Foot - Appel à témoins - Comment les jeunes fans regardent et apprécient (ou pas) le foot

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Après notre consultation auprès des jeunes fans de 15 à 25 ans sur leur consommation du foot, il en ressort qu'une majorité assure être toujours à fond, tout en dénonçant les prix exorbitants, quand certains avouent être moins intéressés depuis la crise du Covid. Florilège des réactions recueillies (et des pistes proposées).

Valentin (Lyon) : « Un modèle comme Spotify »
« Je regarde le sport et en particulier le football depuis plus de dix ans. Quand j'étais plus jeune (grandes heures de l'Olympique Lyonnais), c'était un évènement familial chaque week-end. Je pense que c'est le cas pour beaucoup de Français. Ma façon de regarder le foot a cependant bien évolué. Pendant des années, je regardais un match par semaine de mon équipe favorite, puis je me suis intéressé au foot plus en détail, en regardant les matches d'autres équipes et d'autres championnats. Je pense que le prix du marché est beaucoup trop élévé et qu'il y a une offre trop large qui représente un investissement financier et une complication qui freinent le consommateur.

Par exemple, avant "l'affaire Mediapro" en France, pour suivre le football européen, il fallait s'abonner à Canal +, Téléfoot (chaîne de Mediapro), beIN Sports, RMC Sport... en déboursant des dizaines d'euros par mois. Et, à chaque match, la même rengaine : "Sur quelle chaine c'est déjà ?". Le consommateur est prêt à payer. Il suffit que le prix soit juste. On pourrait essayer un modèle illimité comme Spotify : j'accepterais de payer 10 voire 20 euros par mois pour voir tout le foot à un seul endroit. Car, ne l'oublions pas, le streaming gratuit est tellement facile aujourd'hui que la moindre difficulté du modéle payant renverra le consommateur vers le streaming. »

Alexis (22 ans) : « Pourquoi pas des matches "à la carte" »
« Avant d'être fan inconditionnel de l'OM, je suis avant tout un amoureux de football. Presque aucune journée ne passe sans que je ne regarde un match ou quelque chose en rapport avec le foot. Le plus souvent, je regarde les matches via des platesformes de streaming, sauf ceux de l'OM que je dois absolument voir sur grand écran. Il m'arrive de suivre deux voire trois matchs en même temps. Depuis la pandémie, je crois que j'ai même augmenté mes heures de visionnages. Le confinement m'a permis notamment de découvrir un peu plus la Ligue allemande. Je ne crois pas que le foot devrait changer considérablement. Il faut juste qu'il évolue avec son temps.

Si on prend l'exemple du VAR, je pense que c'est une avancée qui était nécessaire bien qu'il reste encore des soucis dans son utilisation. Par rapport à la diffusion, il y a de réels progrès à faire. Combien de personnes ne peuvent pas regarder les matches de leur club de coeur à cause des prix parfois exorbitants des différents abonnements. Le foot vit avec les droits télés mais vit surtout grâce aux gens qui le regardent. Je crois qu'il ne faut pas l'oublier. Il y a quelques temps, on a entendu parler de matches "à la carte". Ce n'est peut-être finalement pas une mauvaise idée. En tout cas, il ne faut pas oublier que le football est un sport populaire et que les supporters comptent autant que les joueurs ou les dirigeants. En témoigne l'échec de la Super Ligue. »

Fabrice : « Ce qui a changé, c'est mon attention »
« Je regarde toujours autant le football. Ce qui a changé, c'est mon attention sur les matches que je visionne. Je suis moins concentré. Le football doit évoluer dans ses règles de jeu. Trois périodes de 30 minutes seraient probablement plus intéressantes (coaching tactique, changements...). L'expulsion temporaire serait un plus et donnerait plus de piment au jeu car le carton jaune ne sert pas à grand-chose lors du match en soi. Les touches pourraient se jouer au pied... Un championnat à 16 ou 18 clubs allègerait aussi un calendrier trop lourd. »

Ludovic (19 ans) : « Je n'oublierai jamais le manque ressenti lors du confinement »
« Je m'intéresse au football depuis mes 8 ans. Lorsque j'ai découvert ce sport, ce fut une révélation et, depuis, je l'ai adoré, je l'adore et je l'adorerai toujours. Je n'oublierai jamais le manque que j'ai ressenti lors du premier confinement. Grâce à mon père, je suis devenu supporter du RC Lens et je suis abonné donc je vais voir les matchs au stade. J'adore aller à Bollaert car, en allant au stade, on vit vraiment le match, beaucoup plus qu'à la télévision. Je regarde les matches à l'extérieur à la télé et en streaming, comme lorsque la L1 était diffusée par Téléfoot. Chaque week-end, je regarde le match de Lens mais aussi les multiplex de L1 et L2 ainsi que des résumés de Premier League sur YouTube et de Bundesliga dans l'émission SportSchau sur la télévision allemande. Je regarde de temps en temps la Ligue des champions.

Je pense que tous les débats liés à la Super Ligue n'ont pas lieu d'être. Un match de football a toujours duré 90 minutes et les ligues fermées n'y ont pas leur place, du moins pas en Europe. Dans tous les grands Championnats européens, on trouve de très grands noms dans les divisions inférieures (dont Nottingham Forest et Hambourg SV, deux anciens vainqueurs de la C1). Malgré un glorieux pedigree, ces clubs évoluent aujourd'hui en-dessous de clubs parfois plus modestes qui ont gagné leur place dans l'élite sur le terrain. Ceci constitue les belles histoires du football. À vouloir "l'américaniser", le football ne sera plus le football. »

« Le spectacle visuel avant tout »
« Fan de foot aussi loin que remonte ma mémoire, je consomme abondamment. Je ne regarde les matches intégralement que lorsqu'il s'agit de mon équipe de coeur, le Racing Club de Strasbourg. Sinon, je regarde beaucoup de bouts de matches (30-35 minutes), je zappe, je privilégie les affiches où il y a du suspense et, surtout, où je m'attends à du spectacle. J'entends par spectacle les stades avec beaucoup d'ambiance et/ou avec de grands moyens de production TV déployés. Un match dans lequel je vois une spider-cam, par exemple, ou une réalisation léchée avec des innovations (comme l'Altice Cam'), ce sont des choses auxquelles je suis très attentif quand je n'ai pas spécialement d'affect pour les équipes.

Ensuite, les stades et la qualité de la pelouse sont très importants pour moi. Le rendu à l'écran doit être beau (modèle de la Bundesliga et de la Premier League). Le fait que les stades soient vides joue beaucoup sur mon attrait. Mais, quand le public va revenir, je consommerai beaucoup plus le foot qu'actuellement. Par ailleurs, c'est vrai que, même si j'ai toujours beaucoup de passion pour le foot, le spectacle proposé par d'autres ligues (la NFL surtout, mais aussi la NBA, la MLB et même le Moto GP), qui sont selon moi parfaitement formatées pour la télé, me fait faire des infidélités au foot. »

« Rendre le foot plus accessible »
« Depuis quelques années, je regarde beaucoup de football à la télévision, surtout la Ligue 1 et la Ligue des champions. J'ai la chance d'avoir accès à Canal + et à RMC Sport. Malgré tout, je pense que le principal problème à la dite baisse d'intérêt des jeunes est essentiellement économique. S'offrir toutes les chaînes pour pouvoir regarder la plupart des matches coûte très cher. Comment voulez vous que des jeunes puissent se payer des abonnement à 50-70 euros par moi ? Par contre, toucher au sport, à son âme, en le coupant en quarts temps ou en baissant le temps de jeu, voire en augmentant les changement, n'est à mon sens pas la solution. Mieux vaut une meilleure gestion du VAR, par exemple, en donnant des explications au téléspectateur et pas des supposition des commentateurs.

Peut-être serait-il intéressant d'entendre les conversation arbitrale pour intégrer les téléspectateurs dans les décisions et ne pas créer des blancs et confusions. Mais, à mon avis, le plus important est de mieux démocratiser l'accès au football à la télé... Un abonnement donnant l'accès à la plupart des matches pourrait être intéressant. Quitte à perdre un peu en budget droits TV... Même si je pense que, à long terme, ça les réaugmenterait... Il faudrait aussi donner plus de moyens au football amateur, qui est le moteur. Plus il y aura d'amateurs, plus il y aura de potentiels téléspectateurs.. Et, plus on aura de jeunes dans les clubs, plus il y aura de gens pour en parler. »

« Le foot, c'est au stade »
« J'ai mon abonnement au stade Bonal et cela me suffit. Être obligé de devoir payer des abonnements pour le match du samedi à 15 heures, un autre pour le samedi à 20 heures et encore un autre pour celui du lundi soir ressemble à du racket, donc je suis les matches du FCSM à l'extérieur sur France Bleu Belfort-Montbéliard. Et les matches de l'équipe de France et de Ligue Europa, en clair, suivant affiches. »

Nils (21 ans) : « On nous presse comme des citrons »
« Je suis fan de foot depuis mon plus jeune âge. J'ai été mordu particulièrement par la Coupe du monde 2006, les émotions de cette finale de légende ont marqué toute notre génération. Ensuite, ne vivant pas dans un foyer abonné aux diffuseurs payants, j'ai regardé le maximum de l'offre disponible en clair, des Coupes de France et de la Ligue à la FA Cup sur France Télévisions, aux matchs de l'équipe de France et surtout de la Ligue des champions sur TF1. À l'époque, l'accès aux compétitions était plus démocratique et le foot était clairement au coeur de toutes les discussions dans la cour d'école. Puis les années sont passées et l'arrivée de beIN m'a contraint, en tant que passionné, à naviguer à mes risques et périls sur les sites de streaming. Beaucoup n'ont pas eu ce courage et ont tout simplement arrêté de consommer.

Les barrières accumulées à la visibilité du produit sont les premières responsables du désintérêt pour le foot. La dérégulation du marché, l'engrenage inflationniste inexorable des transferts et des droits TV ont entraîné une surenchère des abonnements que la plupart des jeunes ne peuvent pas suivre. Aujourd'hui, pour regarder tous les matchs légalement, il faut être abonné à Canal, beIN, RMC, Eurosport et jusqu'il n'y a pas si longtemps Téléfoot... Je paye actuellement deux abonnements : le Pack Sport de Canal + à 30,99 euros par mois et RMC Sport à 19 €/mois. On nous presse comme des citrons, le foot est un sport populaire dont l'accès est devenu un luxe insupportable. »

« L'intérêt n'est pas une substance artificielle »
« Je regarde assez peu les matches de foot, mais je consulte attentivement les résultats après chaque week-end ou journée de compétitions européennes. Le problème du football moderne n'est pas tant le spectacle proposé mais l'argent mis en jeu. L'arrêt Bosman a tué l'équité sportive d'une certaine manière. Depuis, de nombreux clubs européens dépensent des fortunes pour attirer tous les meilleurs joueurs internationaux et ne laissent que des miettes au reste. Les promoteurs doivent comprendre que, ce qui attire, ce n'est pas de voir une équipe de superstars tous les deux matches. Pour cela, nous avons nos sélections nationales.

Dans une compétition de 38 journées, ou dans un tournoi d'une dizaine de journées, c'est le suspense, la surprise, les rivalités équilibrées qui nous attirent. Il n'y a rien de passionnant à suivre un Championnat dominé dix ans de suite par la même équipe sans ne jamais vaciller. Aucun intérêt à regarder le dernier carré de Ligue des champions qui se dispute tous les ans entre six clubs. La C1 2020 est l'exemple de ce que l'on recherche. La L1 ou la Serie A 2020-2021 sont l'exemple de ce qui attire les fans : des favoris malmenés, des outsiders qui surperforment, une lutte jusqu'au bout... C'est la rareté des confrontations et le suspense qui font la beauté du football, et pas les paillettes ou les grosses affiches. »

« Illégal, ça m'est égal »
« J'ai 25 ans et je regarde le football depuis mon enfance. Mes premiers souvenirs se rapportent aux matchs de l'OL en Ligue des champions, diffusés sur Tf1. Aujourd'hui, les matches que je regarde en entier sont ceux de Lyon, chaque semaine, et des chocs entre grands clubs européens, en Ligue des champions ou dans les Championnats nationaux quand il y a un enjeu. J'aime bien, à l'occasion, m'arrêter sur Brest-Lens ou Gladbach-Francfort, par exemple. Sur un week-end, je peux regarder seulement Lyon ou jusqu'à huit matches. Je regarde le football principalement en streaming illégal, avec des liens trouvés sur Internet. L'offre me permet de trouver aisément des vidéos de bonne qualité avec des commentaires dans la langue de mon choix.

J'ai commencé le streaming en tant que jeune lycéen par nécessité, mais je ne me vois pas aujourd'hui payer un abonnement à une chaîne sportive. Je suis assez volatile dans mes envies foot (en dehors de l'OL) : une seule chaîne à offre restreinte ne me satisferait pas. Il n'est pas question non plus de multiplier les abonnements, trop chers, pour suivre tout le foot. De plus, je ne m'identifie pas à l'économie du foot pro et je ne souhaite pas l'encourager. Je ne vois pas actuellement ce qui me ferait revenir à une consommation légale, malgré une passion intacte. Un PPV ("pay-per-view") sur un canal à offre large pourrait m'intéresser. »

Aurélien : « J'arrêterai de regarder le football dans cinq ans »
« Ayant toujours regardé et joué au foot, je continue encore aujourd'hui, évidemment, mais je prends de moins en moins de plaisir à regarder les matches. En effet, aujourd'hui, j'ai l'impression que l'on veut complètement rationaliser ce sport pour en tirer le profit maximum. Or, pour moi, ce n'est pas possible et nous sommes en train de tuer le football. Ce qui faisait la beauté du foot, c'était le hasard et le fait que jamais rien n'était gagné, peu importe les équipes sur le terrain. On cherche à tous contrôler : un minimum de contact pour éviter les blessures, un vainqueur logique à chaque match en fonction de l'importance du club... Il n'y a aucune utilité pour une Super Ligue. Avec cette dernière, et si la physionomie du jeu continue à aller dans cette direction, j'arrêterai de regarder le football dans cinq ans, je pense. »

« 15 ans et un grand passionné »
« J'ai 15 ans, bientôt 16, et je suis un grand passionné de ce sport incroyable qu'est le football. Je regarde presque l'intégralité des matches de Ligue 1, de Premier League et des équipes françaises en Ligue des champions. Il est important pour moi de regarder un match en intégralité, sans en perdre une miette. Je ne veux rien manquer. Je les regarde souvent depuis ma télévision ou mon ordinateur. Pour moi, le football ne doit pas changer. Tout simplement car j'aime l'idée de retrouver chaque année une compétition comme la Ligue des champions. Le projet de Super Ligue est une absurdité. S'inspirer des autres sports pour changer le foot serait là aussi une erreur car chaque sport doit être unique, avec des formats de compétition différents. Pour finir, je dirais vraiment que s'appuyer sur "un désintérêt des jeunes pour le foot" pour créer la Super Ligue est une honte. J'espère sincèrement que ce projet ne verra jamais le jour ! »

Jérémy : « Finie, la télé »
« Je suis passionné de foot mais, en effet, je ne regarde plus de matches à la télé. Chaque soir, je suis les directs sur votre site et, comme j'y suis abonné, je lis une grande partie des résumés et articles les lendemains. Parfois, je regarde les résumés les lendemains de grands matches, mais pas systématiquement. Je préfère finalement lire les articles de fond sur les petites histoires qui font la vie du foot et des footballeurs. Regarder des matches est chronophage quand on a une famille. Les articles qui me passionnent le plus sont les "Paroles d'ex" sur votre site... »

Pablo : « Un stream tout pourri ne dérange pas »
« Mon frère et moi, on adore le foot. On regarde en moyenne trois à cinq matches par semaine : l'OM, le Barca, les deux journées de Ligue des champions et parfois un gros match français ou européen du week-end. On n'a jamais eu d'abonnements aux chaînes de sport, donc on regarde en streaming sur Internet depuis toujours. Parfois, ça bugge un peu, mais on trouve tous les matches. Le streaming, c'est une habitude maintenant. Quand on peut regarder un match à la télé, c'est une bonne surprise. En tout cas, le fait que ce soit sur un stream tout pourri ne nous derange pas du tout. »

« La force du foot vient de sa popularité »
« J'ai 25 ans, je fais du foot depuis mes 7 ans. Je regardais tous les matches que je pouvais en étant enfant, puis adolescent. Parfois c'était une mi-temps "parce qu'il y a école demain". Avec mon petit frère, il nous arrivait de nous cacher discrètement en haut de l'escalier pour entrevoir la deuxième période. Sinon, le radio-réveil, me décrivait le match. Je fermais les yeux pour l'imaginer, et voir les positions des joueurs. Maintenant, le foot est payant. Comme dans la société, l'ecart entge les clubs riches et moins riches grandit. En plus de ces inégalités, il faudrait un statut d'intouchable ? Horsmis les matchs nationaux, il n'y a plus que la série Netflix sur les débuts du football (sur Fergus Suter) qui me fait vibrer. La force du foot vient de sa popularité. Dans les deux sens du mot : en étant aimé du peuple et accessible. »

« Remettre les supporters au centre »
« Je regarde environ deux à trois matches par semaine. Quasiment toujours en intégralité, surtout si il s'agit de mon club, le LOSC. Je passe par le streaming sur des sites gratuits. Je ne paie pas d'abonnements car je ne veux pas contribuer à un système malsain. Comme beaucoup de fans, je suis tiraillé entre mon amour pour le jeu et mon dégoût envers sa surdimension économique. L'idéal serait que presque tout soit financé par les supporters. Le don, comme sur Twitch, semble la solution la plus saine, car basée sur la valeur réelle du club et de l'engagement qu'il génère.

Aujourd'hui, en tant que fan de foot, on sent qu'on est un produit. Sur les maillots, dans le journal, à la mi-temps, derrière les cages... Toutes les surfaces vendables sont vendues, et on se demande si on regarde encore du foot ou juste une longue pub. Je ne sens pas que les dirigeants de clubs et d'institutions sont là pour faire vivre ce sport, on a simplement l'impression qu'ils cherchent comment faire le plus d'argent possible (et j'inclus mon propre club dans ce constat). Donc, oui, le foot doit changer, il doit ralentir. Quitte à baisser les salaires, quitte à avoir moins de transferts spectaculaires, quitte à ce que des grands clubs coulent. Un Netflix du foot comme DAZN pourquoi pas, mais toujours pas si je finance un système pareil. »

« La passion n'est plus la même depuis le Covid »
« Une rapide recherche sur le Net, quelques fenêtres "popup" de publicités à fermer et le match est là. Habituellement, je ne le mets qu'à 15-20 minutes de la fin, s'il y a un enjeu. Je n'ai plus l'envie de passer les deux heures devant. Et, le lendemain, c'est le résumé complet sur le site de la chaîne qui retransmet. La passion n'est plus la même depuis le Covid. »

Thibault (24 ans) : « Éloge de la patience »
« Plus je prends de l'âge, plus j'apprends à apprécier le foot en l'analysant. Le foot de mon enfance était déjà bien différent du nôtre et encore plus de celui de mon père, qui m'a transmis son amour des Verts et ma conté leurs exploits européenns comme on lit des comptines au chevet du lit d'un enfant pour l'endormir. Je pense voir entre 350 et 400 matches par an et je prends beaucoup de plaisir à les voir en intégralité ! Ce sport apprend la patience et son rythme me convient très bien. Bien plus qu'un match NBA avec un temps de jeu effectif de 40 minutes pour 1 h 20 de publicités qui hâchent le match. Le principal problème, pour moi, réside dans la façon de le consommer : impossible de s'abonner à tout pour plus de 50 euros par mois. Je préfère donc ne m'abonner à rien et utiliser des sites de streaming (j'envisage également l'IPTV). Payer n'est pas un problème si c'est pour tout avoir au même endroit. Non, le foot ne doit surtout pas changer à mes yeux, car son charme réside dans le fait qu'il soit hors du temps et ne suive pas la cadence folle de notre société. »

« Je consomme différemment »
« Samedi après-midi. 13 heures. Je me délecte d'avance de ce Nantes-Bordeaux d'après-repas qui devrait accompagner à merveille ma digestion. Supporter bordelais, il n'est pas question de rater ce match crucial pour le maintien. Né en 2000, je n'avais que 10 ans lors du dernier sacre girondin et, depuis, les saisons se suivent et se ressemblent un peu. Comme lors de chaque match, je vais chercher mon ordinateur afin de le brancher à l'aide d'un câble HDMI à la télé. Le site "strikeout" sera mon allié aujourd'hui et m'offrira contre une poignée de publicités "rotiques la possibilité de voir mon équipe jouer. Pas d'abonnements aux chaînes sportives chez moi, et ce depuis toujours. Je n'ai jamais essayé de négocier, ce choix me paraît limpide.

Je ne visionnerai pas le match en HD, mais hors de question de rentrer dans le jeu des chaînes TV en souscrivant à un abonnement onéreux pour n'avoir que quelques matches. Moi, je ne choisis pas. Ligue des champions mardi et mercredi, Liga ce soir et je n'ai pas encore choisi mon programme de demain. Je ne consomme pas moins de foot qu'avant comme pourraient le prétendre certains présidents. Je le consomme différemment. Le temps où je négociais pour voir une mi-temps de Ligue des champions le mardi soir sur TF1 me paraît bien loin. On s'étonne de voir les jeunes se désintéresser de ce sport, mais, à force de l'embourgeoiser, le football risque de s'auto-détruire. »

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