Foot - « Au Chili, les gens n'ont pas vraiment la tête au football »

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Le Français Richard Barroilhet, milieu de terrain de Puerto Montt, club de D2 chilienne, vit au rythme de la violente crise sociale qui frappe le pays. Il raconte. Richard Barroilhet, 27 ans, est en train de boucler ses valises pour rentrer en France, vers Sainte-Maxime, où vivent ses parents, afin d'y passer des vacances. Mais au Chili, depuis le 19 octobre, le ballon ne roule plus, et il manque trois journées à la saison pour arriver à son terme. Les autorités ont décrété la suspension des Championnats en raison de la crise qui agite le pays. « On se contente de s'entraîner, de faire des matches amicaux. Mais ici, les gens n'ont pas vraiment la tête au football. Cela fait deux ans que je joue au Chili et je ne suis pas étonné de ce qui se passe. Il y a beaucoup d'inégalités, la plupart des gens ont du mal à vivre, car tout est cher », résume le joueur de Puerto Montt (D2), au sud-ouest du pays. De nombreux coéquipiers de Barroilhet se joignent aux manifestations pacifistes, une fois les entraînements terminés. « Ils sont nombreux à venir de milieux modestes. Ils connaissent les difficultés des Chiliens puisque leur famille, leurs amis, y sont confrontés. Eux-mêmes, bien qu'ils gagnent deux, trois ou quatre fois le salaire mensuel minimum au Chili (290 000 pesos, soit 358 €, que le gouvernement vient de promettre de faire passer à 350 000 pesos, soit 422 €) se sentent solidaires du mouvement », explique le Français formé à Nice, dont le père est chilien et qui, avant de rejoindre l'Amérique du Sud, a baroudé dans plusieurs pays (Angleterre, Finlande, Pays-Bas, Kazakhstan). « Au Chili, ils ne sont pas habitués aux manifestations. Mais ce qui est remarquable, dans un pays aussi sujet aux discriminations classistes, c'est que même les plus aisés, dans leur grande majorité, soutiennent le mouvement et ont de l'empathie pour les plus défavorisés. Plusieurs internationaux, comme Medel, Vidal ou Sanchez, l'ont fait. » Barroilhet est toutefois horrifié par la répression policière et militaire, qui a fait, selon le bilan officiel, une vingtaine de morts et plus de 1 300 blessés. Arturo Vidal : « Ma crête, c'est pour faire peur »
Des méthodes qui rappellent aux Chiliens les heures sombres de la dictature du général Pinochet (1974-1990). « Certaines images de répression circulent sur les réseaux sociaux. Et on parle aussi de gens qui ont disparu et dont on est sans nouvelles. » Richard Barroilhet, perçu comme chilien par ses coéquipiers en raison de ses origines, suit de très près l'évolution de cette crise, « appelée à durer »

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