Que font les instances pour lutter contre l'homophobie dans le football?

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Neymar avec un flocage aux couleurs arc-en-ciel, symbole LGBTQ+, à Paris le 16 mai 2021 - Icon Sport
Neymar avec un flocage aux couleurs arc-en-ciel, symbole LGBTQ+, à Paris le 16 mai 2021 - Icon Sport

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Patrice Évra a rappelé la triste évidence à propos de l'homosexualité dans le football: "Dans le monde du foot, c’est simple, tout est fermé". L'ancien international français a confié, dans les colonnes du Parisien, avoir joué avec des coéquipiers qui s'étaient ouverts à lui sur leur orientation sexuelle: "Il y a au moins deux joueurs par club qui sont homosexuels. Mais dans le monde du foot, si tu le dis, c'est fini".

L'actualité ne le contredit pas. Josh Cavallo, dont le coming out en octobre fait de lui le seul footballeur de première division à être ouvertement gay, a encore dû dénoncer en janvier des actes homophobes en plein match: "Il n'y a pas de mots pour dire à quel point j'ai été déçu. (...) Nous devons faire plus pour mettre ces gens soient tenus responsables [de leurs injures]". Avant lui, un joueur anonyme de Premier League dévoilait une lettre pour décrire le "cauchemar absolu" de sa situation. Mais pour l'heure, l'action des instances dirigeantes du football et des pouvoirs publics paraît bien maigre.

· Drapeaux, flocages et brassards pour le symbole

En mai dernier, le football français s'est servi des 37e et 38e journées de Ligue 1 et Ligue 2 pour sensibiliser les spectateurs. Un clip a été diffusé sur les réseaux sociaux pour dénoncer les propos offensants et insultants qui peuvent être entendus lors des matchs. En outre, les joueurs ont porté des flocages de maillot aux couleurs arc-en-ciel, symbole du mouvement LGBTQ+. En 2019, les capitaines des clubs professionnels français avaient été invités à porter un brassard au même motif. Mais plusieurs joueurs avaient esquivé cette initiative. La même année en Angleterre, là aussi le temps d'une journée, des drapeaux du même motif multicolore avaient été placés sur les poteaux de corner.

Par ailleurs, la Ligue de football professionnel (LFP) avait annoncé la mise en place d'un outil pédagogique (un "serious game" baptisé Un gay dans mon équipe?) dans les centres de formation des clubs.

· Maracineanu était montée en première ligne

Au début de la saison 2019-2020, Roxana Maracineanu, ministre des Sports, était montée au créneau pour endiguer les chants et banderoles à caractère homophobe dans les tribunes des stades de football. Consigne avait alors été passée aux arbitres d'arrêter les matchs si besoin. La LFP avait aussi marqué le coup en fermant une tribune du stade de l'AS Nancy-Lorraine, où une rencontre avait été brièvement interrompue. Mais bon nombre de supporters s'étaient braqués, au point de jouer à la surenchère. "Il faut qu'ils comprennent que ces chants accréditent et légitiment des gestes ailleurs dans la société", avait argué la membre du gouvernement, qui n'avait pas pu compter sur un soutien indéfectible de Noël Le Graët.

Au pic de la controverse, le président de la Fédération française de football avait demandé aux arbitres de ne plus arrêter les matchs, préférant réserver cette option aux actes de racisme ou aux problèmes de sécurité. "Considérer que le football en France est homophobe est un peu fort de café, je ne l’accepte pas", avait-il insisté. "Celui qui minimise ouvertement le racisme, le sexisme et la «LGBTIphobie» ne peut prétendre rester le patron du foot français", avaient répondu plus tard des responsables associatifs, avant la réélection du dirigeant à la tête de la FFF.

· Quelques sanctions à l'échelle internationale

L'UEFA, qui avait paré son logo aux couleurs LGBTQ+ après avoir refusé à la ville de Munich d'illuminer l'Allianz Arena en arc-en-ciel durant l'Euro 2021, avait sanctionné la Hongrie pour des actes discriminatoires (homophobes et racistes) de ses supporters durant le tournoi. Trois matchs à huis clos avaient été décidés, avant que la suspension ne soit réduite en appel à un seul match ferme plus un autre avec sursis.

En octobre dernier, la FIFA a infligé un huis clos pour un match au Panama. Par ailleurs, l'instance mondiale surveille de près le Mexique, régulièrement épinglé depuis de nombreuses années pour ses supporters qui crient un terme homophobe à chaque dégagement du gardien adverse. Les deux prochains matchs de la sélection mexicaine se joueront aussi sans public. "C'est bien que la FIFA et la fédération reconnaissent que le cri est homophobe. Mais lorsqu'elles insistent pour le sanctionner, cela provoque davantage de colère contre la communauté LGBT", s'est récemment inquiété un activiste local.

· Pour la Coupe du monde 2022, le Qatar promet la tolérance

Avec la Coupe du monde 2022 au Qatar (21 novembre-18 décembre), les sélections joueront donc sur un territoire où l'homosexualité est criminalisée. La FIFA se veut néanmoins rassurante. "Les gens doivent être libres d'arborer tout type de drapeau qu'ils veulent, sans être ciblés ou discriminés, y compris le drapeau arc-en-ciel", a assuré la secrétaire générale Fatma Samoura.

Nasser Al-Khater, président qatari du comité d'organisation du tournoi, a dernièrement assuré que les supporters LGBTQ+ seraient en sécurité dans l'émirat. Il a notamment affirmé que les couples homosexuels auront bien le droit de partager la même chambre d'hôtel, malgré la législation en vigueur. "Tout le monde sera le bienvenu ici, tout le monde se sentira en sécurité. Tout le monde profitera de la Coupe du monde", a-t-il plaidé. Avec une nuance importante cependant: "Les démonstrations d'affection en public sont mal vues, et cela vaut pour tous. (...) Le Qatar et les pays environnants sont beaucoup plus pudiques et conservateurs. C’est ce que nous demandons aux fans de respecter. Nous sommes certains qu’ils le feront. Tout comme nous respectons les différentes cultures, nous attendons de celles-ci qu’elles fassent de même avec la nôtre".

Article original publié sur BFMTV.com

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