Foot - En Égypte, le huis clos est la norme

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En Égypte, le huis clos est devenu la norme depuis 2012 en raison de problèmes sécuritaires. Avec des conséquences bien identifiées décrites par ses acteurs. Erling Haaland qui se pointe devant un mur jaune déserté, célébration a minima d'un but de Dortmund contre Schalke (4-0) : ce cliché a marqué, à sa manière, le retour de la Bundesliga, le week-end dernier. Les joueurs et les staffs vont devoir s'habituer à ces ambiances fin de siècle pour un bon bout de temps. L'Espagne, l'Italie, l'Angleterre se préparent aux mêmes mesures coercitives. En Allemagne, le huis clos va faire du bruit dans les stades Le huis clos, sorte d'exception culturelle, notamment française en raison des soucis avec les supporters, s'impose aujourd'hui comme la norme UE, et les Anglais annoncent déjà une possible saison prochaine sans spectateurs. Une première ? Pas vraiment... En Égypte, ce système existe depuis 2012 et le drame de Port Saïd (*) puis la crise politique qui a entraîné le renversement du président Morsi en 2013. Frédéric Nkeuna, correspondant de RFI en Égypte « Ce choix par l'armée du huis clos dans des stades militaires a été accepté très vite en raison de l'instabilité politique » « Comme le Championnat avait été arrêté et que ça mettait financièrement beaucoup d'équipes en grande difficulté, il fallait reprendre, note Frédéric Nkeuna, correspondant de RFI en Égypte. Et ce choix par l'armée du huis clos dans des stades militaires a été accepté très vite en raison de l'instabilité politique. » Des fumigènes à huis clos ? Depuis cette époque, en dépit d'une légère ouverture sur certains rendez-vous mais dans des conditions drastiques, l'an passé, les rencontres se déroulent devant des tribunes vides. Pour des raisons sécuritaires, non sanitaires. « Les joueurs égyptiens disent tous quand on les interroge en arabe : "Le foot sans supporter n'a aucune saveur" », ajoute Nkeuna. Difficile de passer d'un public chaud bouillant, parfois agressif, à une soirée version bal des débutants... Malick Evouna « Si tu tires un penalty, il n'y a plus la même pression... » « Au début, ça fait bizarre, on entend le son de la balle quand on tape dedans. Et le stress n'est pas le même, avoue Malick Evouna, l'international gabonais, ancien de Al-Ahly, nommé club africain du siècle dernier par la Confédération africaine (CAF). Si tu tires un penalty, par exemple, il n'y a pas la même pression. Et ça change pas mal de choses en termes d'efforts. Par exemple, comme je vais assez vite, mes supporters quand j'étais au Maroc se mettaient à gueuler quand il voyait que je pouvais partir dans la profondeur et ça poussait à me faire la passe. Là, c'est impossible. » Sébastien Desabre, ancien entraîneur d'Ismaily (2017) et de Pyramids FC (2019) « Ça permet de plus réfléchir peut-être, de mieux sentir le terrain en entendant les adversaires, les bancs d'à côté » Mais il assure qu'on se fait à cette situation. « Quand tu marques, au début, tu as envie de célébrer avec les supporters et tu te rends compte qu'il n'y a personne. Mais on l'oublie vite et on fait son truc, sa petite danse et on jubile comme s'il y avait du monde. C'est aussi plus simple de communiquer sur le terrain. » Luis Enrique sur les matches à huis clos : « Plus triste que de danser avec sa soeur » Pour les entraîneurs surtout. Sébastien Desabre, ancien d'Ismaily (2017) et de Pyramids FC (2019) : « Sur l'aspect coaching, c'est plus facile de passer les consignes. Avec 60 000 personnes, on ne parle aux joueurs qu'à travers un équipier ou un regard. On absorbe aussi plus d'informations venant du terrain. Et on est moins portés par l'enthousiasme ambiant donc on peut prendre plus de recul. Ça permet de plus réfléchir peut-être, de mieux sentir le terrain en entendant les adversaires, les bancs d'à côté. Mais même si c'est mieux pour la réflexion tactique, le foot, ça reste avec des spectateurs. Finalement, ça avantage quand même les meilleures équipes car les petites ne sont pas poussées par leur public. » Cela nécessite une autre approche sur le long terme. Sébastien Desabre, ancien entraîneur d'Ismaily (2017) et de Pyramids FC (2019) « Quand vous allez en Afrique du Sud, ou jouer en Coupe d'Afrique des clubs, devant 50 000 personnes le dimanche et que vous enchaînez à 15 heures un jeudi avec personne... » « C'est plus compliqué pour la motivation car les joueurs jouent aussi pour le public, poursuit-il. D'autant plus quand vous allez en Afrique du Sud, ou jouer en Coupe d'Afrique des clubs, devant 50 000 personnes le dimanche et que vous enchaînez à 15 heures un jeudi avec personne... Il faut donc remettre une stratégie pour éviter que les gars s'endorment sur leurs lauriers. Mais il reste l'environnement extérieur et les médias... » Qui jouent alors un rôle moteur à ses yeux. « Ils vont quand même se mettre du gel dans les cheveux, car tout est retransmis, dit-il en rigolant. Il y a une pression médiatique forte. » En Allemagne, Sky Allemagne a battu des records d'audience pour la reprise. Les joueurs ne doivent finalement pas oublier ces regards, même plus lointains... (*) Le 1er février 2012, lors du match entre Al Masry et Al Ahly, des émeutes provoquent la mort de soixante-douze personnes.

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