Foot - C1 - Leonardo Jardim (Monaco) et Thomas Tuchel (Dortmund), les faux jumeaux

L'Equipe.fr
Leonardo Jardim et Thomas Tuchel s'affrontent mercredi (20h45) en quart de finale retour de la Ligue des champions. Les deux coaches de 42 et 43 ans possèdent de nombreux points communs.

Leonardo Jardim et Thomas Tuchel s'affrontent mercredi (20h45) en quart de finale retour de la Ligue des champions. Les deux coaches de 42 et 43 ans possèdent de nombreux points communs.L'AS Monaco et le Borussia Dortmund s'affrontent ce mercredi (20h45) pour une place dans le dernier carré de la Ligue des champions. Une qualification serait une première aussi bien pour Leonardo Jardim, l'entraîneur monégasque, que pour celui du Borussia Dortmund, Thomas Tuchel. A la tête de deux équipes séduisantes, les deux jeunes coaches ont de multiples points communs.Des carrières de joueur modestesA l'instar de José Mourinho, l'entraîneur de Manchester United, Thomas Tuchel et Leonardo Jardim appartiennent à cette catégorie d'entraîneurs qui n'ont pas brillé sur les terrains. Thomas Tuchel a tout de même été défenseur professionnel et a même disputé une poignée de matches en deuxième division allemande, avant d'arrêter sa carrière à cause d'une blessure. C'est à partir de l'âge de 27 ans que le coach allemand a débuté en tant qu'entraîneur des U19 de Stuttgart. Sa première expérience en tant qu'entraîneur d'une équipe pro, à la tête de Mayence en 2009, est intervenue près de dix ans plus tard.Leonardo Jardim a rapidement fait une croix sur une carrière de joueur, tant au niveau professionnel qu'amateur. «Il voyait qu'il ne pourrait pas vivre du football, donc ça ne servait à rien pour lui de continuer», explique ainsi le journaliste Régis Dupont dans un reportage de L'Equipe Enquête consacré au Portugais. Dès l'âge de 15 ans, le jeune Jardim explique à ses parents que son rêve est d'entraîner un jour le Sporting Portugal, son club de coeur. A 24 ans, il a été le plus jeune entraîneur de son pays détenteur du diplôme de niveau IV, le plus haut grade décerné par l'UEFA.Des «intellectuels» du footballLes deux entraîneurs ont atteint un niveau universitaire que l'on trouve rarement dans le foot pro. Thomas Tuchel a poursuivi des études en sciences du sport et en littérature anglaise quand il était joueur. Jardim a étudié à Madère dans un programme filiale de la prestigieuse faculté de motricité humaine de Lisbonne. Il y a même rédigé une thèse sur l'utilisation des corners pendant l'Euro 1996. Les deux coaches aiment aussi enrichir leur science tactique par des lectures originales.A lire : A l'école de MourinhoLeonardo Jardim s'intéresse à la «pensée complexe» du philosophe français Edgard Morin, qu'il a rencontré récemment. Ce dernier lui a inspiré sa «méthodologie écologique», une approche globale du football. «Au foot, tout le monde a vite ­besoin d'une justification. Il faut trouver une solution très rapidement, dire que le changement n'a pas été bon, que l'équipe manquait de vitesse, de physique, etc. Edgar Morin m'a aidé à regarder la complexité des choses», confiait-t-il au Monde en novembre 2016. Thomas Tuchel, à l'esprit davantage scientifique que philosophique, puise son inspiration dans les travaux du Professeur Wolfgang Schöllhorn, qui a prouvé que la variété des exercices était nécessaire pour les sportifs. Il a ainsi mis en place des exercices insolites : disputer un match d'entraînement avec un objet dans la main ou encore jongler avec des balles de tennis.Un palmarès encore viergeUn titre de champion de D2 portugaise avec Beira-Mar en 2010 pour Jardim, rien pour Tuchel : l'armoire à trophées des deux plus jeunes coaches de ces quarts de finale de Ligue des champions n'est pas très garnie. Le Portugais a été proche de l'exploit avec le Sporting Portugal en 2014 mais le Benfica était trop fort. L'année précédente, il avait été viré de l'Olympiakos en plein hiver alors que son équipe était leader du Championnat grec.Quant à Tuchel, difficile de le blâmer pour n'avoir rien gagné avec Mayence. Deux qualifications pour la Ligue Europa en 2011 et 2014 ont suffi à faire de lui un héros local. Avec le Borussia Dortmund, sa première année se serait sans doute soldée par un doublé Coupe-Championnat... si le Bayern Munich n'existait pas. Cette saison, Leonardo Jardim est mieux parti que son collègue pour débloquer son compteur, puisque Monaco est en tête de la L1 avec trois points d'avance sur Paris.Une philosophie de jeu offensiveAu match aller (3-2), et dans un contexte il est vrai particulier, les deux équipes avaient donné raison aux experts qui prédisaient un score fleuve. Monaco, meilleure attaque d'Europe avec 90 buts marqués en Championnat, avait déjà fait le show en huitièmes de finale contre Manchester City (3-5, 3-1). Pourtant, Leonardo Jardim a longtemps traîné une réputation d'entraîneur défensif, la faute à deux premières saisons monégasques qui ne faisaient pas se lever les foules. Parce qu'il disposait alors d'une équipe avec trop peu d'attaquants ? Faux, selon le champion du monde 98 Christophe Dugarry, interrogé sur le plateau de SFR Sport : «Quand il a défendu, c'est parce qu'il voulait défendre. Il avait la possibilité, les joueurs pour attaquer. Il était frileux, fébrile.»Cette étiquette n'a jamais collé à l'image de Thomas Tuchel. Cet admirateur de Jürgen Klopp se définit lui-même comme «un romantique du football», et n'a jamais hésité à jouer l'attaque, même lorsqu'il affrontait le Bayern avec Mayence. «Il y a définitivement un style qui m'a été attribué : de la vitesse vers l'avant, un football offensif. Je préfère certaines qualités, un style de jeu actif, une défense audacieuse et des combinaisons rythmées en attaque», a-t-il un jour expliqué au journal Die Zeit.Bonus : ils couvent deux étoiles bleuesLes deux coaches ont la chance de diriger deux phénomènes du football français : Ousmane Dembélé pour l'Allemand, Kylian Mbappé pour le Portugais. «Je pense que le mot talentueux a été inventé pour décrire des joueurs comme Dembélé, a ainsi affirmé récemment Tuchel. «Jouer à ce niveau, avec autant de pression, devant 80 000 spectateurs à un si jeune âge, ce n'est pas rien. Et dans un pays qui n'est pas le sien ! Mais il est important, malgré tout son talent et toute son ambition, de s'assurer qu'il garde les pieds sur terre.»Qu'il garde les pieds sur terre, c'est aussi le souhait exprimé par Jardim à propos de Mbappé. «Kylian est un gamin de 18 ans mais il a une bonne maturité, il sait ce qu'il doit faire pour continuer à progresser et rester à un bon niveau. Pour moi, les joueurs atteignent leur maturité à 23 ans. Tous les jeunes joueurs doivent comprendre ça, ce n'est pas un hasard si les équipes de top niveau achètent majoritairement des joueurs entre 23 et 30 ans», a estimé l'entraîneur monégasque. Entre les lignes, on comprend aussi que le Portugais fera tout pour que sa pépite ne parte pas à l'intersaison.

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