masters, en mai, pour ce qui aura été le point d'orgue sportif de l'année KC.

Déjà hôte des finales de l'ESWC (2006 et 2008), puis de celle des Mondiaux de League of Legends (2019), le palais omnisport de Paris-Bercy a en tout cas confirmé en 2022 son statut de temple de l'esport français, puisqu'il a aussi accueilli la 10e édition de la TrackMania Cup. Organisée par Adrien « ZeratoR » Nougaret, la compétition devait déjà y avoir lieu en 2020, mais avait été reportée à cause du Covid-19. Le streamer montpelliérain a enfin pu avoir sa grande fête, le 4 juin, devant près de 15 000 personnes, tous bracelets vert fluo au poignet. Une jolie dernière pour ce rendez-vous à part dans le calendrier esportif français, qui ne devrait pas revenir, en tout cas sous cette forme, l'année prochaine.

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Le changement de format compétitif sur ValorantAucun jeu n'a connu une plus grande croissance d'audience en 2022 que Valorant, qui s'installe petit à petit comme l'un des titres majeurs de l'esport à travers le monde. La tendance devrait encore se confirmer en 2023, avec le lancement du Valorant Champions Tour, son circuit franchisé et mondialisé calqué sur le modèle de League of Legends, qui sera l'une des grosses attractions de l'année. Au total, 30 structures ont été choisies par Riot Games pour intégrer ce ghota, dont dix en EMEA, la région englobant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. Et la révélation en grande pompe de l'identité de ces équipes partenaires, le 21 septembre dernier, n'a pas fait que des heureux.

Club pourtant incontournable de l'écosystème européen, G2, par exemple, n'y sera pas : son dossier de candidature a finalement été écarté après les propos polémiques de son fondateur Carlos « ocelote » Rodriguez, qui a depuis démissionné. Idem pour Mandatory, la structure fondée en début d'année par le streamer Adrien « ZeratoR » Nougaret, qui n'a pas voulu brûler les étapes et restera dans le Championnat de France, même si ses excellentes audiences disent beaucoup de la prise de pouvoir progressive des équipes d'influenceurs. Pour les fans français, il faudra donc se reporter sur Vitality et, surtout, la Karmine Corp, qui a déjà révélé son effectif ambitieux, avec Adil « ScreaM » Benrlitom en tête de file.

Furia - NAVI et la folie du public brésilien au Major de Rio de JaneiroInitialement prévu en 2020, le Major - catégorie de tournois la plus prestigieuse sur Counter-Strike - de Rio de Janeiro a enfin pu être organisé au Brésil cette année. Un rendez-vous très attendu du fait de la passion connue du public local pour l'esport et CS en particulier. Avec deux premiers tours pour la première fois en public, des play-offs dans une salle d'une quinzaine de milliers de places, une fan-zone et des billets vendus en quelques heures, tout laissait croire que ce Major pouvait être l'événement le plus fou que l'esport ait connu. Le 11 novembre au soir, il l'est devenu.

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En quarts de finale, les Brésiliens de Furia affrontent alors NAVI, l'équipe du meilleur joueur du monde - l'Ukrainien Oleksandr « s1mple » Kostyliev - et l'une des favorites du tournoi. Furia, principal espoir local et dernière formation auriverde en lice, joue avec un sixième homme depuis son entrée en lice : le public, déjà bruyant dans une plus petite salle et surtout très organisé. Maillots, drapeaux, chants inspirés des tribunes des stades de foot, énergie folle... Les fans brésiliens donnent de la force à leurs équipes et mettent sous pression leurs adversaires. Contre NAVI, dans la Jeunesse Arena, tout est multiplié par 10. Et dans un bruit assourdissant et une liesse magnifique, Furia crée alors l'exploit. Le parcours s'arrêtera au tour suivant, mais le Brésil - au relatif désintérêt du public pour les matches sans Brésiliens près - a marqué toute une scène.

L'Arabie saoudite rachète et fusionne ESL et FACEITL'information date du début d'année et n'a que peu fait parler depuis, pourtant l'acquisition et la fusion d'ESL et FACEIT, deux organisateurs importants de tournois dans le monde de l'esport, par le Savvy Gaming Group, pourrait avoir une influence majeure sur le développement de la discipline. D'abord parce que le coût de l'opération est estimé à 1,5 milliard de dollars, une somme colossale qui symbolise la montée en puissance du sport électronique, mais surtout parce que l'acheteur est financé directement par le Fonds d'investissement public d'Arabie saoudite (le PIF). Celui-là même qui avait acquis le club de Newcastle en Premier League anglaise, par exemple.

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Cet investissement massif n'est pas une surprise : l'Arabie saoudite l'avait déjà fait dans le monde du jeu vidéo. Elle s'était d'ailleurs sérieusement penchée sur l'esport en particulier, notamment via NEOM, son projet de ville futuriste, sponsor éphémère de quelques compétitions jusqu'à une levée de boucliers face aux positions du royaume en matière de droits de l'Homme. La discipline et le gaming tout entier sont ainsi vus comme un axe de diversification d'une économie très dépendante des hydrocarbures, mais aussi une façon d'installer un « soft power » favorable au pays. S'il est encore trop tôt pour estimer les conséquences réelles de ce changement de propriétaire côté ESL FACEIT, il illustre bien l'appétit grandissant du Moyen-Orient concernant le sport électronique. Le développement du club saoudien Falcons ou la multiplication des tournois dans la région (à Abu Dhabi en décembre pour la BLAST sur Counter-Strike, par exemple) en sont d'autres signaux.

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