Foot - Bleus - Stéphane Beaud : la sélection de Karim Benzema a «un sens symbolique important»

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Stéphane Beaud, sociologue auteur de plusieurs articles et ouvrages sur les Bleus (*) et professeur à Sciences Po Lille, analyse la sélection surprise de Karim Benzema pour l'Euro 2021.

« En début de semaine, un sondage a révélé que 53,3 % des 254 000 votants estimaient que Karim Benzema devait être sélectionné pour l'Euro 2021. Comment expliquez-vous ce revirement de l'opinion publique, sachant que jusqu'en 2020, les Français étaient massivement contre (83 % en 2015, 73 % en 2016 ou encore 78 % en 2017) ?
Si l'on fait l'hypothèse que l'opinion publique ici sondée s'intéresse un tant soit peu au football, ce revirement n'est pas étonnant. Benzema a fait une saison exceptionnelle au Real Madrid, a marqué des buts magnifiques et est aujourd'hui adulé par le public difficile du stade Bernabeu. Son retour en sélection ne peut apparaître que comme l'expression de la justice sportive la plus élémentaire.

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Mais au-delà de ses performances, vous estimiez en mars 2016 que la "condamnation" de Karim Benzema par l'opinion publique et par les médias était alors "très révélatrice des tensions sociales et ethniques qui traversent la société française, avec la jeunesse des banlieues au banc des accusés". Ce n'est donc plus le cas ?
Entre la récurrence des attentats terroristes islamistes, l'aggravation des conflits entre les jeunes et la police, ou encore la montée du Rassemblement national, la période sociale et politique que nous vivons en France reste hélas très trouble. Mais malgré ça, aujourd'hui, Benzema est bienvenu en équipe de France et y a toute sa place. Il y a dans sa sélection un sens symbolique important.

Dans ce contexte, pensez-vous que le choix de Didier Deschamps puisse également avoir une dimension politique ou sociale, notamment pour ne pas décevoir cette majorité de Français qui réclame son retour ?
Restons prudent dans l'interprétation. Je ne pense pas pertinent de présenter Deschamps comme une sorte de Machiavel du football. En 2016, rappelons d'abord qu'il avait quelque raison de nourrir des doutes sur l'intégration de Benzema dans l'équipe de France ; ensuite il avait souhaité sanctionner le joueur pour les propos publics très blessants à son encontre (« Deschamps a cédé à une partie raciste de la société française ») tenus dans Marca après sa non-sélection à l'Euro 2016. Cinq ans plus tard, non seulement Benzema est au-dessus du lot mais aussi, dans l'esprit de Didier Deschamps, le temps est peut-être venu de mettre fin à sa longue pénitence. En quelque sorte lui accorder son pardon... »

(*) Notamment « Sociologie du football » avec Frédéric Rasera (La Découverte 2020).